jeudi 31 mai 2012

La paresse en crise

Les politiques passent, la presse de droite aboie...

Le Figaro Magazine du 4 juin 2011

Un an plus tard, quasiment jour pour jourLe Point du 31 mai 2012

Vous avez dit "crise de la presse" ?

Justement ce jour où de France Inter à BFM Business en passant par le JT de France 2, on m'a répété 12 fois que la commission européenne (à laquelle la presse ne s’intéresse que modérément en temps normal) "met en garde" François Hollande sur son coup de pouce au SMIC et l'annulation de la TVA sociale et lui recommande d'abaisser le niveau de protection des contrats de travail et de faciliter les licenciements.

lundi 28 mai 2012

Mes matins sans Zemmour

Certains plans sociaux me laissent de marbre. Eric Zemmour serait "débarqué" d’RTL à la rentrée. Les indignados de droite s’insurgent et crient à la liberté d'expression. Le mec a fait une chronique over rance. C’est loin d’être sa première, le persécuté des médias ayant cette ligne tout au long des 341 chroniques et prises d’antenne de l’an passé (source : le blog de ceux qui l'aiment). Ce coup-ci RTL siffle la fin de la récré matinale du réac. On s’étonnera juste que la courageuse station ait attendu que la gauche soit au pouvoir pour trouver trop "clivants" les propos d'un chroniqueur en pleine cohérence avec la ligne UMP du moment, à savoir Feu sur Christiane Taubira !

Le providentiel martyr médiatique de la droite (il est au révélateur des contradictions déchirant cette sensibilité, pas étonnant d’ailleurs que FN comme UMP essayent de récupérer le bonhomme depuis deux ans) conserve en revanche ses plages d'exposition au Figaro, sur Paris Première, M6 et I-Tele. Les résistants ne prendront donc pas le maquis tout de suite, et remettent à plus tard leurs projets de suicides collectifs pour montrer leur opposition face aux premières purges de la dictature du 6 mai. 

Je ne suis pas loin de penser que le journaliste se félicite de cette opé promo en mode "si je gêne, c'est que j'ai raison" lancée par un de ses employeurs. En polo Lacoste, dress code des opprimés, il pleurait ce matin contre les "Torquemadas de café du commerce" et autres "professionnels de l’indignation tarifée" qui lui en veulent sans pour autant préciser combien il est rémunéré pour lâcher ses savantes saillies de pilier de bar. Reconnaissons qu’elles ont la forme et l’érudition nécessaires à épater les simplets afin de leur faire passer le sexisme pour de la sagesse et la xénophobie pour un projet politique.  

Inch'Allah Eric. A la fin, il te restera toujours internet. La droite a besoin de blogueurs de talent.



Article connexe :
- Mes nuits sans Zemmour

[1] A vrai dire, L'UNI, syndicat étudiant de droite, devrait même se féliciter que son appel à chasser les "journalistes à 3000 euros" soit ainsi entendu.  


[Update 14h14: Eric Zemmour attaque l'Express pour "rumeur malveillante".]

samedi 26 mai 2012

Encadrer les loyers rend impuissant !

Une nouvelle saison politique débute, retrouvons un nouvel épisode de la secret story des libéraux. Accueillons "contrôle des loyers : retour au moyen-âge économique", un article court mais fruité publié sur le site Atlantico et tentons ensemble de trouver le secret de son auteur, Pascal-Emmanuel Gobry.

Face au péril des rentes compromises avec l'encadrement annoncé des loyers par la ministre du Logement, Atlantico sort l'artillerie lourde et toutes les recrues sont mobilisés pour gagner la bataille des idées. On ne plaisante pas, l'ennemi est au pouvoir.

D'entrée de jeu, l'analyste senior marché (en décodé: professeur de philosophie à l’Académie du cash  les pieds sur la table basse) assomme le lecteur d'une certitude scientifique, extraite de la bible du VRP (livrée en 1ere année, en échange d'un morceau d'éthique, aux étudiants en école de commerce): "93% des économistes américains sont opposés à tout contrôle des loyers. 93% !".

T'as compris mon con ?

1 / L'économiste américain est un être supérieur (à qui tu es prié d'accorder un peu plus de crédit qu'à Elizabeth Teissier ou Paco Rabanne qui se trompent pourtant moins souvent qu'Alain Minc et la ramènent comparativement bien peu).
2 / Tous les êtres supérieurs mangent du foin.
3 / Fais comme l'économiste américain sinon tu n’intégreras pas le club des êtres supérieurs payés à te répéter pourquoi ceux qui ne mangent pas de foin sont des ânes.

Fort de cette caution et parce que toucher à la croissance exponentielle de la rente et du patrimoine, c'est toucher aux droits de l'homme riche, le coeur meurtri du libéral omniscient souffre doublement à l'évocation d'un encadrement des loyers par les obscurantistes: "La réaction de l'observateur impartial ne peut être que le désespoir face à l'inculture économique complète de nos dirigeants politiques et l'urgence de solutions nouvelles". Probablement formé au cours du soir Franz-Olivier Giesbert, nous noterons le placement de l'auteur dans le camp de la raison impartiale, un concept complexe à résumer pour le profane, mais suffisant pour à faire flasher sur la voie rapide du What the fuck !

Même si "L'économie est loin d'être une science exacte" (à ses heures perdues, Pascal-Emmanuel  est également fan d'humour grec), l'auteur est clair:"Le contrôle des loyers est un sujet différent". Et il esquisse un subtil point Godwin en fosbury, passant sous la ligne de l'explicit lyric, en comparant les duos contrôle des loyers / économie et révisionnisme / histoire. Tu captes ? Si t'es pour le contrôle des loyers, tu nies l'existence des chambres à gaz. C'est ce que, dans le jargon des experts en économie, on appelle l'argument "REP A SA". De quoi réfléchir à deux fois avant de demander à ton proprio s'il peut faire réparer les chiottes.

Vers la vingtième ligne du texte, alors que je manque de dériver vers cette histoire d'auto-entrepreneur japonais cuisinant sa bite au saké qui me fait de l'oeil depuis la colonne des "articles les plus lus" du site à la pointe de l'expertise économique, je suis happé par ce second souffle narratif probablement trouvé par l'auteur au survol d'un "N'oublie pas d’être lucide... Et ramène du rapé, ce soir c'est gratin de nouilles. Ta maman chérie" post-ité sur le coin de son écran de monitoring des cours de l'eau potable en Ethiopie: 

"Mais, il y a bien une crise du logement, en France, non ? Les prix sont trop élevés, non ? Il faut bien faire quelque chose !"

A défaut de nous expliquer quoi, Pascal-Emmanuel nous définit le logement par "les bases de l'économie" et son fameux "le prix est déterminé par l'offre et la demande" auquel il n'a étrangement pas associé "la libre concurrence" pas plus que "la main invisible" (probablement pour se réserver des cartouches pour son prochain article sur les effets positifs, sur les caisses de retraite et la gestion des ressources humaines, de la généralisation en entreprise des stages d'initiation au suicide salarié à partir de 38 ans).

Mais attention, scoop. "La demande augmente au fur et à mesure que la population augmente". Et comme d'un côté le méchant état (qui n'y connait rien) fait tout pour ne rien construire tandis que  propriétaires et bailleurs ne veulent pas voir leurs biens se dévaloriser, rien ne bouge.

