jeudi 18 mai 2017

Le "nouveau" gouvernement : 50 nuances de droite


Depuis l’annonce du nouveau gouvernement d’Edouard Philippe, premier de l'ère de Frère Emmanuel, il semblerait que des "gens de gauche", fins stratèges, ayant payé pour voter Juppé à la primaire de droite afin de virer Sarko, avant de voter Macron à la présidentielle pour se retrouver avec des Sarko boys dans son gouvernement (entre douze Bayrouistes et treize Juppéistes), se mettent subitement à pondre des posts et statuts Facebook dithyrambiques sur la clairvoyance unificatrice et transclivage de la nouvelle équipe.

Ne paniquez pas, ne jugez pas. Il s'agit d'une hémiplégie politique temporaire. Laissez faire le temps. D'ici quelques mois, ils devraient avoir récupéré toutes leurs facultés cognitives.

Il convient néanmoins de faire un petit point, la contamination étant également médiatique. En survolant quelques journaux télévisés, l'esprit embrumé pourrait même caresser l'idée que ce gouvernement est pris d’assaut par la jeune garde de l’anticapitalisme à tendance flowerpower.

Reconnaissons-le : ce gouvernement jetable à 100% électoraliste (voir le post précédent sur les législatives) est très ouvert. Très ouvert à tous les genres de droite. Il vise d'abord à rassurer le spectateur de Michel Drucker qui, à l'approche des prochains scrutins, est le vrai client cible de la jeune Macronie (de la start-up nation de la win de ceux qui s’achètent des costumes chic).

Perso, j'ai un truc pour jauger d'entrée l'orientation du gouvernement (et ça marche toujours) : je regarde qui est nommé à l’économie. Par exemple, quand Ayrault a choisi Moscovici pour Bercy (avec son étonnant passif Anti Hollande, et multiples déclaration d'amour à Merkel), j’ai tout de suite su que c’était mort pour les cinq prochaines années. Et bien là, c’est Bruno Lemaire, ministre sous Sarkozy et auteur d'un magnifique 2,4% à la primaire de droite, qui s’y colle, un pur LR totalement Macro-compatible (pêle-mêle : pour la suppression de l'impôt sur la fortune, pour la réduction des indemnités chômage, pour les bullshit jobs sous-payés pour les bénéficiaires de minima sociaux...). Le ministre de la fonction publique disparait pour devenir celui de « l’action et des comptes publics  » (aka : des fonctionnaires rentables) sous la coupe de Gérald Darmanin, ex porte-parole de Nicolas Sarkozy et, au passage, pro-manif pour tous : du vrai hippie altermondialiste (et gay friendly). Jean-Michel Blaquer, idéologue autoritaire du management scolaire chez qui tous les candidats de droite ont pioché leurs idées sur l’école est nommé à l’Éducation nationale. Bayrou l’inutile devient Garde des Sceaux (je ne critique pas, dans ce paysage c’est presque le plus à gauche). Que dire de Nicolas Hulot à la transition écologique ? Il se murmure déjà qu'une ligne de pari est ouverte chez Betclic pour miser sur le jour de sa démission, tant la ligne du gouvernement auquel il appartient est aux antipodes de ce qu'il défend. On trouvera bien une ou deux barons socialistes en fin de course, pour permettre la titraille  sur "l'ouverture". Enfin "de gauche"...  de la droite de la gauche du centre (à tendance modérée).  

Bref, il manquait Fillon à la justice et Hannibal Lekter aux affaires sociales et on était pleinement opérationnel pour une révolution complète. 

Les électeurs de gauche peuvent donc être un peu perdus dans les prochains jours. Ne vous inquiétez pas, même s'ils ont encore quelques réparties mécaniques comme "ah mais c'était ça où les fascistes" et autres sursauts de naïveté à base de "t'es pessimiste" ou "on va bien voir" et autres "oh mais il faut leur laisser leur chance, on sait jamais" : ils devraient bientôt retrouver la raison. 

