mardi 26 juin 2012

Apocalypsimmo 8 : sauvons les résidences secondaires !

"La justice française s'est penchée lundi, pour la première fois, sur une orgie festive au cours de laquelle un millier de jeunes ont investi, puis saccagé, une villa inoccupée du littoral varois. Les deux jeunes organisateurs ont été condamnés lundi soir à 1 an de prison, dont 6 mois ferme, par le tribunal correctionnel de Draguignan."  Le lab, 25.06.2012

Une rapidité et une efficacité de la justice française que l'on aimerait voir appliquées face aux bailleurs escrocs ou dans le traitement des dossiers DALO ! 

Côté presse, "l'orgie" ayant été organisée sur les internets et inspirée par le film projet X, tu obtiens ce cocktail explosif dont les médias raffolent à base de jeunes + réseaux sociaux du diable + atteinte au droit de propriété + mauvaise influence du cinéma ado (avec au passage réutilisation des images de la bande-annonce américaine pour illustrer la condamnation locale). Cocktail auquel chaque rédaction est libre de rajouter sur la base du texte AFP[1] une "vision d'horreur" ou "vision d'apocalypse" des plus nuancées dans l'échelle des atrocités planétaires du jour.

On aura donc droit à une pulvérisation journalistique en mode estival : 


(note les captures de vidéo-surveillance de la "nuit d'apocalypse" par le gardien Warner bros.)


(note la dimension pirates du net. Avec photo du logo, version l'inspecteur mène l’enquête, voilà qui ne va pas arranger le cours de ton action.)


Selon le même principe du meta sujet, on aurait pu titrer :

"Logement: le scandale de ces propriétés inoccupées à l'année aux mains des CSP+ étrangers ou pas, eux-mêmes dupés par des agents immobiliers en roue libre sous-louant au black à la jeunesse dorée du coin pour qu'elle fasse ses soirées. Tout ce petit monde puant le pognon jouant contre les intérêts des classes populaires locales, obligées de s’exiler ou de payer toujours plus cher (et ce dans le désintérêt le plus total de la justice, car c'est ici "la loi du marché").

Mais bon, c'était un peu long. Priorité au direct coco.

Bref. Avec le concours de la presse déjà en vacances, focalisée sur Facebook et le projet X, les messages sont passés et ils valent 10.000 slogans publicitaires : Le droit du propriétaire est sacré + riches étrangers continuez à OPAiser nos terres même si vous n'êtes là que 4 jours par an et que n'apportez rien à la croissance si ce n'est celle des prix de l'immo.

Regardez la réaction la propriétaire, Hanneke Sprong, après l'annonce du verdict.  Je ne sais pas pour vous, mais pour moi ça sonne comme un appel à remettre le couvert !



[1] J'ai trouvé 4 pages de Google reprenant le même article à la virgule près ou brodant autour de la même base AFP.

jeudi 21 juin 2012

#radioblogueurs2012 : Make it funky !

Fête de la musique, 1er jour de l'été (si si) et 3e saison de la radio des blogueurs de l'ami Laurent : ne perdons aucune occasion d'écouter du bon son !

A la suite de David Burlot, Bembelly et Yann Savidan, voici mon choix instinctif. On me dit musique, je dis groove donc je lâche James. 

7 min 44 du godfather of soul en décembre 1972 (excellente année) dans un furieux medley  synthétisant ma philosophie de la vie: Get on the good foot, Soul power et Make it funky ! 

Ladies and gentlemen, please welcome Jaaaaames Brown !


Je passe la platine à JuanPolitic (car SarkoFrance est mort), à Cycee (qui cherche sa voie) et à Variae (qui gère désormais un blog prometteur nommé Elysée.fr)

Pour participer à la radio des blogueurs #3 :
- Tu fais le choix de ta chanson de l'été (sans restriction).
- Tu fais un beau billet sur ton blog avec :
- Un lien vers ta chanson de l'été (ou une video You Tube de la chanson)
- Une copie de la règle du jeu
- Un lien sur ce billet (ça me simplifiera la tâche pour retrouver ta participation)
- Une liste de deux ou trois blogueurs que tu souhaites tagger dans cette chaine pour qu'a leur tour il nous proposent leur chanson de l'été.
- Ensuite, à partir de la semaine prochaine, le player de radio va commencer à diffuser. tu pourras donc écouter la radio des blogueurs :
- Sur ton site en intégrant le player (qui sera disponible dans quelques jours par là)
- Sur Facebook en allant aimer la page de la radio ou sur Twitter (via le compte @radioblogueurs ou le tag #radioblogueurs2012)

mercredi 20 juin 2012

Peur sur le riche

Parfois, il ne faut pas aller loin pour faire un article. Une simple revue de presse suffit.

Article des Echos du 20.06.2012 intitulé "Taxe sur les dividendes, le patronat craint que les investisseurs délaissent les entreprises françaises":

"Évoquée pendant la campagne présidentielle, la taxe de 3 % sur les dividendes suscite beaucoup d'inquiétude parmi les patrons. Présentée comme un encouragement à investir plutôt qu'à récompenser les actionnaires, elle doit rapporter 1,1 milliard d'euros, selon le projet de loi » […] Elle s'appliquera aux dividendes, mais aussi aux autres revenus « distribués », à savoir notamment les rachats d'actions, et ce dès le vote de la loi cet été…"

Article du site Observatoire des inégalités du 17.06.2012 intitulé "Les travailleurs pauvres en France":

"Un million de personnes exercent un emploi mais disposent, après avoir comptabilisé les prestations sociales (primes pour l’emploi, allocations logement, etc.) ou intégré les revenus de leur conjoint, d’un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté, fixé à la moitié du revenu médian . Elles sont 1,9 million si l’on prend en compte le seuil à 60 %. Le nombre de travailleurs pauvres a grossi de 104 000 personnes entre 2003 et 2009 au seuil de 50 %, de 132 000 au seuil de 60 % du revenu médian".

LES ECHOS
" - Premier concerné, Total acquitterait même 170 millions. A ceux qui plaident pour un meilleur équilibre entre investissements et dividendes, le groupe fait remarquer qu'il distribue 5 milliards à ses actionnaires mais investit plus de trois fois plus (16 milliards)." [NDLR : Nous ferons remarquer à notre tour que Total, parmi les plus gros bénéfices du CAC et championne de l'optimisation fiscale ne paye pratiquement pas d’impôts sur les sociétés.]

OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS
" - Si l’on compte l’ensemble des personnes, conjoints et enfants compris, c’est entre 1,8 et 3,7 millions de personnes qui vivent dans un ménage pauvre dont le chef de famille dispose d’un emploi - toujours en tenant compte de l’ensemble des ressources."

LES ECHOS
" - Au-delà de la facture immédiate, le patronat craint que la mesure décourage l'investissement de long terme en actions : « Augmenter la fiscalité des dividendes, c'est prendre le risque que les investisseurs privés investissent moins ou ailleurs. Cela va toucher beaucoup d'entreprises moyennes », regrette la présidente du Medef, Laurence Parisot."

OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS
"- Même en utilisant la définition la plus restrictive, on compte presque 2 millions de personnes qui vivent avec moins de 800 euros par mois pour un adulte seul, alors que ces personnes ou leurs parents exercent un emploi."

LES ECHOS
" - Les foncières (Unibail, Klépierre, etc.) sont également inquiètes. Elles espèrent être exemptées de cette taxe mais, pour l'heure, le projet de loi ne le prévoit pas. Pourtant, leur régime fiscal (SIIC) est unique parmi les sociétés cotées : elles distribuent 85 % de leur bénéfice net en dividendes. En échange, elles ne sont pas assujetties à l'impôt sur les sociétés."

OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS
"- L’existence de travailleurs pauvres résulte de plusieurs facteurs. D’abord, de la faiblesse des salaires dans de très nombreux secteurs et notamment du niveau du salaire minimum. Ensuite du temps partiel, qui réduit en proportion les niveaux de vie. Enfin, du fractionnement des emplois : petits boulots, alternances de phases d’emploi et de chômage ou d’inactivité."

DAVID CAMERON Premier ministre anglais séparant les belligérants
" - Bon, ça suffit vous deux. Quand la France instituera un taux de 75% pour la tranche supérieure de l'impôt sur le revenu, nous leur déroulerons le tapis rouge [aux riches, les pauvres ça va: on a ce qu'il faut] et nous accueillerons plus d'entreprises françaises, qui paieront leurs impôts au Royaume-Uni. Cela paiera nos services publics et nos écoles."

Il est vrai que le savoir-faire anglais en terme de clémence fiscale pour les riches au détriment des travailleurs pauvres n'est plus à démontrer. Ils ont quasiment inventé le concept. 

Enfant de working-poor anglais, ce repas d'une cantine publique t'es offert par un riche. 
Parait que c'est bon pour ta croissance. (J'ai des doutes)

lundi 18 juin 2012

Editocrates au bord de la crise de nerfs

"- Ils n'ont pas dit la vérité aux Français, les Français ne voulaient pas entendre la vérité : c'est ca la vérité." 
Franz-Olivier Giesbert,  vérito-maître. France 2. 17.06.2012 à 23h

Sur les plateaux de télévision, la gauche qui gagne des élections, c'est toujours un peu une anomalie teintée de frissons et d'incompréhension. Pourtant, le PAF devrait s'y faire depuis 2008.

Qu'à cela ne tienne abruti d'électeur. Oublions l'anicroche démocratique. Ce soir sur le service public, après la soirée électorale et l'annonce du tsunami rose, on va faire oeuvre de pédagogie.  

Thème du débat : "Et Maintenant ? France, l'heure des choix" (à 2 h 35 sur ce lien)

6 "experts" sont conviés par David Pujadas et Elise Lucet pour disserter en toute libéralité, dans un after d'anthologie au club des TINA tourneurs, sur la politique que doivent désormais suivre gouvernement et assemblée. Bref, oublie son succès et sa majorité absolue, il s'agit de te marteler pourquoi la gauche n'a désormais d'autre alternative que d'appliquer... une politique de droite.  

(- "- Restez sur France 2. On va tout vous expliquer de cette victoire en trompe l'oeil des socialistes. On va dire du mal de Mélenchon et François Lenglet a amené du papier et des crayons de couleur".)

Pujadas annonce la couleur: "- C'est maintenant un double moment de vérité [parce que jusqu'ici la victoire toussa, c'était de la science-fiction]. Pour la France, parce qu'un d'un point de vue budgétaire, il va falloir annoncer des décisions, des hausses d’impôts, des économies peut-être. Parce que du point de vue de la zone euro, c'est aussi un moment de vérité avec ce couple franco-allemand en difficulté qui doit trouver un accord d'ici 10 jours". [Je n'ai pas le souvenir d'un tel accompagnement de texte au soir de la législative de 2007, avec 5 experts de gauche expliquant en plateau comment Sarkozy allait pourrir la croissance en multipliant les cadeaux fiscaux aux riches mais bon je suis probablement dans le "déni" pour reprendre le mot star du débat à venir].

Voilà le décor dressé. Faites entrer les accusateurs : 

Sophie Pedder, éditorialiste à The economist (pas vraiment Fakir au niveau de la ligne). François Lenglet, directeur de la rédaction de BFM business (dont on se demande, alors que sa chaine fait une soirée spéciale au meme moment, pourquoi il est systématiquement présent sur le plateau du service public dés que ça cause politique). Eric Israelevitch, directeur du MondeJean-François Khan, journaliste qui nous avait annoncé qu'il abandonnait sa carrière. Bernard Maris, journaliste, économiste et membre du conseil général de la Banque de France, et le BHL de l'économie, cet inénarrable Franz-Olivier Giesbert surnommé "Le foufou de la Villa Montmorency". 

Par chance, l'équipée des X men est soulagée. L'envoyé spécial à Athènes nous annonce en préambule que la menace du super vilain gauchiste est écartée au terme de l'élection grecque ayant lieu le même jour. 

NOTRE HOMME A ATHÈNES
"- Le principe du plan d'austérité ne sera pas remis en cause".  

PUJADAS en plateau
"- On se décontracte un peu à Bruxelles"

L'autre correspondant à Bruxelles ajoute à son tour qu'on évite ainsi que la Grèce sorte de la zone euro. Première contre-vérité de l'explication de texte à destination des gueux puisque en cas de victoire de Syriza, il n'était question de sortir de l'euro mais bien d'annuler les mesures d'austérité (baisse du salaire minimum et privatisations).

("- Mortels de France, vous êtes si risibles. Mouhahaha !")

Allez zou! Ne perdons pas temps dans le recalibrage de tes espérances. On part sur les chapeaux de roues avec François Lenglet : 

"- Si on veut tenir les objectifs de Bruxelles, et bien il va falloir couper dans les dépenses publiques, soit retarder dans les promesses". Bien sûr, tu auras compris que, malgré les apparences et tes capacités intellectuelles limitées d'électeur socialiste, Lenglet ne s'adresse pas aux politiques.... mais bien à toi le naïf, le lâche, le feignant, bref le français.

( "- En vérité, je vous le dis : nous allons tous mourir !
- Oui, mais nos téléspectateurs veulent savoir. Qui va mourir en premier ?")

Quant à la victoire de Hollande, Eric Israelevitch souligne un détail fâcheux : "- Il a un problème c'est qu'il est socialiste et que les principaux dirigeants de la zone euro sont des conservateurs".  L'Europe se limitant bien sûr à l'Allemagne, le pays du "verboten" où il n'y a d'ailleurs pas non plus d'élection l'année prochaine avec une Merkel risquant de se faire botter . 

Question d'Elise Lucet que décidément je préfère dans Cash Investigation

"- Est-ce que cette victoire du PS n'est pas à double tranchant, parce que de fait, en ayant les pleins pouvoirs, ils sont les seuls responsables de ce qui va arriver ?" [comprends que l'on s'offre probablement de meilleures conditions pour appliquer une politique socialiste, en partageant le pouvoir avec la droite. Je t'ai dit, ce soir c'est pédagogue à mort.]

FOG, nuancé comme un coup de fil de Morano, redéfinit le cadre du débat au cas où, au bout de 5 minutes de bourre-crane à la sauce rigueur, on l'aurait oublié:

"- C'est un problème cette victoire [...] c'est un plébiscite pour François Hollande" [Même s'il fait tout depuis le 6 mai, pour lécher les pompes du nouveau président on comprend que, fondamentalement, toute cette gauche au pouvoir gène un peu au niveau bancaire le chef du Point] "- Y'a un risque de Montgolfie [Et dans le domaine, FOG est de précieux conseil] "Le problème c'est qu'on ne peut pas attendre. [...] Donc, il faut prendre maintenant toutes ces mesures qui n'ont jamais été annoncées [...] Je suis inquiet de ce résultat parce qu'une victoire aussi nette ne donne pas des idées claires."

("- Quoi des élections ! Où ça des élections ? Tu me cherches ?")

