mercredi 29 février 2012

La campagne du cancre

Marketing à la Morano, idées à la Chuck Norris: telle est la dynamique de campagne de notre président-candidat.

Au programme du jour, attention accroche-toi au pinceau je retire l'échelle, il propose aux enseignants de "travailler plus pour gagner plus".

Si la "valeur travail" est bafouée dans ce pays, la "valeur photocopieuse", elle, se porte sans honte. 

Notre souverain en opération "tout doit disparaître" sur le bilan propose donc 45% d’augmentation de travail aux enseignants pour 25% d’augmentation de leurs revenus: note l’équité du deal représentant une baisse de moitié du tarif horaire. S'il y une telle demande et tant de pognon à redistribuer, on se demande alors pourquoi a-t-il liquidé 80.000 postes dans le secteur en 5 ans et supprimé un tiers du réseau d'aide aux élèves en difficulté ? 

Prend-il les enseignants pour des truffes? Sa proposition pas même chiffrée (estimation basse 6 milliards d'euros) ne tient pas compte de la formation, de la géographie sociale, ni de la pénibilité du métier d'enseignant (14% se déclarent en situation de burn-out professionnel, 24% en état de tension au travail) et encore moins des enfants (rappelons que la France a le taux d'encadrement scolaire le plus faible des pays de l'OCDE avec 6,1 enseignants pour 100 enfants). 

Tirée de sa bible se faire réélire par les nuls, ouverte en catastrophe au premier trimestre, la pipeau-proposition ne s’adresse même pas aux enseignants dont les études d’opinion indiquent qu’ils sont trois fois plus nombreux à soutenir François Hollande. Les professeurs et instituteurs savent par ailleurs très bien à quoi s’en tenir avec un président n’ayant en ligne de mire que le dynamitage pur et simple de l’éducation nationale, histoire de la redistribuer au privé, morceau par morceau et classe sociale par classe sociale. A ce titre, comme dans toute casse cyniquement programmée de secteur public, l'échec scolaire sert même d’argument pour opérer la bascule dans le privé en distillant dans les consciences que "public = déclassement".

Non, une fois encore en visant la saturation de l'espace médiatique selon la technique ABC (Agenda-Bourrage-Clash : 1/ Lancer une proposition bidon ou mensonge pour faire les titres. 2/ Générer du débat sur les chaines infos de la TNT et les talk-radios et alimenter le clivage en dressant les uns contre les autres. 3/ Recommencer le lendemain), il s’agit de s’adresser en priorité à ceux qui vouent aux gémonies l’éducation nationale (bastion fantasmé de hordes molasses, incultes et syndiquées ne sachant plus inculquer la discipline), bref à ceux qui n’ont plus rien à voir avec l'école ni de près ni de loin depuis minimum 40 ans. Si au passage les profs s'insurgent, c'est tout bénef: cela permettra aux premiers, confortés dans leur croyance, de réaffirmer que les seconds sont des feignants.

Au-delà d'être désespérée, la tentative est désespérante, c'est un signe extérieur flagrant d'un patinage dans le vide du candidat-président. Faut-il être à ce point à court d’arguments pour chercher à ressouder son électorat fétiche autour d'une position qui fait déjà consensus chez lui: la détestation de l’école publique? 

Illustration: Cameron Diaz dans Bad teacher (2011)

mardi 28 février 2012

Taxer les riches ou taxer les pauvres ?

C’est un avec un certain sens du suicide statistique que j’entame mon troisième billet fiscal du mois. Mais l'heure est grave et n'écoutant que le sens du devoir pour sauver la communauté stigmatisée des riches, je me sacrifie.

François Hollande vient de proposer de monter à 75% l’imposition sur les revenus supérieurs à 1 million d’euros. 

Certes, ça concerne peu de monde, mais comme disait Roosevelt en 1936, en pleine récession et alors qu'il passait le taux d’imposition des plus riches de 25 à 63 puis à 91% en 1941 (pour une période de prospérité américaine d'un demi-siècle où jamais le taux supérieur ne descendit au-dessous de 70%  n'en déplaise aux apologistes de la Flat tax à 15% censée nous sortir de l'ornière): oui, on peut[1].