Le sevrage sera certes douloureux. Comprenons. Ils pensaient avoir élu le plus jeune des présidents français, ils réaliseront qu'ils ont porté au pouvoir le plus jeune Juppé de la Ve République. 

mardi 9 mai 2017

Les coulisses cool d'une victoire

 

Je vous invite (ou pas) à voir ce sympathique film publicitaire d'1h30 sur la campagne de notre nouveau président miraculeusement diffusé en prime-time sur TF1 (à la place de Camping Paradis)  le lendemain de son élection  :

Les coulisses d'une victoire (Lien VOD)

Il faut battre les foules tant qu'elles sont encore chaudes et continuer à vendre le produit dans la perspective des législatives. Des millions de gens ont voté Macron par peur de Le Pen, sans adhérer au projet ou sans trop savoir ce qu'il défend ou entend casser. Ces trois catégories constituent l'écrasante majorité de ses voix au second tour. 

Pour eux, aucune réponse autre que l'énergie communicative du candidat en mouvement. Dans ce film, il n'est quasiment jamais question du projet économique, fiscal et social de Macron, ça serait peut-être un peu trop clivant. "Jamais" est inexact, la question du temps de travail y est réglée en mode "casual brainstorming" autour d'un Latté avec Daniel Cohn-Bendit, et on entend notre force de vente nationale promettre à des handicapés que leur structure ne fermera pas. C'est à peu près tout. Certes, Macron ne va pas à Whirlpool pour "faire des selfies" comme MLP, mais il y emmène un réalisateuret sa caméra qui fait les belles images. Comme dit ma fille : "c'est plus stylé".

Le film n'est que forme, forme brillante avec son lot de répliques fun et courtes calibrées pour internet. Sous couvert de "making of" façon Les yeux dans les bleus (avec un off de pacotille, puisque sous contrôle du principal intéressé) les codes du dynamisme, du "team building" et de l'abnégation au travail (spécialement pour les jeunes) sont parfaitement dilués avec la pointe de cynisme (d'autres appelleront ça de "la transparence" du mec qui sait très bien qu'une caméra le filme (avec en prime un poster de Kennedy qui apparait souvent dans le cadre).

Je ne sais pas ce que Macron vaut comme Président, mais en com' il a compris l'époque et son public. Il sait que l’État de grâce sera expéditif, la construction d'une nouvelle dynamique passe en partie par le récit de sa précédente conquête.

Enfin... Le cine-story-telling (qui aurait tout aussi bien pu s’appeler "Je vais vous faire m'aimer") a beau être de qualité : je n'ai pas voulu du produit en avril et en mai, je n'en voudrai pas plus en juin.

mercredi 19 avril 2017

[Trucs et astuces] Que voter pour cette élection présidentielle ?


Reprenons un instant ce blog pour faire le point sur ce carnaval présidentiel à quelques jours du premier tour...

Concentrons-nous sur le quatuor de tête des sondages :
 
Choix 1 : La pâte-à-modeler des patrons ?
La poupée du lobby bancaire qui crache en costard sur le code du travail, celui qui veut couler chaque français en société individuelle de service pour tous les auto-entretenir dans une concurrence cannibale jusqu’à la négociation du prix de leur cercueil arriverait semble-t-il à convaincre un quart d’entre nous. On rappellera aux convertis de l’écran plat que choisir Macron, c’est poursuivre encore un peu plus profond ce qui est en cours depuis trente ans, c'est libéraliser toujours plus au seul sens Medefien du terme, c’est choisir l’esbroufe à vide d’un Sarkozy et y coller la soumission d’un Hollande, le rire en moins. Opter pour cet ersatz de renouveau qui promet tout et son contraire pour faire l’inverse et vice versa, c’est seulement repousser Le Pen de cinq ans, comme on repousse sous le tapis le tas de crasse qui ne cesse de croître.

Choix 2 : Le croquemitaine démocratique ?
J’avais l’âge de ma fille, j’entendais déjà le couplet sur « la menace Le Pen ». Ce sera qui après ? La nièce et le petit-fils ? Lassés des paroles creuses, désabusés par l’impuissance successive des pouvoirs, beaucoup concluront légitimement que la meilleure façon d’être débarrassé de « la menace Le Pen » est encore de l’avoir aux manettes. Peut-on encore parler de « menace » lorsque dans n’importe quelle assemblée, même parisienne, où vous réalisez un petit sondage au pif, vous trouverez toujours une personne sur cinq qui avoue voter Le Pen et deux autres que ce choix ne scandalise pas ? Si nous avions des hommes et femmes politiques efficaces et un minimum en phase avec la société, le FN ferait des scores à la Cheminade. Ce qui serait embarrassant pour ceux qui depuis le départ ont fait le calcul du combat face à face avec le FN au second tour. Raisonner les électeurs du FN ? Ça ne marche pas. Les traiter de racistes ? Ça ne marche pas. Arrêter de les prendre pour des truffes ? T’es fou, c’est trop risqué : on n’est pas bien là avec notre « menace Le Pen » ?