Étayons le cri d'alarme de Pascal-Emmanuel par un exemple de proximité: Les propriétaires des  coins thunés du 16e arrondissement de Paris empêchent juridiquement depuis des années la construction de HLM sur des terrains pourtant disponibles. Motif: les pauvres feraient baisser les prix de leurs apparts. Oui, au royaume de la main invisible, maîtriser l'offre est un combat quotidien pour ceux qui bénéficient de la demande. Je suis d'accord avec Pascal-Emmanuel et vais même plus loin que lui. C'est vrai que l'Etat montre des signes de faiblesse: il doit faire respecter la loi et construire de force pour imposer la mixité sociale dans ces cités sensibles, véritables ghettos à pognon ou les gros caïds de l'immo font impunément régner leur loi. L'encadrement n'est qu'un début, continuons le combat !

"Rajoutons à cette injustice le fait qu'il est très difficile pour un propriétaire d'expulser un locataire". [Merde déjà qu'on peut difficilement faire de son locataire un esclave sexuel sans passer pour un profiteur: où va le monde progressiste je vous le demande ?] "Ce qui naturellement [et oui, parce que la nature c'est d'user de ton prochain comme chair à payer] fait que les propriétaires ont très peu envie de louer leurs appartements, ou alors uniquement à des conditions exorbitantes."

Et Pascal-Emmanuel d'ajouter: "Le mécanisme est le même que sur notre marché du travail." [Et paf tant qu'on y est ! Prochain article pour Atlantico: "Les travailleurs payés : retour au moyen-âge de l'économie"]"

"Nous avons donc une situation où aucun “camp” idéologique ne peut régler le problème [comme disaient ces professeurs à la solde de Philip Morris te vendant l’innocuité du tabagisme passif, "les dogmes c'est moche"]. La droite verrait une levée de bouclier de son électorat bourgeois et rentier [il a pas tort là] si elle déréglementait le marché. La gauche est prisonnière de ses oeillères idéologiques [NDLR: un cap politique avec au milieu un souci de la collectivité] et de divers groupes de pressions" [parmi eux des électeurs, majoritaires, qui se sont prononcés pour que certaines pratiques changent, notamment l'indécence régnant dans le domaine du logement, suite à des politiques laxistes, au profit quasi exclusif de ceux disposant déjà du patrimoine et d'un capital conséquent].

Vient la conclusion.

"C'est donc la faute de personne et la faute de tout le monde [ah non, non mettre un 12m2 à 900 euros, c'est bien de la responsabilité de quelqu'un et à vrai dire, en plus d'un un encadrement du machin, ça mériterait une peine de travaux d’intérêt général pour le cupide] [...] Rien ne change. Et ceux qui perdent sont les “petits” [toujours rappeler que l'on défend les travailleurs, les humbles et les invisibles même si on a passé un texte complet à leur rouler sur la gueule en limo en leur expliquant que ce sont des abrutis, et que les détenteurs du patrimoine exploitant leur misère seront aussi victimes qu'elles de la politique à venir d'un gouvernement barbare] : ceux qui veulent se loger convenablement, ceux qui veulent accéder à la propriétéBref, nous sommes en France." 

Tu auras noté dans ce final riche en sous-entendus sur ce pays étouffant sous la chape de plomb de l'ignorance où les libéraux persécutés persistent à rester pour brandir haut le flambeau de la raison, un hommage tout en nuance à l'ancestrale sagesse de Mickael Vendetta: ce précédent candidat de la Secret story des libéraux qui s'est auto expulsé de la maison suite à un jet de flan dans la face.

Résumons. Une vitrine avec des grosses affiches scientifiques en mode "tout doit disparaître", une pseudo impartialité au service de la rente assortie d'un touche-pipi au Godwin, le tout pour dégoûter de l'encadrement des loyers sans apporter une seule proposition si ce n'est d'accélérer la déréglementation générale du secteur: as-tu trouvé le terrible secret de Pascal-Emmanuel ?  

Il est de droite.

(c'était facile)

Articles connexes:
- Pauvre petit propriétaire
- Décryptons le cri du libéral de l'immo
- Froid comme la pierre
- Contre le mal-logement, taxer le sous-peuplement ?

jeudi 24 mai 2012

Le soufflé aux truffes (sauce facebook)

Tu as beaucoup de pognon et tu en veux encore plus, mais les temps sont durs ? Rien de tel qu'une recette traditionnelle du terroir bancaire pour te refaire la cerise avant l'hiver. 

Le soufflé aux truffes (à la mode 2.0)

Ingrédients : 
- Une terrine à truffes,
- De la croyance en motte, 
- Une compagnie sujette à l'aérophagie mais qui ne sait même pas vendre du vent, 
- Des banques complices,
- Des médias feignants,
- Un bol à niais,
- Un cigare. 

Préparation (pour un plat à déguster entre initiés) :

Enduis le fond de ton plat avec un forcing des conseillers investissement des réseaux bancaires. C'est l'opération la plus délicate. Ton invité: le vioque à cagnotte de la classe moyenne. ll a déjà été intoxiqué par tes plats précédents alors n'hésite pas à être généreux avec le beurrage de terrine. Échaudé par l'immobilier dans lequel il s'était réfugié après le krach de 2008, tremblant que les communistes hollandais lui piquent son épargne, il rechigne à investir dans la PME innovante en bas de chez lui, mais pas dans un truc conçu à 13 heures d'avion  dont on lui répète à la télé qu'il révolutionne la vie telle qu'on l'a connait dans les faubourgs de Saint-Dié. Même que son gamin lui a ouvert un compte dont il a perdu le mot de passe. Alors tu vois, le truc il maîtrise grave.

Par chance, la croyance étant une matière première abondante et gratuite de cette bonne vieille humanité: vas-y gaiement. Depuis le temps s'il ne t'as pas égorgé au décapsuleur rouillé, c'est que 1 / Il lui reste de la thune 2 / Il te reste encore de la marge pour lui piquer.

Prends une entreprise de la technologie des internets qui impressionne vachement avec ses patrons  milliardaires. Il est primordial qu'ils soient bien riches. Les chiffres indécents auront raison des dernières capacités de résistance intellectuelle des croyants et provoqueront même chez eux des débuts d'érection. Cette jeune compagnie régulièrement encensée dans Capital avec sa tête d'affiche, la quiche à capuche qui gagne un smic par minute à ne rien faire, fera l'affaire. 

Facebook

Le truc n'a pas de business model ? Pas grave. Fais l'article de son fichier clients d'un milliard et tartine les truffes avec la certitude qu'à 2 milliards de fichés, elle en gagnera. Dans un bol, monte ta mayonnaise avec une bonne dose de presse spécialisée à ta botte et reverse allègrement (via ses chroniqueurs VRP) sur les autres médias d'info-feuilleton à base de "success story américaine", "géant de l'internet" et autre "certains experts jugent déjà que toute hausse en dessous de 50% serait décevante". Voilà qui devrait bloquer quelques jours les remontées acides de bulle internet version 2000

Les derniers jours avant l'entrée en bourse, imprime les menus gourmands avec des beaux graphiques qui montent bien haut et des blondes hilares. Bref, communique à fond. Il est important d'agir vite et fort pour vitrifier la réflexion. Derrière les fourneaux, achète un paquet d'actions au prix de gros (on s'en fout c'est toi qui fixe le prix et le nombre) et agrémente ça d'une dose de produits dérivés pariant le machin à la baisse sous 5 jours. Fais monter le plat thermostat hystérie et juste avant de servir, repends la rumeur qu'il y'en aura pas pour tout le monde. 

Mets de côté les pessimistes prévisions de tes analystes, elles serviront plus tard. 