Résumons les bases du Fogisme pour ceux qui auraient été absents les 30 dernières années: " 'sont aveugles les Français qui votent à gauche. Mais c'est pas grave, parce qu'être à gauche de nos jours, c'est impossible. Je ne cesse pourtant de leur rappeler, mais ils ne m'écoutent pas. En plus, Hollande va croire que les Français ont voté pour ses idées alors qu'ils ont voté pour lui. Mais Hollande, en plus d'être socialiste, est français donc doublement aveugle. CQFD"

Tandis que chacun en plateau rend hommage à la couverture de The Economist sur la France dans le déni, le duplex à Athènes nous rapporte les premiers mots du vainqueur de droite de la soirée aux élections hellènes, Antonis Samaras:  "ce vote est en faveur de la zone euro".

Et FOG, émoustillé, d'embrayer aussi sec : "- Le problème des socialistes c'est qu'ils sont dans deux dénis". 

1er déni selon FOG : on ne peut pas augmenter les impôts "qui ne vont pas donner grand chose, donc il faut réduire les dépenses" [En décodé : touchez pas à mon pognon, mais mangez plutôt votre main]. "2e déni : On fait croire que c'est à l’Allemagne de changer de politique, c'est une insulte aux français". Peuple ou économie personnelle, FOG est intransigeant, refusant que ce soit ceux qui ont de l'argent qui payent, se découvrant une soudaine âme teutone, histoire de se protéger fiscalement. Pour notre "expert" a deux doigts d'aller éditocrater sur la ZDF (ce qui nous ferait des vacances) : seuls les pauvres et les déjà endettés doivent payer. On saluera son réalisme comptable dans le domaine de la sauvegarde de la rente et des inégalités, mais l'on se demande la pertinence de l'inviter systématiquement sur un plateau pour parler à des spectateurs qui ne sont, à 99,9%, pas de sa classe sociale. 

Du déni à l'austérité obligée il n'y a qu'un pont que l'éditorialiste de The economist se dépêche de franchir en brasse papillon sous les regards subjugués des apôtres du masochisme économique pour les autres: 

SOPHIE PEDDER
"- Je pense que les Français n'ont pas été préparés pour les décisions qui vont être très difficiles. [...]  les français ne sont pas vraiment pas prêts pour des décisions qui vont être dures, difficiles, douloureuses, et on voit un élément d’austérité qui va s’imposer aux Français alors que les Français n'ont pas élu un président pour leur imposer des mesures d’austérité"...

The economist, rappel.

Vous avez compris "les Français" : non seulement vous votez mal, mais vous coûtez trop cher. Heureusement que la réalité va se charger de vous remettre dans le droit chemin.

(" - Je constate avec plaisir que la parité est respectée. Tous les sexes du libéralisme sont représentés sur ce plateau. La vérité, ça fait plaisir à voir une telle harmonie sans contradiction")

Et Pujadas de se tourner vers Bernard Maris "qui fait toujours entendre une petite musique différente" [comprendre : c'est la seule personne un peu de gauche sur le plateau] 

DAVID PUJADAS
"- Est-ce qu'il faut s'attendre à se serrer la ceinture ?"

BERNARD MARIS 
"- Est-ce qu'on peut dire aux Français que tous les pays viennent de payer leur croissance à crédit par une grosse baisse du pouvoir d'achat ? ... Ma réponse est non." L'économiste rappelle que les Allemands sont les principaux bénéficiaires de la zone euro. Ce à quoi j'ajoute, qu'ils vont au-devant d'un problème démographique majeur (dans un pays baignant tellement dans l'opulence et de bonheur qu'il ne fait plus un seul enfant) et qu'ils seraient les premiers perdants d'un éclatement de la zone euro.

Crash system.

Tant de germanophobie c'en est trop ! FOG sort son fouet et sa planche à clous :

"- Les Allemands ont souffert, ils en profitent aujourd'hui" [comprendre : Les FOG allemands en profitent, sinon les autres peuvent se fader des jobs à 1 euro par jour, avec un moral en baisse  une explosion des temps partiels et du stress. Sûr qu'ils sont compétitifs ainsi.] 

(" - Merci Bernard. On t'invite et tu casses l'ambiance avec ton optimisme à la con ! Et ne m'appelle plus jamais Franz !")

15 minutes. La fin du débat approche. Allons à l'essentiel:

ELISE LUCET
"- Les mesures d’austérité sont-elles inéluctables ?"

FRANÇOIS LENGLET 
"- Ça parait quand même très, très, très probable

L'émission gagne en intensité, nous cernons le coeur nucléaire du problème, l’effort pédagogique post-électoral de France 2 va porter ses fruits :

DAVID PUJADAS
"- Les Français sont-ils prêts a accepter une baisse de pouvoir d'achat ?

FRANÇOIS LENGLET
"- Ils n'y ont pas été préparés par la campagne électorale.... Pour autant, nécessité fait loi." [Décidément, ce Lenglet est plein de ressources lexicales. Après le "très, très, très probable" notons cette autre variante du "il n'y a pas d'alternative"]. Il va falloir faire des économies." [Nous  rappelons toutefois à François Lenglet que, malgré les apparences, les Français n'ont pas voté pour lui].

("- Voyez comme c'est simple. L'économie est une science exacte.")

DAVID PUJADAS trépigne d'impatience à l'idée que les socialistes trahissentévoquant "le tournant de la rigueur" en 1983 : 
"- Est-ce qu'il y aura un tournant économique et donc politique ?" 

FRANÇOIS LENGLET
"- Sans doute. La longue campagne se termine ce soir. Demain c'est le retour à la réalité. [...] Les attentes des Français ne sont finalement pas démesurées, tout le monde comprend bien la réalité de la situation. Il faut simplement trouver la trajectoire."

Jean-François Khan, sortant de sa sieste, rappelle à juste titre qu'en Grèce et en Espagne, l'austérité coûte plus qu'elle ne rapporte. Personne ne semble avoir entendu. Hop. Retour à la parole divine de  Bruxelles, rendue difficile à contredire par la liaison satellite, et en même temps il n'y a personne de présent ce soir pour la contredire.

DAVID PUJADAS
"- A quoi on s'attend finalement à Bruxelles lorsqu'on voit la France et les élections, sur la politique à venir ?"

NOTRE HOMME A BRUXELLES 
"- ... On a un peu le sentiment que La France se considère comme une île assez déconnectée des réalités économiques qu'il y a un peu partout dans l’Europe et dans le monde. Parce que si vous regardez tous les grands pays qui nous entourent ils ont tous fait des plans d’économie qu'en France on n'a pas fait. [...] On n'est pas forcé de dire austérité ce sont des mots qui fâchent...[par contre "déni" et "réalité", on peut y aller gaiement] Vu de Bruxelles, on montre du doigt que la France a un énorme problème de compétitivité." [comprendre, on donne encore des salaires à des travailleurs idéalistes, qui, en plus de voter, ont des protections sociales]

Tel un Olivier Dassault, magnanime fils d'héritier multi-millardaire et au passage élu député, qui nous parle défense des classes moyennes dans le dernier Valeurs Actuelles, FOG relativise:

"- C'est pour ça que je crois qu'il y aura forcement un tournant ... Il faut préparer l'opinion, pour l'instant elle a pas été préparée."

A ce stade, une seule chose est sûre: Franz-Olivier Giesbert n'est pas préparé à payer plus d’impôts

SOPHIE PEDDER passe la 16e couche 
"- ...La France ce n'est pas une question d'austérité ou de rigueur, c'est une question de compétitivité. Les entreprises françaises n'ont jamais eu des marges aussi petites depuis longtemps. ... Et là il y a des efforts à faire, en terme de souplesse de marché du travail ou la concurrence dans certains secteurs. [...] ce sera difficile pour les Français car il n'y aura pas de choix."