Choix 3 : L’assisté anti assistanat ?
Le serial-fraudeur de la Sarthe a au moins le mérite de nous avoir bien fait marrer. Enfin la rigolade risque d’être écourtée. Des quatre principaux prétendants, Fillon est le seul à pouvoir décrocher une majorité aux législatives. Ce type est une arnaque diluée sur quatre décennies, sous l’emprise d’un conflit psychologique intime carabiné à la puissance Freud, coefficient 34. Il est déconnecté du monde réel et n’a honte de rien : il a donc toutes les qualités requises pour être 1 / président 2 / grand leader de droite auquel se rallieront dans les minutes suivant sa victoire tous ceux qui l’ont lâché au fil des affaires. C’est l’avantage avec la droite : même au fond de la cuvette, elle est capable de cette unité que la gauche foire toujours.

Interlude : et les programmes alors ?
On va se calmer. A part les fanatisés et ceux qui ont du temps libre : tout le monde s’en cogne des programmes. On ne sait pas qui les écrit, personne ne les lit et chaque président les trahi. Pour les trois candidats susmentionnés c’est limpide : les programmes sortent du même moule libéral avec quelques variantes de vocabulaire et sur l’intensité des coups de latte à donner sur le service public. D’ailleurs on ne vote pas pour un programme, on vote pour une personnalité : c’est la cinquième république Baï-bay. Et par défaut, sur les quatre prétendants il n’y en a qu’un qui m’a l’air "plus proche" des intérêts du plus grand nombre.

Choix 4 : L'insoumis pas content ?
Autant l'annoncer aux utopistes : Mélenchon décevra, c’est consubstantiel à l’exercice. Mais, au moins, je pars avec lui sur quelques fondations communes, ce qui n'est pas le cas avec les trois autres. Et puis, c'est son moment : son analyse faite il y a bientôt dix ans est plus que jamais pertinente. Il est enfin sorti de son tropisme sud-américain et a dépassé sa dualité productivisme / écologie. L’effroi dans lequel l’hypothèse de sa victoire plonge l’aristocratie est un délice. On touche à quelque chose de fondamental, de l'ordre du "choc". Ils le craignent pour la plupart bien plus que le croquemitaine de Montretout. Fiscalement parlant. Le reste, ils s'en foutent. A moins d’un évènement majeur d’ici là (4 jours c'est une éternité à l'échelle du WTF de l'actu), c’est pour lui que je voterai au premier tour. Sans colère ni espoir surdimensionné, et sans aucune amertume s’il n’est pas qualifié pour la suite. Il aura de toutes les façons dans ce contexte merdique accompli la meilleure campagne possible sur le fond et la forme, sans changer de cap d’une phrase à l’autre, en cherchant à élever le débat et sans mise en examen. Triple exploit.

Si vous ne vous retrouvez pas dans un de ces quatre là, il vous en reste toujours sept autres dans un spectre plutôt TRÈS large. Faites ce que vous voulez et rappelez-vous qu’il n’y a qu’un seul "vote utile" : le vôtre. 

lundi 22 août 2016

Point de rentrée sur l’auto-entreprise

Tiens donc. J'apprends dans Le Parisien du jour que certains auto-entrepreneurs conduisant pour/par Uber le font désormais "au noir" au motif que la plateforme (mot moderne pour "société sans salariés") a changé ses conditions générales d'exploitation et que bon bah c’est pas si rentable que ça pour les chauffeurs au final.


Bossant illégalement, les conducteurs de leur destinée risquent également de se faire avoir une deuxième fois par le fisc et l’Ursaff, même si le nombre d’inspecteurs du travail (pourtant les fonctionnaires les plus rentables pour l’État) reste dramatiquement bas face à l’étendue de la "révolution" de l’"économie collaborative" (expression moderne pour "chacun pour sa gueule, et tout l'argent pour moi").

