mardi 30 septembre 2014

[Notre époque] BCE, Selfie et Ipad

Ami pauvre, sois rassuré. La Banque Centrale Européenne pense à toi : 


Un Ipad à gagner pour 350 millions de personnes, c'est ce qu'on appelle une politique de jeu responsable, limite austère, voire un foutage de gueule.

lundi 15 septembre 2014

Vers le ras-le-bol social ?


On a trop malmené François Rebsamen. Et s’il avait, avec son ball-trap sur chômeurs capté l’humeur du pays ?, comme Moscovici l’année d’avant avec son ras-le-bol fiscal partagés même par des non-imposables.

De plus en plus, j'entends cette rengaine (hier encore au hasard de deux conversations avec des gens totalement dépolitisés, bref anti-socialistes) : "Les chômeurs sont trop payés et ça ne les incite pas à reprendre un boulot". Ça ne vient pas de patrons geignant pour que le gouvernement leur oigne encore le corps de quelques ors, mais bien de simples salariés qui ont souvent (mais quelle famille n'en a pas) des chômeurs dans leur entourage proche.

La connerie crasse serait-elle en train de triompher ?

Une récente étude du Crédoc tendrait à le prouver. 

Attention ça raye le cerveau :

- 37 % des Français pensent que les personnes qui vivent dans la pauvreté n'ont pas fait d'effort pour s'en sortir. (25 % en 2009). (L'argument génétique n'est pas encore invoqué, mais c'est pour bientôt).

- 53 % considèrent que le RSA n'incite pas les gens à travailler (31 % en 2009). (Et là je proteste : 509 euros par mois, ça ne te permet même pas d'acheter une moitié d'Iphone6 te permettant d'accéder au statut d'être humain)

- 63% pensent que l'aide apporte aux familles très modestes est suffisante (31% en 2009).  (Et si on pouvait en lapider quelques-uns en place publique, ce serait bon pour le moral de la collectivité).

- 64 % pensent que, s'ils le voulaient, les chômeurs pourraient retrouver un emploi. (Et gagner au Millionnaire).

Avec des scores pareils, ce n'est plus seulement l'expression des riches. Au lieu de renforcer les solidarités, la baisse du niveau de vie renforcerait la haine de l'autre, et la recherche de boucs-émissaires. 

La-dessus le discours du Medef servi en trois-huit télévisé imbibe les esprits : la pauvreté, c'est la faute aux pauvres, comme le chômage est la faute des chômeurs, patron = dieu à qui faire quotidiennement des offrandes. Nous ne sommes même plus au niveau de la réduction des idées, mais du court-circuit de neurones via la boite de dérivation du sens critique TNT-TF1-CdansLair. 

Face à cet océan de connerie due à un arrosage médiatique massif de la doxa libérale conduisant les  victimes à épouser la logique de leurs bourreaux, répétons quelques évidences :

1 / Ne sont indemnisés que les chômeurs qui ont assez cotisé (en langage libéral, on appelle ça une assurance). Ce qui nous en dégage une bonne moitié déjà.

2 / Les aides sociales perçues par les familles en difficulté sont, par définition, quasi intégralement reversées dans la consommation de survie (boire-manger-rester propre). A ce titre, on pourrait presque affirmer (allez on l'affirme) que des boites comme Carrefour ou Auchan vivent en grande partie grâce à ce transfert d'argent public via la poche des pauvres. (L'autre partie étant le fruit de leur  optimisation fiscale performante).

3 / Admettons même que certains chômeurs ne soient pas incités à retravailler. N’est-ce pas en raison des salaires de merde qui leur sont proposés ? (Quand il y en a un d’ailleurs, souvent il faut sortir de sa poche pour bosser, c'est sûr que suivant l'équation temps pour soi = richesse, ça calme sec). Le problème n'est pas celui de l’indemnisation trop haute (la supprimer accélérait la paupérisation française donc la chute de consommation, donc la chute de l’emploi, donc le chômage) mais la trop faible rémunération du travail ! (Rappel : ne pas confondre avec la rémunération du capital qui elle augmente). Note : Quand je sors cet argument face à un salarié "outré" par les chômeurs feignants, il m'oppose souvent un : « - Oh bah euh…mais…euh…mais c’est vrai t’as peut-être raison » alors que je perçois sur son visage sa difficulté à rechercher une réplique efficace parmi les milliers d'heures de programmes télés qu'il a bouffés. 

Ça devient (presque) comique quand, en grattant un peu, je découvre que ces salariés moralisateurs sont déprimés par un boulot qu'ils n'aiment pas, où leur salaire s'est transformé en remboursement de crédits, quand il ne sont pas harcelés. Certains chérissent le fantasme de se faire virer pour monter leur entreprise, partir en Angleterre ou en Australie (parce qu'ailleurs ils ont tout compris eux) ou encore de devenir fermier macrobio avec maison d'hôtes à la campagne (une fois leurs indemnités empochées bien sûr, 99% de moi-même pensant que ce scandaleux salaire, même faible, ne les incite pas à avoir le courage de quitter leur boulot).

Bien sur, on attendrait d'un gouvernement socialiste même et surtout impopulaire, qu'il profite au moins de cette défiance pour réaffirmer quelques principes de solidarité et œuvrer pour les plus démunis, et non surfer sur cette vague de rejet des solidarités. Ce ne serait même pas du courage, juste le respect de son programme.