Vient l'heure de déguster. Le démoulage est délicat, on passe très vite du chaud au froid. Le jour d'introduction, tu laisses monter un peu avant de couper massivement. Tu refourgues ta daube glacée aux nouveaux arrivants affamés au prix que tu as décidé. Passe en force. Avec tes millions d'actions, t'es prioritaire. Ils auront tellement envie d'en croquer qu'ils s’entre-tueront pour être les premiers à t'acheter 10 en pensant ce que ça vaut 20 ce qui vaut 1.

Fin du repas. Tu t'es bien gavé. Pour le dessert, en complément d'une vieille liqueur ou d'un cigare, je te conseille de distribuer sur plateau doré les analyses financières mises de côté concernant l'avenir un peu carbonisé du soufflé. Les croyants terrorisés vont vendre en masse. Super. Regagne une 2e fois en empochant les bénéfices de tes paris à la baisse. Les aigreurs d'estomac des fauchés sont toujours un délice pour la digestion des rentiers.

Ne te laisse pas impressionner par les mauvaises critiques gastronomiques et autres victimes d'une crise de foie souhaitant rehausser le plat à la purée d'avocatsRecommence dans quelques mois...  ils auront tout oublié.


Articles connexes:

mardi 22 mai 2012

Apocalypsimmo 6 : D'étranges opportunités immobilières

Se loger est une guerre. Débile, cruelle, inutile comme toutes les guerres. D'un côté les parasites de l'immobilier et les apologistes de la pierre vue comme "placement" pour se gaver pépère crient au scandale de l'encadrement des loyers promis par F.Hollande. Une mesure qui, si j'en crois le patron de Gererseul.com (sic) serait "un frein à l'investissement immobilier" (comprendre: "un frein aux culbutes à deux chiffres en échange de l'investissement d'un rideau de douche scotché par un ouvrier payé au black dans le studio pourri dont on a hérité de papa et maman").

De l'autre 10 millions de Français pâtissent jour après jour du dérèglement du secteur de l'immobilier avec des prix multipliés par deux en une décennie en partie à cause d'une clémence fiscale sans précédent pour ceux qui disposaient déjà d'un capital au départ (voir premier paragraphe).

La nouvelle ministre du Logement est attendue au tournant. Par tous. Mais, la résistance des bailleurs s'organise. Voilà que je découvre dans les pages "placement" de Valeurs Actuelles un joli produit financier autorisé par l'AMF juste avant les élections. Le bidule s'appelle Novaxia Immo Opportunité et entre dans le cadre du paquet fiscal, la fameuse loi Tepa (dont il ne reste pourtant pas grand-chose).

De quoi s'agit-il ? Écoutons Joachim Azan, associé gérant du groupe Novaxia:   

« Notre recherche permanente de solutions visant à faire profiter nos investisseurs des meilleures opportunités du marché nous a conduit, cette année, à créer une offre liée, afin de profiter à la fois des avantages de l’immobilier et de ceux de l’hôtellerie. La conjoncture est, en effet, favorable à ces deux secteurs »

Comprendre: escroquer les pauvres locaux avec du rêve de propriétaire ça ne paye plus, offrons du service immobilier aux riches étrangers. 

Azan précise dans le magazine de la droite des valeurs (qui au fond aime bien les immigrés tant qu'ils ont du pognon)

"Les investissements se réalisent uniquement en Île-de-France et en Paca, deux régions recherchées par les investisseurs internationaux et qui offrent des occasions à l'achat à des prix attrayants en raison de la vente d'immeubles tertiaires par des institutionnels et par les pouvoirs publics."


Via des PME montées sur mesure, il s'agit d'investir dans du produit immobilier locatif à baux courts dans des zones déjà soumises à une forte pression foncière, au sommet du box-office du mal logement. Bref de l’hôtellerie bis, non soumise aux contraintes de l’hôtellerie. Les salopiauds se groupent ainsi pour acheter d'un coup et au meilleur prix des immeubles de bureaux ou des bâtiments de collectivité pour les transformer en pied-à-terre pour touristes thunés et louer le 30m2 à 600 euros le week-end. Le plus beau: ça permet de réduire ton impôt sur la fortune et d'obtenir une ristourne supplémentaire sur l’impôt sur le revenu à hauteur du 18%. 100.000 euros investis = 18.000 euros de moins à payer sur L'IR. (Et parallèlement, il conviendra de pointer du doigt l'allocataire au RSA qui vole à la collectivité 400 euros par mois)

"Les activités de construction d’immeubles en vue de leur vente ainsi que les activités de location meublée touristique de courte durée ouvrent, en effet, droit aux avantages fiscaux de la loi Tepa" > Points 15 et 16 du BOI 7S-5-11, page 7 sur ce lien).

Étrangement, la loi n'applique pas ce mécanisme pour le logement social. A noter qu'au même moment la promesse de F.Hollande de doubler le plafond du livret A pour financer plus de logements sociaux est dans le viseur du lobby des banques et assureurs en mode Kill it !  Comprenons-les. Déjà que les banques n'ont pas une bonne image dans la population, avec cette conjoncture morose il ne faudrait pas que les épargnants se mettent à placer dans des produits sûrs et de surcroît  constructifs. Non. Tant qu'on peut leur vendre de l'action facebook survalorisée, c'est quand même plus juteux pour nos sauveurs des marchés.

Le produit Immo Opportunité (s'il fonctionne, l'opération étant abandonnée en dessous de 1.8 million de collecte) favorisera encore un peu plus l'envolée des loyers dans les zones concernées. J'ai abondamment traité de la pied-a-terrisation, cerise sur le gâteau des injustices immobilières en zones tendues: Pourquoi mettre un loyer à 700 euros par mois si on peut louer le machin à 700 par semaines sans gestion complexe, en en gardant la disponibilité, le tout assorti d'un copieux cadeau fiscal ? (même si dans ce cas précis, mon expertise fiscale ayant ses limites, je ne peux garantir que le thuné tenté bénéficie de l'avantage au-delà de cette année). 

On comprend dès lors que les bénéficiaires de ce type de produits autoproclamés investisseurs (profiteurs serait plus juste) crient au scandale à la réaffirmation par Cécile Duflot de l'encadrement  des loyers qui, en théorie, tuerait ce business. A moins bien sûr que ce business et les loyers déconnectés des réalités salariales locales qu'il engendre soient considérés comme la norme sur certains territoires de France. 

Illustration: An american in Paris, V.Minnelli (1951)

[video] Alerte Rouge

La ségrégation du pauvre n'est pas que géographique. Dans les sociétés néolibérales, arrivé à un certain point d'indécente accumulation, il convient que chacun reste à sa place, dans sa classe, afin de garantir l'hégémonie financière, idéologique et culturelle d'une poignée. L’accès à l'éducation pour tous ou au meilleur marché est la clé de l'élévation sociale et d'une société éclairée. 

La question des dépenses publiques donne l'alibi idéal à une poignée pour passer la gestion de l'éducation au privé ou exploser les frais de scolarité (de 82% au Québec, pour parait-il payer les  professeurs aussi bien qu'aux Etats-Unis, pays modèle où certaines grandes universités se vident faute d'étudiants solvables). Et s'il y a mécontentement de la jeunesse, il convient alors de purement et simplement leur interdire le droit de manifester

La vidéo date du 7 mai. Un petit tour sur les réseaux sociaux nous confirme que la situation a dégénéré depuis pour les étudiants québécois. Nous sommes de tout coeur avec eux


Vidéo vue chez deefblog.

mardi 15 mai 2012

Quelle nouvelle droite ?