Bon, on fera l'impasse sur les 172 milliards de niches fiscales dont ont bénéficié les entreprises sous le régime Sarkozy, dont 65 milliards rien qu'en réductions d’impôt sur les sociétés, pas plus que nous n'évoquerons la productivité horaire des Français parmi les plus élevées du monde.

Pas le temps c'est fini, on remballe. On aura prononcé 40 fois en 20 minutes, les mots "déni", "réalité" et "compétitivité", dans l'attente des couches suivantes qui seront repassées, par les mêmes, dés l'aube sur les diverses radios puis chez Calvi.

("- Je crois que nous serons tous d'accord ici pour affirmer que les Français ont voté avec leurs pieds et qu'ils vont le payer très cher.")

Petite question que Pujadas aurait néanmoins moins pu poser à son aréopage ampoulé d'experts autorisés prenant leurs désirs économiques pour une réalité, et le peuple pour une incongruité:

"- Si je vous écoute : En dépit de toute la propagande que vous activez depuis des mois d'un plateau à l'autre, la gauche a aujourd'hui tous les pouvoirs. Mais peu importe pour vous, la droite a au fond gagné. N'est-ce pas vous qui, en plus d'un manque flagrant de compétitivité, êtes dans un déni total de la réalité ?"

(merci @zgur_ pour l'illustration)

dimanche 17 juin 2012

Plus funky qu'un tweet...

...ce n'est pas la traduction littérale du morceau qui suit, mais ça résume l'état d'esprit du rédacteur en ce dimanche ensoleillé de 2nd tour des législatives. Avec le concours continu des chaines de soap-info, un sale tweet (dont La France se fout) aura permis à la droite de presque faire oublier que ce soir, la gauche sera majoritaire à l’Assemblée. Enfin, faut il encore aller voter...

Voici "Funkier than a Mosquito's tweeter" tiré du dernier EP des japonais d'Indigo Jam Unit intitulé...  "Rose".  

Comme on dit à droite... Ça déménage.



Bon dimanche et bon vote.

vendredi 15 juin 2012

Le téléphone rend-il fou ?

Invité d'une matinale radiophonique, Henri Guaino, ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, a donné vendredi son sentiment sur la téléphonie mobile. "Le téléphone partout, ça rend fou, surtout pour les hommes publics. On devient très fragile, très vulnérable en se livrant à cet exercice", a-t-il lancé. 

Il a martelé son désintérêt pour les communications téléphoniques entre politiques hors plateau média. "Le problème du téléphone personnel, c'est qu'on est emporté par ses passions, par ses sentiments, dans le flot de messages, de réponses, de réactions. Je trouve ça très dangereux, on devient fou avec tout ça", a-t-il répété. "Mais après, les citoyens ordinaires peuvent faire ce qu'ils veulent".

Henri Guaino voulait bien sûr parler du récent canular téléphonique entre Nadine Morano, candidate UMP au second tour des législatives, et l'humoriste Gérald Dahan, ce dernier se faisant passer pour Louis Aliot, numéro 2 du Front National.

Morceaux choisis :

NADINE MORANO :
"Ecoutez, Mr Aliot, vous êtes très sympathique. Il faudrait qu'on parle de ça à un autre moment, parce que là, je suis en train de faire campagne (...) [Les socialistes] vont nous foutre dans une merde comme jamais. Parce que la droite et la gauche, c'est pas pareil. Ils vont nous mettre le droit de vote des étrangers (...) J'ai pas envie que ça devienne le Liban chez moi", hurle-t-elle.

S'il reconnaît l'intérêt de "maîtriser les réseaux téléphoniques et les SMS" en période électorale comme Nicolas Sarkozy l'avait fait après la présidentielle de 2007 ou face à Benoit XVI, Henri Guaino a expliqué que c'était une affaire de professionnels. "Dans la campagne, il y avait des équipes, tout ça était très maîtrisé", a-t-il commenté, assurant que "Nicolas Sarkozy ne téléphonait pas". 

Pour la substantifique moelle. A l'écoute de cette conversation "off" entre deux figures politiques qui ressemble à s'y méprendre aux conversations de fin de repas dominical des familles de droite dont le point principal d’achoppement n'est pas s'il faut sortir ou non de France les immigrés ou Français de lointaines origines immigrées, mais bien s'il faut ou non que le pays sorte de l'Euro, nos lecteurs ne s'étonneront pas de la convergence des postulats idéologiques des deux partis.

Nous leur rappelons pour notre part qu'il n'y a pas que La Rochelle où l'on vote, et que l'objectif de dimanche est de sortir de la course à l'assemblée le plus de candidats FN ou UMP

Et nos amitiés aux Libanais et Français d'origine libanaise.

Erratum : On m'informe qu'Henri Guaino ne parlait pas du téléphone, mais de Twitter.

mardi 12 juin 2012

En finir avec le FN ?

Le FN a encore réussi son coup. Avec 13,7 % des voix au premier tour des législatives, il occupe  70% du débat politique dans les médias. Le débat de "Mots croisés" hier soir était à l'image de cette classique hystérie d'entre-deux tours dont au fond UMP, PS et FN s'arrangent bien selon les époques et la géométrie électorale. On y parlait que du FN, sans que son représentant sur le plateau Louis Alliot, ne prononce quasiment un mot.

Arrêtons de chercher des excuses et pleurer à chaque fois sur les résultats électoraux du parti d'extrême droite (sensiblement identiques d'ailleurs) sans décider de rien. 

Soit il est dans le cadre républicain et l'on fait avec (pour le pire et le pire, car avec nos lignes de défense intellectuelle et morale régulièrement défoncées, pas la peine de se tripoter la nouille sur le sujet[1], il finira d'une façon ou d'une autre, un jour aux commandes[2]). Soit il ne l'est pas et on l'interdit une bonne fois pour toutes

Je commence à avoir quelques souvenirs électoraux et constate que c'est régulièrement le même débat à chaque résultat depuis 30 ans. Ça commence par un "oh attention, ils vont voter FN au premier tour, car ils sont trop malheureux" et ça finit par un "défense de récupérer les voix FN au second tour, car c'est le mal !". Le tout se propage mieux dans des périodes de chômage fort avec des potentialités bien plus dangereuses aujourd'hui, la faute à l'inculture généralisée, la fonte des repères historiques et des médias faisant de l'information un soap-opéra sans recul, servant à longueur de plateaux une "dédiabolisation"TM que les spectateurs-électeurs finissent par gober comme aussi crédible, évidente et incontournable que la quotidienne de Secret Story ou le dernier Enquête d'action au coeur des cités de la drogue manipulée par les imams cannibales.

En finir avec le chantage du FN sans interdire le FN ?

C'est possible. En se coltinant un truc tout simple: une action politique forte. Il s'agit de remédier aux conséquences d'une ghettoïsation des classes moyennes inférieures, en périphérie de la société, accentuée par le dogme suicidaire du "tous propriétaires, avec un retour aux services publics, à la même sécurité, à l'éducation et à la santé sur tous les territoires (enfin, je veux dire à moins de 90 minutes de bagnole pour un 1.50 euros le litre). Il s'agit également d'instaurer des conditions d’accès au logement raisonnables dans les villes et dans les zones où se trouve l'emploi (ça c'est pour les futurs votes FN). 