Mais ceci est désormais une utopie.  


vendredi 12 septembre 2014

#Socialimze : Tu seras un #SansDents mon fils


OK, le bouquin de l'autre pathétique a bien amusé la galerie fusillant la rentrée sociale et littéraire en une passe par occupation totale du temps d'antenne. Notre président a cru bon de rajouter un épisode à ces Feux de l'Amour de la République en précisant face à son hagiographe qu'il aimait quand mêmes les pauvres. Ouais +1 et pouce en l'air les gueux !

Le vrai problème de la polémique des "sans-dents" engendrée par les confessions de la Cosette névropathe de L'Elysée n'est pas de savoir si oui ou non Notre Président appelle les pauvres ainsi sur le ton de la blague, mais bien que la politique qu'il mène depuis quelques temps est diablement raccord avec ce mépris des moins favorisés. Une phrase pareille parait ainsi crédible, et c'est absolument tout sauf une blague pour ceux qui vivent au quotidien ce mépris dans leur chair.

Dernier épisode en date, diablement maladroit mais on n'est plus à ça près : l'annonce de la suppression immédiate, par la CNAM et l'Etat, du programme de prévention bucco-dentaire M'T DENTS, et ce dès aujourd'hui (malgré les centaines de milliers de courriers envoyés cette année).

Et là, comme dirait Valérie, je me sens un peu trahi et vénère.

Oui parce que je viens de recevoir le coupon pour ma fille.



Le programme M'T Dents offre, enfin offrait, une consultation chez le dentiste pour votre enfant aux âges à risque entre 6 et 18 ans. Objectif : dépistage et soins éventuels. 

L'UFSBD precise que "les politiques de santé bucco-dentaire à l’école inspirées par l’UFSBD ont permis de diviser par 3 le nombre de caries par enfant depuis 1987 puisque chez les 12 ans, il est passé de 4,2 à 1,2" lit-on sur Doctissimo. En résumé, ce genre d'opérations marche.

Et c'est un type qui a dû dépenser le prix de deux bagnoles en frais dentaires non remboursés qui vous le certifie : le suivi précoce de votre enfant peut lui sauver la mise, lui économisera de la douleur et beaucoup de pognon dans sa vie adulte. Une carie soignée à treize ans (60 euros, remboursé spresque intégralement) peut vous éviter l'implant à trente (entre 1000 et 3000 euros remboursés au tarif : ton cul en selfie sur la commode si t'as pas une mutuelle de nabab qatari).

Et je ne parle pas évidemment des la thune ainsi économisée pour la collectivité. Ah oui, mais on s'en brosse le dentier, l'Etat a d'abord des banquiers à rembourser et des patrons à arroser.

Gel des petites retraites, réduction du congé parental, caries pour tous : grattons encore quelques millions sur le dos des plus fragiles. Et que chacun se démerde. This is the new socialimze !

Illustration : The late Richard Kiel.

mardi 2 septembre 2014

#Socialimze : Le chômeur fumiste


C'est du déjà vu. A mi-quinquennat, quand sa politique se révèle pire que sans effet, qu'il distribue joyeusement, les yeux embués de confiance, des milliards par dizaines à l'élite ébahie du patronat qui dans deux semaines en demandera le double, le pouvoir qui ne doute de rien cherche des boucs-émissaires : roms, voleurs de mobylette ou chômeur.

Aujourd'hui dans Plus beau le socialisme : C'est François Rebsamen, ministre du Travail, digne héritier de Nadine Morano, Laurent Wauquiez, Marc-Philippe Daubresse ou du plus communiste d'entre eux, Nicolas Sarkozy, qui s'y colle. Et c'est le chômeur qui gagne le gros lot à la kermesse des boulets :


On ne peut rien faire pour l'emploi, éliminons le demandeur.

Rappelons ce qu'est un chômeur. 

Le chômeur est un salaud de privilégié qui n'a plus le malheur d'avoir un travail, ou n'en a même jamais eu de rémunéré. Selon la rumeur, il y aurait d'autres chômeurs, cumulards (ça Rebsamen connait) et supérieurement gâtés qui, en plus de faire le tour du monde en RER, touchent des indemnités pour lesquelles ils ont cotisé. La paresse du chômeur est le ferment de notre croissance atone. Ils sont presque aussi pires que les salariés (Salarié : Le salarié est un enfant gâté ne travaillant pas assez et coûtant trop cher). D'ailleurs les salariés deviennent souvent chômeurs : preuve évidente que nous sommes face à un complot de la vermine assistée contre la grande libéralisation du capital, euh du pays, entreprise par notre gouvernement socialiste. Ajoutons à cela que le chômeur sans visibilité (poste en or dont honnêtement tout le monde rêve) a parfois la chance d'être débarrassé de ces gesticulations administratives qui l'obligeraient à faire de la défiscalisation foncière avec ses multiples acquisitions immobilières.

Si toi aussi, tu sais qui sont les méchants qui plombent notre moral. Soutiens avec moi François Rebsamen, Emmanuel Macron et Manuel Valls, et en avant pour l'avènement d'un pays moderne débarrassé des chômeurs et des salariés, un pays social-libéré où il ne restera plus que des patrons et des retraités multi-propriétaires, avec des esclaves pour les servir et un gouvernement de drauche pour les fliquer. 


Articles connexes : 
Culpabilisons les pauvres
Faites entrer l'assisté
La Dolce Vita des travailleurs