Scoop en ce jour d'investiture du nouveau président. La leçon de l'élection du dernier scrutin n'est pas la victoire de la gauche. Le militant de droite, qui se découvre soudain une âme de résistant, n'a de cesse de le répéter depuis le 6 mai 20h: Hollande n'est pas légitime. Comme Barack Obama, il n'a jamais été ministre sous la Ve République. Le nul. 

La vraie révélation est que là où ils étaient 18% au second tour en 2002, 48% des Français sont désormais capables de voter pour un projet d’exclusion, xénophobe, allant jusqu'à faire abstraction du bilan merdique.

On pensait La France de centre droit. On la découvre de droite dure

Certes, au milieu des idiots du village prenant au 1er degré l'opportuniste message de l'ancien président, on entendait aussi chez les militants des "oui Sarkozy ce n'est pas Le Pen, il fait semblant juste pour la campagne" validant les deux niveaux de lecture que l'on peut avoir du vote UMP 2012: 

- Ceux qui votent à droite pour défendre la nation en danger.
- Ceux qui votent à droite pour défendre leur pognon en danger en espérant entourlouper ceux qui veulent défendre la nation en danger.

Pour les législatives, faute de programme chez Copé en consorts on ne change pas une équipe qui perd. On agite encore le drapeau tricolore en déplorant un vote communautaire[1], le tri sélectif entre les bons et les mauvais français. Beaucoup d'efforts pour cacher le vrai clivage de cette présidentielle: les rentiers minoritaires ont encore voté à droite, et au passage ont réussi à escroquer idéologiquement des millions de Français (mais pas assez pour l'emporter). 

Car derrière les drapeaux, prompts à filer la gaule aux nostalgiques des colonies, aujourd'hui mis en avant par le parti bleu dans sa course au FN (note que le FN, de son côté vire au "rassemblement bleu marine"), la droite défend d'abord sa thune. Tu n'as qu'à lire la presse immobilière du moment pour capter la terreur du rentier et du propriétaire bailleur (marrant ce sont les mêmes) face au recul annoncé sous le régime Hollande qui mettrait en péril (j'attends de voir) l'assistanat fiscal dont ils bénéficient depuis 10 ans.

C'est là qu'il est dur de combattre la droite. Elle s’exonère de traiter du réel, d'embrasser le présent qui l'entoure ou de faire campagne sur le concret (puisqu'elle circonscrit son projet à la nostalgie ou la peur du futur). Chaque maillon de sa chaîne pense d'abord à ce qu'il peut perdre, non pas à ce qu'il peut apporter ou même à la conséquence de sa cupidité sur autrui. 

Tandis que le FN lisse son image, allant jusqu'à gommer son sigle,  l'UMP en ré-sis-tan-ce veut solidifier son électorat face à un chaos socialiste qu'elle prophétise à grand renfort d'intox (niveau Hollande = fin du calendrier maya) et réduit le discours au plus grand dénominateur commun permettant de cocufier large pour pas cher: le drapeau.

Au-delà des législatives, s'il continue sur cette voie, l'UMP disparaîtra. Dans un environnement culturel infantilisant, avec des médias avalisant jour après jour la thèse marketing d'un FN new-look: si la droite républicaine se vide, l'extrême droite se rempliera. 

Certains à l'UMP en ont conscience (Guaino le confessait durant la campagne présidentielle, mais le culte du chef était plus fort) d'où le trouble du moment entre choisir la facilité à court terme et la fusion idéologique avec le FN, ou prendre à bras le corps la reconstruction d'une force de droite un peu plus humaine (ouais, je sais c'est super dur, mais voilà un vrai travail). Les primaires à droite peuvent jouer ce rôle de redéfinition.

Le premier tour de l'élection présidentielle nous révèle aussi que le discours FN fonctionne sur une part croissante des jeunes (2e position chez les 16/24 ans). L'avenir de la droite se jouerait donc en partie dans la faculté du parti des rentiers et des nostalgiques apeurés à récupérer le vote des jeunes sans plus de mémoire que de culture politique, furieux de ne pas avoir le même standing que les générations d'avant, ou pas au même prix. C'est probablement le point le plus inquiétant (et au passage la démographie observée dans les meetings UMP: des très jeunes et des vieux).

(choisis ton slogan)

Au-delà du rejet de l'autre à intensité variable, la vraie convergence de fond entre le FN et l'UMP est d'abord leur haine du socialisme. Derrière les mots et les drapeaux, les deux ont un dessin libéral et se servent des para-tonnerres "mauvais français" (ce qu'il faut retenir du "choisissons la France") ou "l'assisté" pour le diffuser. Pas besoin de gratter longtemps dans les deux électorats pour observer cette défiance fondamentale contre une "fiscalité étouffante".

Démanteler peu à peu la solidarité au profit de la suprématie du moi, tout en usant de la thématique de la nation forte comme viatique existentiel. C'est ce que l'ancienne droite a fait. Tout indique pour le moment que la prochaine fera de même. Quelle que soit sa teinte de bleu. 

Illustration: Frankenstein Junior, M. Brooks (1975)

[1] Quand bien même on aura eu de cesse de le générer. Et oui à force de stigmatiser à tout va du musulman d'apparence au chômeur qui ne veut pas vraiment travailler, on finit par provoquer du vote de défiance: le français de souche avec arbre généalogique gaulois sur 58 générations et un CDI certifié jusqu'à la retraite (que la droite a cassé) devenant une denrée rare.

samedi 12 mai 2012

Le courage calculé de Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon annonce sa candidature à Hénin-Beaumont pour les élections législatives dans la circonscription que vise Marine Le Pen.

Phase 1. Quand j'ai eu vent de cette initiative, j'ai tout de suite dit "mais pourquoi ? Il va se reprendre une claque" tout en ayant conscience de l'exposition médiatique engendrée par le duel front contre front pour les trois prochaines semaines. Phase 2, j'ai entendu les critiques "oui, Jean-Luc Mélenchon va faire sa com' en abusant ces pauvres gens", comme si soudainement les coups de communication étaient la spécialité du Front de Gauche et que Mélenchon avait l'apanage de ce qu'un journaliste à paillettes appellera depuis la plage du Martinez d'ici 48 heures, de la "politique spectacle". 
(réaction de la petite cervelle de base.)

Pourtant, il faut y regarder à plusieurs fois.

D'abord le combat des idées. Dans le combat politique avec une droite en cours de recomposition sur sa droite (laborieuse, mais vous verrez on y viendra), chaque opportunité de combat, même symbolique surtout symbolique, doit être saisie par la gauche. Pourquoi au nom d'une "implantation" supposée, faudrait-il laisser la place au Front National dans ce "berceau du mouvement ouvrier français", mais aussi du chômage massif et de la désindustrialisation, et contribuer ainsi au grand feuilleton média-mytho du "vote ouvrier qui appartient au FN" ? (alors qu'ils sont 9 sur 10 à ne pas voter FN)

D'un journal télévisé à l'autre se déroule depuis des semaines la rengaine qu'Hénin-Beaumont est acquise au FN. Il est également étonnant d'entendre de la bouche de ceux-là mêmes qui reprochaient il y a un an le fameux rapport Terra Nova préconisant au PS de laisser tomber les classes populaires de dire que Mélenchon ferait ici une "connerie", guidé par son ego surdimensionné (comme si ses adversaires n'en avaient pas). Garderont-ils la même ligne ultrapure lorsque dans les reportages TV le nom "France" aura remplacé celui d'"Hénin-Beaumont" ? 