L'autre partie du vote FN (qu'on a tendance à minimiser au profit d'un discours victimaire voire en légitimant la thématique), le bon gros rejet de l'autre, sera plus compliquée à éradiquer. C'est même impossible en l'état actuel du développement de l'homo-occidentalus toujours sous perfusion de 4 heures quotidiennes de télévision où sont valorisées en un cocktail sans relâche peur, moquerie et compétition. En revanche, il faut des barrières, être intransigeant sur la parole raciste (et ça commence autour de soi) et faire scrupuleusement respecter au quotidien le principe de laïcité. Dernier point en large partie fait sur le terrain (n'en déplaise aux âmes qui débitent de la terreur, nous ne sommes pas dans un pays où nous sommes quotidiennement agressés par la religion de l'autre), mais pète de tous les coutures au niveau de la parole, la brillante action du précédent président ayant eu pour principal effet de déculpabiliser les cons d'hurler plus fort que les autres.

Résumons. En finir avec l'omniprésence du FN dans le débat politique malgré ses scores  implique soit:

- d'interdire le FN.

Ou alors...

- Qu'une vraie politique sociale soit appliquée avec un retour à une République ne laissant personne sur le bord de la route au nom de l'économie de marché.

- Que les propos xénophobes et racistes soient plus sévèrement dénoncés et punis et, surtout, qu'il soit fermement réaffirmé dans les médias (tant pis, les talk-radios n'auront qu'à changer de business model) et chez les politiques que, non, tout ne se discute pas. 

Ces deux points imposent une sérieuse discipline aux deux partis principaux. Elle implique que le PS se surpasse dans les résultats, que l'UMP se réinvente dans le projet. Que ce gouvernement ait une action radicale sur la société pour réparer les ravages d'une politique de droite et pacifier le vivre ensemble. Que l'UMP se creuse un peu la tête et cherche une autre planche de salut que le camouflage tricolore de "la France aux français" pour tenter à nouveau d'appliquer sa politique pro-rente.


[1] Le règne de Sarkozy en était déjà une variante.

[2] Pour le moment, ce qui nous préserve d'un plébiscite éditorialiste sur les bienfaits du FN est que celui-ci est pour le retour au franc.

dimanche 10 juin 2012

Ces assistées les banques

"Ça n'a rien à voir avec un sauvetage" 
Luis de Guindos, Ministre espagnol de l'économie 11/06/2012

Megasurprise. On va nous la rejouer !

Mettons la rigueur de côté, le souci scrupuleux de la maîtrise des dépenses publiques, du "un euro est un euro". C'est le grand retour à nos portes du "il faut sauver les banques", aujourd'hui espagnoles

Attention c'est de la logique lourde. Les peuples vont donner 100 milliards (via le FESF et le MES) aux banques pour sauver l'argent que les peuples ont déposé dans ces mêmes banques qui se sont empressées de transformer le tout en produits toxiques. 

Mais attention, en Espagne on est à cheval sur les mots : il ne s'agit pas de "sauvetage". Le FMI, lui, précise que les banques n'ont besoin que de 37 milliards. Mais bon en en rajoutant 63, on "envoie un signe fort aux marchés", ces forces obscures seules à même d'assurer prospérité et bonheur pour le genre humain comme on le constate quotidiennement depuis 2008. Même si certains analystes, eux, estiment qu'il faut en fait 500 milliards pour sauver le bazar. De 37 à 500, tu vois la précision du machin et la qualification des lumières en charge de la bonne gestion des peuples. 

Bref, jetons encore 100 milliards par la fenêtre pour sauver les banquiers d'un pays avec 25% de chômeurs, ayant encouragé durant des années l'endettement immobilier démesuré avec la complicité des banques avant d'imposer un plan de rigueur (50 milliards cette année) permettant au gouvernement de chipoter sur quelques dizaines de millions qu'il ne pourrait pas se permettre de donner aux précaires ou aux mal logés parce que, tu comprends, cela grèverait "le bon équilibre des finances".

Rappel du principe vertueux par sknob :


Pour une fois, soyons libéraux et apôtres du TINA: Les banques qui échouent ne méritent pas de survivre. Et pour paraphraser un célèbre penseur de droite : "l'assistanat [bancaire] est le cancer de la société". Si les banquiers ne sont rien sans les hommes, les hommes peuvent survivre sans banques.  Ceux qui ont le plus à perdre dans leur chute sont par définition ceux qui ont le pognon.

Pour se prémunir un minimum de cette crise perpétuelle qui nous prendra jusqu'au dernier centime, il est plus qu'urgent de séparer par la loi dans les banques, l'argent des dépôts et les activités spéculatives. Pour que le métier de banquier redevienne une activité austère au service de l'intérêt général, et non la source d'une austérité générale au service des banquiers

Anecdote : L'autre jour au guichet de l'établissement dans lequel je suis client depuis 22 ans (période durant laquelle je n'ai pris aucun crédit), alors que j'avais oublié CB et ticket restaurant lors de la pause déjeuner, en présence de mon chéquier et de ma carte d'identité, la banque refusait de me donner 20 euros en cash comme elle le faisait jusqu'à présent. Les temps sont durs et scoop, ils se rapprochent de chez nous.

vendredi 8 juin 2012

La fausse sortie de Sarkozy

Après le culte aveugle du chef, on observe désormais une nouvelle pathologie chez les désaxés de droite: le culte du chef qui les a fait perdre. 

Jusqu'à quand l'UMP, courant nostalgique, s'accrochera-t-il au souvenir de Nicolas Sarkozy ? Non, je dis ça parce que là il y'a législatives dans deux jours.

Il faut dire qu'ils sont poussés en cela par une com' de la fausse sortie d'une légèreté de tailleur d'enclumes.

Depuis son retour du Maroc pas une journée où ne se distille sur la forme d’une indiscrétion, d’une initiative d’un de ses proches ou d’une photo pseudo volée, une information sur le président sorti.

Même le clip UMP officiel des législatives, s'articulant autour des images du Trocadéro, mais sans qu'on voit l'ancien président, est tout autant à sa gloire qu'à celui de son axe fétide de campagne. On s'attend presque à un : "je vous ai compris, nous ne sommes pas allés assez loin".

N.Sarkozy avait déclaré en janvier qu'il arrêterait la politique en cas de défaite avant de déclarer qu'il se ferait discret la semaine dernière. Mais, c’est plus fort que lui. Il faut qu’il se montre, qu’il fasse parler de lui dans l'espoir de se refaire la cerise pour nous jouer l'acte II de Rocky. L'homme est rancunier, l'épisode du courrier détruit de François Hollande en est une énième preuve. Un jour proposé pour le prix Nobel de la paix par Eric Raoult (un comble pour celui qui n'aura cessé de dresser les uns contre les autres), le lendemain à la première du nanar de BHL à sa gloire (une belle opération de joint marketing) ou s'entretenant avec Alain Minc (c'est dire si c'est la lose): Sarkoky n'est plus rien, nulle part et donc un peu partout, ne pouvant se résoudre à ne plus être l'épicentre de la vie politique. 

Tandis que l'air de rien, d'une façon "normale" qu'on apprécie ou pas, dans ses pratiques et sa  façon de gouverner, François Hollande efface son souvenir au papier de verre, petit à petit, l'ancien roitelet de Neuilly devient le Vendetta de la politique: un candidat lourdé de la Ferme célébrités, un ange déchu de la télé-réalité, faisant encore la une de JDD avant d'être relégué aux entrefilets people, sas transitoire avant les chroniques judiciaires. 

Malgré une sortie réussie les 6 et 8 mai, le premier mois de sevrage présidentiel est à l'image de son mandat: raté. L'homme est encore victime de lui. Obsolescence programmée dès mai 2007 d'un hyper-présidentTM qui s'est carbonisé tout seul et, j'en suis persuadé, en blâme les Français. 