Il aura fallu sept ans pour que chacun (enfin ceux qui bossent) convienne que l’auto-entreprise est une fumisterie. Peu de mesures sociales auront eu un impact aussi violent et rapide sur le monde du travail sans l'améliorer (hormis une baisse mécanique du taux de chômage. Même si ce n’était pas le but recherché, c’est toujours ça de pris pour les gouvernements successifs histoire de prouver l’efficacité de leurs autres réformes couteuses et/ou inefficaces.

Moi-même j’ai tenu tant que j’ai pu, j’ai cédé à l'AE. Dépassons le cas Uber, qui aura au moins eu le mérite d'exposer l'indécence au grand jour, dans certains secteurs on ne peut tout simplement plus travailler autrement. Nombre de connaissances sont maintenues dans cette zone grise à précaires, voire à précariser.

Si on comprend l’avantage pour les entreprises qui remplacent ainsi de la main d’œuvre salariée, en main d’œuvre à moitié prix ou moins encore, corvéable à merci, disponible sur demande et se concurrençant elle-même à la baisse, pour le travailleur individualisé le statut d'AE est une arnaque du sol au plafond.

C'est une destruction :

- De ses droits (pas de garanties, sécurité sociale au rabais, pas de médecine du travail, pas de cotisation retraites, pas de défense syndicale…)

- Du travail (sans jeter la pierre à nombre de gens qui font bien leur boulot, suivant les métiers c’est la porte ouverte à n’importe quoi. C’est également l’entrée de l’hypothèse d’un travail permanent et sans fin dans notre quotidien, et jusqu'à notre dernier souffle).

- De la solidarité (Mettre chaque individu en concurrence était le fantasme des néo-libéraux pour La France, c’est en passe de réussir au-delà de toutes les espérances).

- C’est également préjudiciable pour les petites entreprises. Elles-mêmes obligées de composer avec cette armée de francs-tireurs non-soumise aux mêmes règles.

Comme quoi, on peut faire beaucoup avec un bon titre marketing. La ruse sémantique étant d’avoir collé "entrepreneur" sur l’emballage. "Auto-servage" c’était moins vendeur. L’auto entrepreneur n’est qu’une main d'œuvre à prix cassée, socialement délocalisée et physiquement disponible.

Mais essayons d'être positifs. Même si cette boîte de Pandore n’aurait jamais dû être ouverte, l’auto-entreprise est un statut qui peut être intéressant :

1 / Comme complément de revenus, salaire ou retraite (même si à l’ère du chômage de masse, permettre à ceux qui gagnent quelque chose de gagner plus en prenant du travail à ceux qui n’en ont pas, ne semblait pas être LA priorité).

2 / Le statut peut s’envisager comme un tremplin vers autre chose. Le salariat ou la création d’entreprise.

Après tout, si l’AE remplace le stage peu ou pas payé (qui est l’autre grande fumisterie du monde du travail depuis un quart de siècle), on pourrait presque le considérer comme une amélioration. Encore mieux, il pourrait déboucher sur un emploi. Ne pas se leurrer : c’est encore trop rarement le cas.

Pour la création d'entreprise, l'AE permet de se constituer une expérience et surtout des clients (mais une entreprise c'est fiscalement très différent et ça nécessite un bon pécule de départ. Avec moins de 32000 euros – 25% par an, dans le meilleur des cas et à condition de ne rien manger et de ne pas avoir de loyer, convenons-en : c’est pas le top).

Dans les deux cas, il faut en sortir au bout d'un an ou deux. Et là surprise : c'est moins simple que d’y rentrer. Entre ceux qui n’ont pas les moyens, les épaules ou tout simplement l’envie de passer en entreprise et ceux qui, même devenus salariés, ont du mal à se réaligner sur le régime général (le RSI étant aussi opaque qu’ingénieux à vous garder dans ses filets), l’auto-entreprise confirme encore sa nature piégeuse. 

J’espère me tromper, j’ai bien peur que ce débat soit écarté des prochaines élections présidentielles.

Pendant ce temps, Uber planche déjà sur des voitures sans chauffeur, débarrassées de leurs entrepreneurs auto-proclamés et grevant encore trop les marges auto-défiscalisées de la société.


P.S : je n'évoque pas ici les cas très nombreux d'AE ne faisant AUCUN chiffre d'affaire.

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