Deuxièmement, le combat tout court. Le risque est calculé, le candidat PS local ne part pas gagnant dans cette circonscription où le parti a une mauvaise image. L'inévitable cirque des caméras qui commence aujourd'hui autour du personnage Mélenchon lui donnera un avantage sur le candidat socialiste, le but étant d'avoir son soutien au second tour (peut-être avant) pour incarner la gauche dans sa totalité dans une circonscription où l'UMP fait par ailleurs des scores très faibles.

Quand nous avions rencontré Mélenchon avec les blogueurs il y a deux ans, il nous avouait faire de ces enjeux locaux à forte symbolique autour d'une cible précise (à l'époque des régionales, il visait Georges Frêche du PS) des moments structurants du débat politique. Il avait également ajouté que dans les situations de crise, les gens vont inévitablement vers les solutions fortes, qu'elles soient à droite ou à gauche. Hénin-Beaumont est une ville copieusement ignorée (sauf pour faire des sujets sur la montée du FN) et qui subit la crise depuis des années et à ce titre, Mélenchon pense le combat local des législatives comme la préfiguration d'autres combats à venir.

Ce n'est pas en cédant du terrain aux idées de son ennemi que l'on popularise les siennes. 

vendredi 11 mai 2012

Mais... La France a choisi

Les blogueurs de gauche entrent dans une période de sevrage. Reconnaissons que Sarkozy a focalisé sur sa personne nos colères depuis 7 ans et qu’il a tout fait pour les entretenir. Bunkérisé dans ses certitudes, héros de son monde déconnecté des conséquences de sa politique, il ne s'est juste pas rendu compte qu'à partir de la mi 2010, La France est majoritairement devenue blogueuse de gauche.

Le pire est provisoirement stoppé. Cette première étape du basculement populaire contre la France forte du fric est notre version à nous, par les urnes, des mouvements contestations qui ont parsemé la planète l'an passé. Elle en appelle d'autres et le résultat de l'élection française suscite un espoir par-delà nos frontières.

A défaut de faire son autocritique pour les législatives, la droite se lance dans la critique de gros niveau pour tenter de générer de l'anti-hollandisme. Chercher la petite bête pour savoir qui, du PS ou du PS, a payé le jet pour revenir de Tulle dimanche soir, ou se tripoter la nouille sur le nombre de drapeaux algériens agités Place de La Bastille le soir du 6 mai, c'est oublier un peu vite les fastes instantanés du quinquennat précédent et qu'on a surtout vu dimanche à La Bastille des drapeaux français, ceux de tous les partis de gauche, des affiches payantes de L'express (le seul vrai scandale de la soirée) et que, surtout, on y a chanté La Marseillaise jusqu'à pas d'heure dans les troquets (et j'en étais).

Et que dire du Rioufolique procés fait à Hollande d'avoir capté 93% de l'électorat musulman. Qu'espéraient-ils nos réacs outrés par un communautarisme qu'au fond ils ne cessent d'espérer ? Qu'après avoir passé cinq ans à cracher sur tous ceux n'ayant pas une apparence française à la pureté  fantasmée (et à ce petit jeu, vu et vérifié, on n'est jamais assez français), la droite allait récupérer ce vote ? D'ailleurs, dans ce délire de réduction du citoyen à son culte, j'aimerai savoir le pourcentage d'électeurs n'ayant aucune religion, et si la droite considère in fine que, s'il n'est pas trop catholique, le citoyen ne devrait pas avoir à voter ?

Pour finir sur ces commentateurs chagrins cherchant à faire de l’état de grâce un état de Grèce en appuyant sur le manque supposé de marges de manœuvre de Hollande pour redresser l'économie, laissons-lui le temps d'être en poste avec un gouvernement et une assemblée pour faire ses preuves, en gardant en tête qu'au final, l'époque ne pourra se satisfaire de demi-mesures et de renoncements (et que dans ce cas les blogueurs de gauche seront également sans pitié).

Ne pouvant reconstruire en 5 semaines une identité qu'elle a détruit en 5 ans, L'UMP se lance donc dans la bataille des élections législatives sur la même ligne que celle l'ayant conduit à la raclée. Son slogan France Forte version Copé "ensemble, choisissons La France" est une supplique aux électeurs de Le Pen et, nouveau stade dans la décomposition morale de ce parti, sous-entend que les Français qui ont choisi Hollande ne le sont pas vraiment. 

Bien les gars, continuez à cracher sur le peuple en voulant le diviser: ça vous réussit. 

P.S : sous réserve de mobilisation de l'électorat de gauche aux prochaines élections législatives.

Illustration: Warrior, G.O'Connor (2010)

mercredi 9 mai 2012

Comment la droite a gagné la bataille des Internets ?

[Cellule Web UMP. Dernier message de riposte: "Nous avons perdu une guerre, pas la bataille".]  

A l’image de la participation au scrutin de dimanche dernier, la campagne présidentielle a connu une mobilisation sans précédent en ligne pour soutenir notre candidat, et répondre à son appel pour une campagne de gaucho-bashing, de "c'est celui qui dit qui y'est" et de "je n'aurai qu'un programme: haro sur le halal".

Grâce à vous, nous avons fait la web-campagne la plus sociale. Malheureusement, n'étant pas vraiment experts en "social", nous nous sommes rabattus sur la rase campagne comme Patrick nous l'avait dit. Mais nous perdons la tête haute.

Le 4 mai 2012, vous avez été plus de 695 250 768 000 amis de Nicolas Sarkozy sur Facebook, dont plus de 262 millions à l’avoir rejoint pendant la campagne (même Seb Musset a reçu un SMS crachant sur Hollande le jour du second tour, c'est dire si nous avons mis le paquet, quitte à défier la loi, pour déboîter l'autre nase): c’est un record en France, en Europe, et même en Libye, sur le réseau social le plus populaire du pays (crée en Amérique par un américain de 22 ans qui assurément quittera l’hexagone une fois les cocos au gouvernement). Portée par une dynamique exceptionnelle, et aidé par le mouvement en ligne du "oh oui, mais pff voter ça sert à rien. MDR", la deuxième page de Nicolas Sarkozy, dite vraie timeline, a dépassé en quelques semaines celle du vrai Nicolas Sarkozy. 

Vous avez été plusieurs centaines de millions à suivre la campagne en images, l'équivalent de la population de la Corée du Nord à partager les photos des meetings et plusieurs centaines de milliers à publier le cliché panoramique du grand meeting du vrai travailÇa collait nickel avec sa mise en image à la Leni Riefensthal.

Le soir du débat de l’entre-deux tours, vous avez soutenu Nicolas Sarkozy comme jamais. C’est plus de 150 trillions de like qui ont accompagné les messages anxiogènes publiés au cours de la soirée. 

Dans la dernière ligne extrême droite, la portée totale de la fan page de Nicolas Sarkozy était supérieure à la masse de Saturne. Un chiffre considérable lorsqu'on pense qu'à cause des 35 heures, que la Chine ne nous envie pas, 3 Français sur 4 n'ont plus une thune pour s'acheter un zipade.

Sur les 7 derniers jours de campagne, le nouvel indicateur de Facebook, les personnes qui parlent encore de ce baltringue, a pris 70 coïts / jour à la Bourse de Séguela ! Et ne parlons pas de Twitter où les hashtag #Sarkopipo #SarkoCaSuffit #SarkoDegage #SarkoAuTribunal caracolent en tête des trending topics mondiaux depuis des mois, preuve que le nom du président reste plus que jamais populaire.