Va Nicolas, sors d'ici. Enfile ton tee-shirt NYPD et retourne faire du pognon comme tu nous l'avais dit (en seras-tu vraiment capable sans Liliane ?). Fous-nous la paix avant d'être définitivement Bayrouisé. Laisse la droite tranquille. Mission accomplie : tu l'as bien assez détruite comme ça. Comme Blair et Clinton, va faire des conférences à travers le monde à 200.000 euros de l'heure sur la nécessité d'avoir des états moins dépensiers.

Ah oui mais zut... tu ne parles pas anglais.

* * *

P.S: Parait que la campagne législative ne passionne pas. Étonnant pour un scrutin où il y'a presque plus de candidats que d'électeurs. Rappelons les enjeux: Faire gagner la gauche, éviter une cohabitation. Au passage donner une baffe supplémentaire à l'UMP avec une spéciale dédicace pour les têtes de la sarkozie (la carte ici) afin de leur donner ce temps libre nécessaire pour aller soutenir leur star déchue le long du parcours judiciaire qui l'attend à partir du 15 juin.

jeudi 7 juin 2012

L'express se cherche

Dernier shoot à la terreur avant les législatives. Soucieux du bien public, le magazine L'Express nous rappelle que l'époque est soudainement hostile aux grandes fortunes et autres rentiers opprimés par ce régime communiste. Voici la couverture du numéro du 6 juin 2012 :

Ta daa !

Soit.

Retournons en arrière pour voir ce que le magazine d'information publiait la même semaine en juin 2007.

Ta daa !


Oups. On m'informe que cette maquette n'a pas été validée et que c'est en fait celle-ci qui sera publiée le 6 juin 2007.

Ta daa !


Dont acte.

Prometheus : le masque et la thune


Comme disait John Hurt en finissant ses céréales, avant d'être interrompu par quelques gaz abdominaux : "la chair est faible". 

J’ai donc cédé. Alléché par une bien stressante bande-annonce et un concert de critiques polémiques dont les deux tiers affichaient une admiration profonde pour le réalisateur et s’efforçaient de trouver un sens philosophique au barnum en 3D comme si il s'agissait là des saintes Ecritures, je suis allé voir le Prometheus de Ridley Scott. Le film évènement de la semaine passée, antérieur à Alien (1979), est censé expliquer le pourquoi de la présence de l’ignoble monstre dans l’astronef en fer à cheval.  Après 32 ans, 4 films et 3 spin off de la marque, il marque aussi le retour du papa de l'épisode original derrière la caméra.

Pourtant dans de bonnes dispositions dès la scène d'introduction de la chose filmique tout droit sortie d'un DVD de la scientologie, je pleure déjà mes 10 euros. La suite me le confirme. Nous sommes en présence d’une bouse intergalactique[1] dont la nullité n’a d’égale que le statut de grand film imposant le respect auquel, avec le renfort de la presse spécialisée, il prétend appartenir. 

Ce n’est pas tant le propos fin comme du papier à cigarette (après tout le pitch d'Alien est bien plus simple) que l’absence totale de profondeur des personnages (dont on ne sait pas vraiment combien et qui ils sont, ce qui gêne un peu pour se passionner pour le machin[2]), l’étonnante inaptitude du réalisateur à trancher pour un genre précis et du coup les ratant tous (action movie testostéroné ? Mystique trip pour adolescente avatarisée ? lol parodie de 2001 avec un peu de gore au milieu pour les fans de Saw ?), cette obsession à expliquer la moindre notion de WTF biologie tout en se cognant tous les trois plans de la plus simple cohérence narrative (et là c’est un festival entre les ellipses improbables, la disparation de personnages dans une scène de course poursuite ou les différentes pistes lancées juste pour la déconne) qui accableront le spectateur pourtant féru de SF. 

Soyons honnêtes, j’ai eu plus de plaisir à mater Predator vs Alien que ce navet à forme de blockbuster qui va jusqu’à rater son intérêt central (franchement serait-on allé le voir autrement ?) : sa connexion au film original.

Suivant l’exemple de Cameron avec Avatar, Ridley Scott a voulu faire le film total. Récupérer la paternité de la marque et fédérer les générations: titiller la nostalgie des parents et relancer une nouvelle franchise pour les enfants (d'où la fin ouverte) comme l’a fait George Lucas avant lui. James Cameron, lui, a créé avec succès un monde complet, lui permettant. S'empêtrant avec l’ancien Alien, affublé des scénaristes de Derrick et du set designer du Monde de Narnia (où est passé le réalisateur de Duellistes ?), Ridley Scott est prisonnier de la légende et, bien vite, Alien devient un frein pour les spectateurs de Prométheus tandis que Prométheus gâche le plaisir des fondus d'Alien, l'essentiel du film est à l'image de ce tiraillement : constitué d'incessants aller-retours entre les deux vaisseaux avec au milieu des morts dans d'atroces douleurs dont on se contrefout. 

La force du premier Alien ne résidait pas dans sa science-fiction - ce n'est qu'un décor, un contexte  - mais dans son huis clos, et la relative invisibilité du monstre. Ridley Scott semble l'avoir oublié et offre paradoxalement un prequel faiblard rapporté aux suites de Cameron, Fincher... et même Jeunet va. 

Ici on voit tout, ça bouge partout (et sans casque c'est plus pratique), on ne fait pas durer les plans plus de 6 secondes et l'on se soucie d'abord du cahier des charges 3D. La faute à Scott ou à l'avidité des studios qui ont envisagé l’objet comme ils envisagent désormais tout le spectre la production à pognon (des films pop-corn de 7 a 77 ans à voir en centre-co) ? Comme disait Ripley se jetant dans les flammes à la fin d'Alien 3, un monstro-bébé dans le bide : "il ont eu les yeux plus gros que mon ventre, voila tout". 

Toujours est-il que je m’inquiète sérieusement pour la suite annoncée par Ridley Scott lui-même de Blade Runner. Dans l'espace marchand, personne ne vous entend crier au blasphème !


[1] copyright Yannick Dahan
[2] mention au slip Velpeau de Noomi Rapace qui mérite tout de même l'oscar du meilleur costume

mardi 5 juin 2012

Apocalypsimmo 7 : La lutte des classes passe par les loyers

"La vie, c'est l'offre et la demande" François Fillon, 04.06.2012 

Et oui. Ils osent tout. Après une hausse de 50% des loyers en 10 ans, le décret provisoire pour bloquer les loyers à la relocation annoncée par Cécile Duflot, ça couine encore de sa jérémiade victimaire chez les multiproprios : le jackpot est cassé ! 

Les cris et gémissements des rentiers agacés balayent tout le spectre de la droite, de François Fillon à Louis Alliot, chacun reprenant mot pour mot les thèses libérales de "la loi du marché" et de "l’offre et de la demande", principes en vigueur depuis des décennies et avec quel succès : 10 millions de personnes touchées, une explosion de travailleurs logeant dans leur voiture tandis que l'espérance de vie des sans-abris, dont le nombre explose, est passée à 45 ans. La classe non pour un pays supérieurement civilisé ?

Même cette tarte d’Apparu, dont le seul effort au poste de Cécile Duflot dans le précédent gouvernement aura été de servir la soupe aux rentiers, a cru bon de la ramener

Notons tout de fois un paradoxe chez les opposants à la loi chez qui, il n'y a pas de hasard, on ne retrouve jamais de locataires. Deux types d'arguments cohabitent :

1 / Au final, la baisse des loyers serait mauvaise pour les locataires. Prière de ne pas rigoler, je l’ai lu de la plume d’un professeur d’économie qui fait beaucoup pour crédibiliser sa profession.