Lors des émissions auxquelles Nicolas Sarkozy participait, les hashtags #France2 et #Dpda furent en tête, ce qui montre à l'évidence que nos électeurs ont une TV. Et nous ne vous remercierons jamais assez d'être restés chez vous lors du meeting de la #Concorde pour mettre, pour une fois, son hashtag brièvement en tête sur Twitter tandis que celui de #Vincennes manquait de peu de disparaître, englouti sous les #AvecHollande.

Alors même que François Hollande a décidé de faire campagne sur les réseaux sociaux à la première personne, avec un « je »  récurrent (preuve qu'il n'a rien compris au microblogging le con) avec des tweets résumant ses propositions (pas notre genre), @nicolassarkozy a choisi d’associer les Français à sa timeline, la FrancefortosphèreElle a vaillamment combattu et n'a pas de quoi rougir: des "Hollande enculay" de vos statuts aux "La Place Bastille est NOIRE de monde" ne pouvant mieux synthétiser la détresse du militant UMP de l'arrière-pays vendéen le soir du 6 mai, en passant par les messages d'élus de la République à quelques encablures du vote, les valeurs de l'intelligence, de la République et de notre programme constructif ont su s'imposer en ligne.


Grâce à vous, nous avons également fait la campagne la plus enflammée possible. Contre ceux qui voulaient fuir la discussion, nous avons ouvert le débat grâce à l’application Idées sur Facebook dont nous avons retenu qu'il fallait interdire le porc à la cantoche du QG. Vous avez été plus de 2 000 à proposer vos idées (dont 1780 taquins de gauche, ce qui prouve l’intérêt et la jalousie suscités par notre initiative) et, au cours d'un brunch sur le pouce au château de Chambord, Nathalie Kosciusko-Morizet a reçu les auteurs des 10 les plus plébiscitées pour discuter ouvertement d’idées nouvelles qui vous concernent en priorité: l'interdiction de se baigner dans les piscines en Burqa en écoutant du Orelsan armé d'une Kalachnikov, ou encore la peine de mort pour les mineurs qui passent en scooter sous ma fenêtre, ainsi que le passage de la diffusion de Confessions Intimes à 22h.

Grâce à vous, nous avons fait la campagne la plus innovante et la plus efficace et la plus innovante. Vous avez été plus de 25 000 à rejoindre la plateforme Alphabet Connect  pour vous familiariser avec les rudiments de l'orthographe et de la construction d'une phrase. Vous avez été des milliers à utiliser notre coucou numérique à tête de Carla pour vous donner rendez-vous après Derrick et vous synchroniser pour un porte-à-porte efficace des maisons de retraite en jonglant avec leurs plannings de siestes. 

Vous avez été des centaines de milliers à utiliser notre interface ludique le jeu des 777 erreurs qui permettait de comparer les promesses de Nicolas Sarkozy de 2007 avec son bilan en 2012, et chercher ce qui cloche. (Réponses que l'on peut toujours envoyer au siège de l'UMP, accompagné d'un chèque de 150 euros sous enveloppe avec la mention prochain scandale).

Vous avez été des dizaines de milliers à partager nos infographies pour présenter le bilan de Nicolas Sarkozy. A ce propos, nous remercions les équipes web du PS pour cette idée géniale. C'est vrai que mettre en quelques chiffres et trois dessins le bilan économique des 5 dernières années, ça vaut 1000 mots.

Grâce à vous, nous avons fait la campagne de proximité la plus transparente. Mission accomplie: Avec Benjamin Lancar, Nadine Morano et Valerie Rosso-Debord, l'épaisseur de la réflexion ne perturbait pas la perception du propos. Vous avez été nombreux à relayer nos informations sur le bilan local des réformes menées par Nicolas Sarkozy depuis 2007, en téléchargeant nos argumentaires (sur le site de lafranceforte.fr aux heures d'ouverture) pour expliquer ce que l’action de la gauche au pouvoir depuis 10 ans a changé dans votre vie depuis 2007. Nous remercions également le monde de la culture qui, grâce à un renfort de poids, a contribué au rayonnement numérique de notre idéologie: Merci à toi Mickaël pour la qualité de ta prose, ton engagement patriote et bonne chance pour ta nouvelle carrière de préparateur de Burrito sans papiers au Taco Bell de Sepulveda Boulevard !
Grâce à vous, nous avons fait la campagne la plus créative: Ce sont des milliers de détournements de notre affiche de campagne qui ont envahi les internets. Comme Tariq Ramadan, vous nous avez envoyé des centaines de témoignages, de photos, de vidéos, mais aussi quelques classiques de l'infographie FN et ce plan d'un panneau en arabe qui aura fait le "beuze" comme nul autre. Autant de créations que nous avons utilisées dans la campagne pour raconter la France forte avec vous ! 

Grâce à vous, nous avons fait la campagne la plus regardée, "laulée" comme ils disent. Vous avez été des milliers à regarder les discours de Nicolas Sarkozy diffusés en direct grâce à la modernité. Des discours bien plus suivis en ligne que ceux du Général De Gaulle. La plus belle surprise est également venue du succès de notre couverture en direct du débat présidentiel de l’entre-deux tours. Une belle couverture bleue avec une cible et la tête de Flamby au milieu. Nous l'avons agité à la fenêtre du QG. C'était joli.

Grâce à vous, nous avons fait la campagne la plus "enlarge your extremisme". Vous avez été des quelques centaines d'ultra-marine (mais pas assez) à nous suivre au cœur de la campagne. Si on ne se bat pas tous pour la France forte, ça ne sert à rien! Vous avez également été des milliers d'étrangers à La France à vous connecter sur notre site et avoir été impressionné par cette campagne, soulagés qu'elle se joue loin de chez vous.

Grâce à vous, nous avons fait la campagne la plus clean et la moins racoleuse. Nous avons tout misé sur l'éclatement de la société, la tension, la dernière semaine et la dépolitisation crasse du petit bourgeois apeuré alors qu'en face ils jouaient le programme, le respect de la jeunesse, le rassemblement, la constance et le temps long. 

Mais voilà, malgré tous vos efforts, certains forçant sur le flot rance allant jusqu'au claquage de neurones, force est de reconnaître que François Hollande et ses équipes web ont travaillé plus et que donc, ils ont gagné plus. Et si nous avons eu systématiquement trois trains de retard dans le Control C - Control V de tout ce que concevait la riposte web du PS, c'est de la faute aux privilégiés de la SNCF !

Mais bon, parce que vous respectez les valeurs défendues par Nicolas Sarkozy, vous serez désormais des militants respectueux de nos adversaires et du débat démocratique avec ces voleurs de victoire.

Merci encore pour votre engagement et votre énergie. Nous avons perdu la guerre, mais gagné la bataille. Voilà c'est fini, vous pouvez retourner devant Appels d'urgence

Minitelement votre.

L’équipe de la web campagne de Nicolas Sarkozy."

mardi 8 mai 2012

Le gros chagrin d'Olivier Mazerolle

"J'ai envie de dire merci Nicolas Sarkozy pour cette journée" Olivier Mazerolle, journaliste objectif à BFM. 08.05.2012

Il faut bien que l'info continue. Après la journée consacrée au développement de la notice d'utilisation du nouveau président globalement considéré par l'éditocratie comme un accident de l'histoire[1], voici en ce 8 mai sur nos écrans de divertissement le nouvel épisode de l'info-feuilleton version politique: Pleurer Sarko. Ou, comment les larmes journalistiques sont parfaitement solubles dans la commémoration historique.

Avouons qu'à défaut d'avoir réussi sa campagne, Nicolas Sarkozy négocie parfaitement sa sortie. Après un discours rassembleur quelques minutes après la défaite (peut-être son meilleur depuis 5 ans), celui qui parait-il veut arrêter la politique entame avec le concours appuyé des chaines d'info[2] une séquence anesthésiante de ripolinage de son image. L'acmé lacrymale en sera incontestablement ce dépôt de gerbe ce 8 mai sous l'Arc de Triomphe en compagnie de son successeur, François Hollande. 

Sur les chaines de news TNT, ce jour de célébration de l'armistice de 1945 vire vite à l'hommage au président du passé, avant que ses sbires (Pecresse, Zadig et Voltaire), fidèles à la tradition, taclent à l'antenne le nouveau président à 10 mètres de la flamme. 

Terminées les consignes de campagne: avant de changer de cheval d'ici quelques jours, Mazerolle livre la météo de ses émotions et y va de son commentaire de poète-pouet dans ce qui tourne sur BFM à la cellule de soutien psychologique de sortie du sarkozysme. Et si la question politique du matin répétée par Jean-Michel Aphatie ou Ruth Elkrief (et surement par d'autres dans une journée ne fait que commencer) fut "A quoi pense-t-il ?", la leçon à retenir est que "Sarkozy est apaisé".  Super. On est content pour lui.
(Une autre claudette en larmes ne s'expliquant toujours pas l'électrocution de la popstar.)

Et les victimes de sa politique tombées au champ d'honneur de sa guerre anti peuple, à quoi pensent-elles exactement en ce moment ? Ouais, bah coco tu comprends: c'est pas avec ça qu'on va capter le spectateur et puis aujourd'hui c'est l'armistice. Priorité aux anciens opposants.

Partir sur l'image du rassemblement et de l'apaisement avec un commentaire dégoulinant de guimauve à la nostalgie alors que durant cinq ans le président n'a fait que diviser les Français et cliver le débat, et qu'il appelait à siffler les journalistes en meeting il y a encore quatre jours: il fallait le faire, ils l'ont fait.

Il est vrai qu'en ce jour médiatiquement silencieux du 10e anniversaire de l'attentat de Karachi voir Sarkozy sur la sortie se faire relooker façon ancien combattant sur la flamme du soldat inconnu par les experts en carton de l'info-feuilleton, oui, il y a de quoi pleurer.


[1] comme quoi, ils devraient plus souvent lire les blogs.

[2] N'y voyez aucun complot, on est dans le réflexe pur.

dimanche 6 mai 2012

La chanson du dimanche

L'élastique de la catapulte est bien tendu, vous avez le couteau entre les mains. Bonne journée, votez bien.


(et après rendez-vous sur twitter)

vendredi 4 mai 2012

Le choix du 6 mai : hier contre demain


Dans 2 jours, nous serons enfin fixés. Qu'écrire de plus ?

Que rien n'est joué. 

En fait pour le 6, je pourrais reprendre mon texte de mars 2011 intitulé Une France sans futur ?Tout y est. On peut résumer le choix qui se présente à quelques mots:  La Peur contre la confiance. Hier contre demain. La peine contre l'espoir. 

Le suivi des dernières semaines du président-candidat en campagne bunkérisée avec son illuminé papiste confirme tout ce que nous anticipions, parfois en caricature, au sujet de son état lors de ces 5 années de blog en partie consacrées à la dénonciation de son action. En meeting, la violence et les amalgames de ses propos font désormais passer Sarah Palin pour un prix Nobel de modération.

Selon son entourage, le président-candidat est convaincu qu'il va gagner. La droite ne peut pas perdre. Absolument pas. Même à gauche nous nous surprenons à ne pas y croire, même avec 375 sondages / 375 favorables. C'est dire combien la droite a contaminé nos représentations de la société. La droite ne peut juste pas envisager un pays sans droite. C'est contre nature. Du coup, du sommet à la base elle met en place des processus de résistance psychologique:

1 / Le déni. Avec "la vague souterraine qui va remonter aux étages" (sic). Certes, une grande partie de l'électorat de la droite barrée vivant déjà dans un monde parallèle fait de rentes réelles et de peurs fantasmagoriques, l'investissement intellectuel est modéré. 

2 / La vindicte. Décomplexée par les propos du chef en tribune, la base se lâche. L'accusation des "autres", les immigrés, les assistés, les travailleurs sociaux s'affiche désormais sans gêne à longueur d'ondes par NKM de l'UMP ou Ginette et Polo du PMU. Les journalistes sont maintenant molestés en meeting par des militants gonflés à l'haineuse harangue du pompeux incompétent, ou sifflés sur dénonciation du président. Ils ont probablement un peu vite oublié les idylles passées lorsque, ensemble, tout devenait possible.


Méfiance pour dimanche. N'oublions pas que le président-candidat a fait 10 millions de voix au 1er tour là où il aurait dû faire le score de Cheminade. Il faut rester mobilisés. Il reste deux inconnues: le taux de participation et le nature du vote des abstentionnistes du 22 avril. Et là, vu le niveau de gloubiboulga mental ambiant côté colère, on peut avoir des surprises. Rappelons que le président-candidat ne ménage pas ses efforts depuis deux semaines pour se positionner en "opposant au système" censé représenter "l'alternative" en inondant ses discours de stigmatisations tous azimuts avant de conclure sur la conservation de son pognon (le tronc commun de l'électeur de droite) en drapant ça de "défense du  travail" (avec un million de chômeurs de plus en 5 ans pour ceux qui débarqueraient). 

Le plus inquiétant à droite reste cette énergie du désespoir poussant chef et militants à se surpasser dans l'abjecte en piétinant éthique, morale, humanité, ou même la simple évidence. Nous n'avons pas ce travers à gauche (et jusqu’à présent cela a plutôt réussi à François Hollande), mais en fin de campagne à l'heure où la nuance n'est plus de mise, face à la kermesse au vomi, c'est une faiblesse.


Dimanche, faites que ce blog n'ait plus à écrire sur ce cornichon et sa clique autrement qu'à la rubrique judiciaire.

Après... les combats ne feront que commencer. Combat contre les forces de l'argent qui sauront appuyer là où ça fait mal. Combat pour réparer 10 années de casse sociale. Et le plus important: effort continu pour apaiser la société. L'histoire retiendra d'abord de son quinquennat que ce générateur de peur et dissensions nommé Sarkozy aura divisé le peuple comme aucun de ses prédécesseurs, jusqu'à son dernier souffle de pouvoir, pour assurer aux plus riches cinq années supplémentaires de prospérité. 

Illustrations : Blitz wolf de Tex Avery (1942), Du petit monde de Gildan

[video] Films de campagne(s)

Lundi 7 mai. Soit l'homme prônant depuis quelques jours le bonheur par les frontières les franchira allègrement dans un aller-simple  pour Miami en classe affaires véreuses avec Mickaël Vendetta sur les genoux. Soit il savoure sa victoire inespérée en autorisant quelques supporters galvanisés à tabasser journalistes et blogueurs à coups de déambulateurs. Toujours est-il que Le citoyen sera face à son destin et que vers 20h une question cruciale déchirera la société: qu'est-ce qu'il y a ce soir à la télé ? Cela tombe bien, ce soir-là, lendemain du second tour, deux programmes en couleur et de qualité ayant pour cadre les coulisses électorales seront diffusés l'un après l'autre.