2 / De toutes les façons, l’encadrement des loyers ne changera rien à la situation.

Quel souci soudain du propriétaire pour la bonne santé du locataire, ce type a qu'il demandait encore 4000 euros de salaire pour un studio de 1000 la semaine dernière, euh que dis-je ce matin encore. Quelle étrange et virulente levée de boucliers contre quelque chose qui serait finalement sans conséquence ! 

Quant à l’argument Point BHL du blocage des loyers qui "tuerait les villes" et ferait "fuir les investisseurs", c'est gentil de se soucier aujourd'hui de la santé des villes alors qu'elles sont ravagées, défigurées, vidées de leur substance, vidées tout court par la spéculation depuis 15 ans. Ce sont les habitants qui font une ville, non les investisseurs. 4 fois sur 5, ce terme bien trop gentil cache en fait la pire avidité qui soit et un total manque de considération, autre que financière, pour son prochain. Si les investisseurs sont martyrisés par la pierre, castrés par Cécile Duflot, oppressés par le joug du locataire: qu'ils quittent la ville, les côtes de France et toutes "les zones tendues" sur lesquelles ils ont fait une OPA en dénonçant la pénurie et dans lesquelles ils s'engraissent copieux depuis des années, repoussant les locaux en 27e périphérie. M'est avis que personne ne les regrettera.


La perspective d'un encadrement des loyers vaut d'abord pour sa valeur symbolique. C'est principalement ce qui est critiqué par nos détracteurs de décret, bien au fait que leurs arguments économiques sont d'un comique prononcé. C'est une première attaque au sacrosaint droit du propriétaire de faire ce qu'il veut parce que c'est chez lui, une première brèche dans le mur de l'impunité, une offensive modérée, mais qui en appelle d'autres d'où l'acharnement à la dénoncer. Alors que pour beaucoup l'enrichissement par l'immobilier a remplacé l'enrichissement par le travail, sur le terrain, pour les aspirants locataires la course au logement est l'extension foncière de la lutte des classes. 

La logique des bailleurs individuels, usant et abusant du droit de propriété, s'oppose clairement à celle de ceux qu'ils exploitent, jusqu'à présent avec la bienveillance de l'Etat, voire avec sa complicité (les grands pourfendeurs de l’interventionnisme ayant été par ailleurs copieusement subventionné depuis des années). 

Concernant le "pauvre petit propriétaire" qui serait la victime d'une loi inique, rappelons-lui que, non, il n'y a pas de fatalité en France à ce que le logement reste un marché comme les autres,  encore moins un casino truqué où celui disposant du capital doit gagner à tous les coups. Nous rappellerons également au "pauvre propriétaire parisien"que le prix du m2 dans la capitale a encore grimpé de 110 euros en 2 mois et que je connais peu de salariés ayant connu une telle augmentation en 5 ans.

Un mouvement est initié, qui ne va pas encore assez loin mais va déjà dans le bon sens. Un signal est envoyé, il fait déjà grogner les grands moralisateurs de la thune tombant tranquille grâce à l’effort pour les autres. Les jours du grand n’importe quoi sont comptés. 

Du moins, je l’espère.

lundi 4 juin 2012

Une intolérable injustice

C’est le grand défilé des hors d’œuvre, une orgie de mini soupe, de micros gaspachos et de légumes nains à tremper. 

Avec son parquet stratifié, ses placards design et l’intégralité laquée de la gamme Zöbduhr, le salon où la dizaine de convives se concentrent sur leurs verrines a des allures d'appartement-témoin de ces magasins de meubleurs de masse suédois se clonant d'une Zac à l'autre pour combler d'un coït de CB nos désirs pré-mâchés. Pourtant, la profusion des meubles entrave la mobilité et provoque très vite une sensation d’étouffement chez l'observateur.

Sur la paisible berceuse de ces lieux communs hexagonaux qui font des dimanche en famille les zones démilitarisées des rapports heureux, les jeunes parents et leurs parents sexagénaires devisent tandis que les gamins se gavent des petites préparations en mignonnette fort peu pratiques à manipuler pour les mains non expertes, finissant une fois sur deux sur le parquet. A la moindre souillure, les propriétaires, angoissés à la perspective qu'elle entraîne une baisse de plus-value, dégainent l'aspirateur de poche pour aseptiser ce manque à gagner. 

Dans le cocon climatisé à stores couleur châtaigne du Pérou, la moindre envolée de conversation revient invariablement sur l'objet ou la possession. Se succèdent les occurrences ventes privées.com et soldes, s'égrainent en un chapelet d'admiration ces noms de marques, label luxe, qui lui parlent peu mais font consensus et dont il est toujours précisé par chacun des invités le pourcentage du rabais dont il a bénéficié lors de l’acquisition ainsi que les lieux de l’achat. 

Ces endroits, où l'invité peut librement s'adonner dans la limite de son découvert autorisé à l'addiction du consommer plus, se divisent invariablement en deux

- La zone commerciale des fins de série ou de produits dégriffés, 

- Ce réseau informatique nommé internet ayant révolutionné le monde tel qu'on le connait, celui où acheter pour moins cher des produits prisés est la preuve d'une vie à la fois conquérante et bien remplie.

Le mot euro conclue une phrase sur deux, l’autre étant consacrée au descriptif des travaux des appartements respectifs et aux espoirs contrariés d'enrichissement par la revente dans moins de 4 ans. Par-delà la nacre des plateaux à tapenade barré par les alignements militaires des macarons salés, la fin annoncée de l'enrichissement par la pierre n'est pas envisagée comme la conséquence saine et logique d'une hystérie collective (sponsorisée par la clémence des banques, un apport parental conséquent ayant faussé le marché et une dérégulation complète du secteur). Non, le début de la terreur, la vraie, est bel et bien causé par la fin des avantages fiscaux et la victoire des salauds de socialos ne connaissent rien à la vie des pauvres gens comme nous.

A ce sujet, et ce sera la seule incartade sur le terrain politique d'un dimanche au salon, la réforme du quotient familial envisagée par François Hollande est vécue comme un retour sous l'inquisition communiste... ou un truc dans le genre. Et gare à celui qui recadre la conversation en déclarant que ce qui sera pris au riche sera tout simplement redistribué à ceux qui en ont le plus besoin, il s'exposera au soupir pouffé, dans son soufflé au fenouil, de la mère à la retraite pensant que la blague, sortant des codes convenus de l'humour à savoir la répétition des phrases "cultes" des comédies populaires, est de mauvais goût.

" - Comme si nous étions des gens n'en ayant pas besoin. C'est encore les mêmes qui vont en bénéficier"

L'observateur aurait pu répondre en une courte phrase que " - Non. Avec des propriétés en pagaille aux quatre coins de La France, des revenus qui vous placent d’emblée dans les 10% les plus riches de ce pays, vous n’êtes évidemment pas prioritaires sur la liste des personnes dans le besoin. Après ça, libre à vous de tacler les assistés et de tabler en parallèle que les aides fiscales pour vous constituer un patrimoine immobilier n'auront jamais de limite, mais c’est à vos risques et péril. J'ajouterai que c'est limite criminel d'avoir inculqué ce principe à vos enfants qui pourtant vivent avec des salaires bien moins élevés et des endettements bien plus longs que les vôtres". 

Mais non, s'il est soucieux de finir sa coupe de champagne, l'observateur reprendra aussi sec une mini tourte paprika / crevette en gardant pour lui ce délice, teinté de frisson, que lui procure la contemplation de la petite assemblée en boucle sur la mise en avant permanente d'un confort pour s'en plaindre deux secondes après

Puis, il décrochera des conversations où l'on ne discerne plus les jeunes des vieux, préférant jouer à chat avec les gamins en songeant apaisé que non, la révolution c'est loin d'être pour demain ou alors qu'elle prendra dans ce pays un tour plus tragique que celui espéré par les aficionados locaux de la grande indignation mondiale. 

Pour se révolter, il faudrait déjà avoir un semblant de conscience politique, un sentiment tranché des rapports de classe. Une classe de travailleurs ? Ici, chacun est déjà bien incapable de définir en quoi consiste son travail si ce n'est qu'il risque de le perdre s'il ne fait pas exactement ce qu'on lui dit, là où on lui dit, au prix qu'on lui dit, alors le sentiment de classe c'est encore plus "casse-couilles" qu'un film de Terrence Malick (même en 3D). Une classe sociale ? Du plus pauvre au plus riche, ils respirent par les mêmes marques, s'unissent sur les mêmes codes.

Bien éloigné semblera à notre observateur, un grand soir où serait décollée pour de bon ce terme  classe moyenne avec lequel chacun s'étiquette à souhait, les pauvres se persuadant qu'ils seront riches avec la droite, les riches qu'ils risquent de s'appauvrir avec la gauche. 

La boite à images a bétonné les espérances. Mélange de programmes publicitaires, abrutissants, d’information ciblée ou soumise au dogme de l'instant enrobé en flux tendu par la parole d'évangile des experts accrédités bouclant d'une chaîne à l'autre un cercle de la raison dont sont éradiquées ou raillées les opinions contrevenant à la bonne marche des vainqueurs. Dans ces salons calfeutrés, où l'on peut choisir la couleur de son pouf et l'arôme de son café, le lavage de cerveaux commence dès le biberon. Pujadas sert de berceuse, Secret Story remplace les contes et Florence Foresti vaut mille Marie Curie.

L’accès facile au confort, grâce à l’accession à la propriété par le crédit et à la fabrication délocalisée et low cost d’objets et de technologies symbolisant la réussite sociale, condamne toute velléité au dépassement d'une condition hors des sentiers battus du dominant. Tout ou presque ici a été obtenu vite, avec sa conséquence immédiate: la peur de perdre ce que l’on a, la télé ayant préalablement conditionné que les choses définissent qui l’on est. Hors catéchisme forcé pour les enfants, les idées de solidarité ou de partage sont hérétiques d’entrée. On ne fait plus cohésion par  le travail, les revenus, ou même le pays, mais bien par l’acquisition immobilière, la possession d’objets, le respect de la mode et des codes ostentatoires. 

La petite assemblée du dimanche est de ces gens de droite par défaut, tout simplement parce que la gauche, dont la représentation exposée par les médias se réduit à l'explication basique (expurgeant toute notion historique de plus de 3 mois), est associée chez eux au péril.

L'observateur les regardera ainsi, se pétant la panse à l'unisson, et conclura qu'à moins que la nouvelle politique ne les change, eux ne changeront pas leur politique: du vide à remplir à ras bord d'une morphine frelatée, remboursable avec intérêts. 

Tôt ou tard, ils seront captés par le premier ou la première sachant répondre à ce ressentiment sans fin qui grignote d'amertume leur moindre propos sur l'objet ou le standing, cette vie rêvée pour eux par d'autres et qu'ils appellent liberté. Une rancœur diffuse, innée, voulant qu'avec l'arrivée de la gauche d’autres auraient plus qu'eux et qu'ils auraient à perdre dans cette répartition, en premier lieu parce qu'ils ne pourraient plus accumuler comme avant. 

Ce ne sont pas les riches que la petite assemblée a dans son viseur. De par leur style de vie, la parade décomplexée des marques qu’eux s’acharnent au quotidien à obtenir au rabais, les riches sont un modèle, un cap, un arbre de vie. Vu sur M6, signé et certifié chez Calvi.

Derrière les rires d'enfants, le Médoc aidant, au fil des répliques sur tel quartier de la quatrième dimension envahit par les mosquées ou telle école peu fréquentable parce qu'il n'y aurait "que des noirs" (pas méchants parce qu'ils sont noirs mais parce que les noirs sont tous pauvres et, en tant que pauvres, sont jaloux, donc méchants) remonte insidieusement, dans les relents de blinis et les rots contenus de pâte aux truffes Lidl, la stigmatisation de ceux qui ne méritent pas ce qu’ils ont ou ce qu'ils pourraient avoir. Rapidement est atteint, ce que Laurent Wauquiez, sous inflexion Bessonienne, a conceptualisé comme le point Cancer de la société, et que les insatisfaits de ne pas avoir assez peuvent remplir avec l'ensemble humain ad-hoc.


Mettons à part l'enjeu local des législatives, que dit, en deux temps, la candidate d'extrême droite déambulant dans les rues d’Hénin-Beaumont devant les caméras de France Télévision lorsqu'elle lance à un jeune d'origine maghrébine au volant d’un cabriolet : "- Vous l’avez gagnée au loto votre voiture ou grâce au travail ?"

1 / Elle signifie que la voiture est le symbole de la réussite.

Sur ce point, écoutant quotidiennement les conversations des quartiers riches et pauvres (ce qui est le plaisir pas cher du promeneur solitaire), l'observateur est formel: quels que soient l'âge, le sexe et la couleur de peau, cette idée est bien ancrée dans la société. Ce qui explique probablement l'enfer que vit le piéton ici bas, mais c'est un autre débat.

2 / Que selon cette croyance en l'accomplissement par l'auto, quelqu’un n'ayant pas le look blanc à 100% ne mérite pas de "réussir" sans tricher, ou sans coup de pouce exceptionnel du destin

3 / 1+2 Qu'un tel citoyen conduisant un cabriolet constitue un désordre consommé dans le système des représentations de la réussite. Le basané est à sa place s’il est pauvre, mais s’il commence à obtenir le même niveau de vie, voire supérieur que le blanc, il ne le peut qu’en le volant aux autres. Pire, il lui vole son idéal de réussite. Son cap.

Bien plus qu'avec un nationalisme ne suffisant pas à fédérer un peuple s'adonnant sans ciller depuis 30 ans au Made in China parce que c'est moins cher (même s'il ne fallait pas être une lumière pour deviner que cela lui coûterait un jour, si ce n'est son emploi au moins celui de ses enfants), l'observateur conclura que c'est lorsque qu'elle surfe, en free style ou pas, sur la thématique de la voiture que Marine Le Pen (comme d'autres à droite) est dangereusement compatible avec le plus grand nombre. Principe déclinable à d'autres objets de la vie courante.

Malgré 30 années de chômage massif, de désindustrialisation, d’envolée des prix de l’immobilier, jamais les Français n’ont autant possédé d’objets du confort, de biens immobiliers, de vêtements de marque, de signes extérieurs de richesse, de voitures. La source est artificielle (endettement massif + délocalisation de la fabrication à obsolescence programmée + prix cassés grâce à des réseaux de distribution locaux pratiquant également l’exploitation salariale éhontée) mais le moindre accident de débit (ou risque d'accident) dans la fontaine d’abondance est désormais vécu comme une intolérable injustice. 

Il est toujours plus simple de désigner l'autre que de reconnaître le poids de ses addictions, de ses renoncements, des conséquences de ses actes, de ses actes d'achat, de son avidité, de son désir de rente, dans la destruction progressive du collectif.

Le changement c'est maintenant, une possibilité. L'autre c'est nous, une certitude

Illustration : Tree of life, T.Malick (2011)