La toute primaire fois de Jeremy Sahel, documentaire auquel j'ai (un peu) participé, sera diffusé le 7 à 19h30 sur LCP. Jeremy a suivi de l'intérieur la campagne des primaires socialistes, une première dans la politique française (et quand le concept va arriver à droite en 2072, ça devrait envoyer du lourd). Il en sort un film de 56 minutes démarrant au lendemain de l'affaire DSK pour s'achever à la désignation du candidat 6 mois plus tard. On suit au travers de séquences brutes, les interrogations et les doutes des états majors, mais aussi la ferveur militante et la montée de la dynamique. Stéphane Le Foll, organisateur de la campagne de Hollande pour la primaire, (l'un des rares à avoir accepté sans condition la présence de la caméra) est le fil rouge du film qui sera accompagné d'un webdocumentaire sur le site de LCP. Amuse-toi à y compter les têtes de blogueurs. Voici 2 extraits en exclu:

Extrait 1: Arnaud Montebourg en campagne à Toulouse.


Extrait 2: Stéphane Le Foll commente les résultats du premier tour


Pause bière. A 20h45 sera diffusé sur la 3 le dernier épisode de la série Elysée 2012, la vraie campagne de Serge Moati. Le réalisateur du débat de 81 entre Mitterrand et Giscard (entre autres, il a signé nombre de documentaires politiques et de fictions) a rempilé ici pour sa 4e campagne présidentielle, embarqué en caméra discrète. Après être venu nous voir au début de la campagne au Kremlin des blogs, il nous a accueillis avec Jegoun et Intox dans la dernière ligne droite du montage de l'épisode final (le film sera achevé quelques heures avant la diffusion). Moati assume parfaitement être en décalage avec ce que demandent des médias à la recherche de la sidération permanente (quête de la petite phrase, priorité au direct supposé gage d’absolu...). Il n'est pas journaliste donc pas à la recherche du scoop, mais de moments de vérité. Des séances de motivation de Copé aux consignes d'Eva Joly à son équipe, des confections de pancarte au rassemblement de Melenchon à La Bastille en passant par Philippe Poutou découvrant Le Fouquet's: Il nourrit l’espoir d’œuvrer pour l’histoire en livrant non pas ce que montre l'info classique, mais en décalant sa caméra sur le côté. 

Extrait de Elysee 2012, la vraie campagne. NKM face à Marine Le Pen


Impératif d'empathie. Moati insiste sur l’impératif d’empathie avec les personnages filmés qu’il s’agisse de militants Front de Gauche, de la droite populaire ou de cadres du FN (ce qui lui a d’ailleurs valu pas mal de reproches). "Quand ils sont contents, vous devez être contents. Quand ils sont tristes vous devez être tristes. A gauche comme à droite. Si vous arrivez avec une idée arrêtée sur les gens que vous allez filmer, votre film sera mauvais".

Extrait de Elysee 2012, la vraie campagne. G.Peltier + Concorde - Vincennes, la bataille des meetings.


La violence est consubstantielle aux campagnes présidentielles. Féru d’histoire politique, Moati nous rappelle que les débats dans la 1e partie du siècle étaient au moins, si ce n’est plus, violents que la campagne 2012. C’est le côté réducteur de l’information d'aujourd'hui, de la TNT à twitter, où tout se résume à une phrase qui intensifie la portée des messages et donne un sentiment de flux tendu du trash. D'ailleurs, il nous bombarde de questions sur la campagne en ligne avant de rendre hommage à ceux qui occupent la moitié de son film: les militants politiques. En meeting, au porte à porte, en distribution de tracts, et ce, quel que soit leur sensibilité: "Ce sont toujours les oubliés de l’histoire".

La toute primaire fois de J.Sahel. LCP 7 mai 19h30
Elysée 2012: la vraie campagne de S.Moati en collaboration avec C.Lancellotti,V.Decointet et H.Marquis. France 3 7 mai 20h40

Illustration: @_margal

jeudi 3 mai 2012

Hollande: L'anaphore tranquille

Dernière riposte party géante des activistes numériques hier soir à La Bellevilloise pour commenter le débat de second tour Sarkozy / Hollande. Coincé dans la grande salle bondée, j'ai la nostalgie soudaine des premières ripostes PS où il y’avait plus de pizzas que de participants. Enfin...  Malgré la bonne humeur, vu les milliers de messages à la minute partant d'ici encombrant un réseau vite saturé, les conditions étaient un peu hardcore pour un live tweet efficace. Livrons ici nos impressions à l'issue de ce qui restera un beau débaudruchage du sarkozysme penaud. 

François Hollande s’est révélé ce soir aux Français. Pour ceux qui suivent et s’intéressent un peu au personnage depuis plusieurs mois, ce ne sera pas une surprise. Pas surprenant non plus un Sarkozy fuyant, de plus en plus courbé et sautillant sur sa chaise, se frottant le nez, cherchant du regard le journaliste sauveur (mais contraint par le CSA au mutisme). Pauvre chaton pris dans les barbelés de son bilan, il n’est jamais sorti de sa posture habituelle au dédain d'abord: les "vous mentez", les "c’est faux", les baratins, les formules maladroites, les moments mythos et les incontournables éléments de langage usés jusqu'à la corde. J'ai ainsi pu biffer toutes les cases de mon bingo des débats Sarko (la piscine halal, le point DSK, le point Mitterrand, le point Drapeau rouge, le "c'est pas moi c'est la crise", le "c'est la faute aux 35 heures"...). Malgré la longueur (2h50), les tunnels de chiffres et quelques baisses de régime, F.Hollande, raide et pointant du doigt, a gagné la bataille de la crédibilité (au point de distiller le sentiment, pour celui qui débarquerait de l'étranger, que c’était lui le président et l’autre l’opposant). Le candidat socialiste a surtout remporté les deux moments clés du débat (celui avant qu'on zappe et celui où l'on revient d'M6):

Le début: en attaquant très fort sur le respect que l'on devait aux Français en tant que président, là où tout le monde le pronostiquait  "à la cool" (histoire de ne pas prendre de risque et de surfer sur son avance). Du coup, il a donné le tempo et a toujours plus ou moins maîtrisé la danse. D’autant que Sarkozy, au lieu de parler de son projet, n’aura finalement passé sa soirée qu'à s'opposer au programme que le candidat socialiste déclinait sans ciller. Un débat finalement à l'image de cette campagne: Le fond et la constance pour l'un, l'approximation et la panique pour l'autre. Sarkozy s'enlisera finalement seul dans ses thématiques fétides, Hollande clôturant d'entrée par des réponses fermes sur la laïcité.

Sa fin: en assénant en slam une tirade anaphorique d’anthologie (renforçant par le verbe sa stature présidentielle) devant un Sarkozy (pourtant fan de Stéphane Camus, Kevin Zweig, Seb Musset et  Grégory Le Balzac) hébété qu’on lui dise ses 4 vérités en 3 minutes avec plus de style qu'il n'en aura jamais eu en 5 ans. Quelque part ce soir, Hollande a vengé en prime-time nombre de Français face à l'arrogance d'une politique et d'un mode de gouvernance qu'ils subissent depuis trop longtemps. 



Mercredi soir, le Karcher a été passé devant 17 millions de spectateurs. Bien. Ne reste plus qu’à confirmer cela dimanche prochain. 

Le pearltree des réactions au débat:
Illustration : Riposte party à La Bellevilloise, Paris, 02.05.2012