Hollande l’appliquera-t-il, l’appliquera-t-il pas? Soyons assurés d’une chose: celui d’en face ne l’appliquera jamais. Son spadassin du matin, Valdemor Baroin n’hésitait déjà pas à parler sur France Inter à propos de cette mesure de "spoliation" des riches. Pas mal de la part d’un ministre de l'Economie qui planifie une hausse de la TVA (sociale, hi hi) qui pèsera lourd pour les plus fauchés d'entre nous consacrant l'essentiel de leur consommation à leurs besoins vitaux, et ce dans la foulée de cinq années d’un "assistanat" des riches sans précédent.

Je vous assure Valdemor, on peut encore vivre dans une opulence raisonnable (limite encore  un poil indécente) avec juste des centaines de milliers d’euros par an. La majorité des Français vivent avec bien moins que ça (d’autant que c’est le million après le premier million qui serait taxé à 75%, ce qui laisse encore à nos millionnaires de quoi s'acheter un réchaud Butane, une boite de sardines et un plaid pour l'hiver: on n'est pas des brutes non plus). 


Le vrai danger de cette proposition fiscale n’est évidemment pas sa concrétisation (on peut aller encore plus loin, oh oui), mais bien l’angle d’attaque facile qu'elle offre à une droite paniquée et en roue libre, jetée à honneur perdu en fin de campagne dans un bombardement de mensonges sur son bilan et les propositions socialistes, généralement peu relevés par une paillasse journalistique à la limite du coma végétatif dès qu'elle est en présence d'un type de droite avec un semblant d'influence sur la prolongation de son CDI à 4 smics la semaine. Parions que la droite va tenter une fois de plus de faire croire aux Français dans une bonne bouillabaisse démago (sauce Wauquiez) que taxer les riches équivaudra à taxer "sa" classe moyenne fantasmée à 5K euros mensuels. 

Rappel: le salaire moyen français est aux alentours de 1600 euros (en gros 19.000 euros par an,  soit 63 euros par journée de travail, soit 60X moins que la cible visée).

Nous allons également encore entendre que les riches vont s’enfuir (que ne l'ont-ils pas déjà fait, la 5e puissance mondiale étant un goulag anti-riches de notoriété mondiale), qu'ils n’entreprendront plus dans notre beau pays (ils ont déjà bien entamé le mouvement comme le rappellent chaque jour les délocalisations et les cascades de plans sociaux alors que jamais rentes, niches et exonérations n'ont été aussi élevées).

Pour avoir une idée de la ligne à venir des prochains jours, savourons ces quelques tweets de Dominique Reynié de l'Institut Fondapol, think tank libéral, murmurant à l'oreille de l'UMP. 



Et oui, on entreprend que pour le pognon (comme le savent les deux tiers des autoentrepreneurs ne faisant aucun chiffre d'affaires) et l'on se lance dans une carrière artistique d'abord pour l'argent (comme le savent bien les comédiens dont plus des 3/4 ne gagnent rien). Seuls salariés et chômeurs, eux, sont bien au fait qu'ils se doivent de travailler toujours plus pour toujours moins[2], nos outrés fiscaux du jour ne perdant jamais une occasion de leur sermonner. 

Mine de rien, c’est donc un vrai risque que prend François Hollande à jouer le gauchiste, car il va se confronter à une vraie ligne de clivage dans l’électorat: la peur viscérale de payer plus d'impôts (même si l'on n'est pas visé par cette mesure comme 99,9% des Français). C’est un fait étrange, mais régulièrement constaté: plus on a d’argent personnel moins on veut contribuer au bien-être de la collectivité. 

Et n'essayez pas d'expliquer à un libéral que les infrastructures financées par les impôts contribuent bien plus à attirer les entreprises étrangères sur le sol français que lesdits impôts ne poussent à l'exil quelques indécentes fortunes avares et aigries (à qui il conviendrait dans ce cas de retirer la nationalité): c'est peine perdue.

[1] si se puede
[2] au nom de la "valeur travail" et si peu de la "valeur salaire"

Illustrations : It's a wonderful life. F.Capra 1946

vendredi 24 février 2012

Le paradoxe "Megan is missing"


Il parait que c'est la grande vie.  Je découvre ici l’existence sans connexion ADSL ni réception télé.  Là ou autrefois on pouvait recevoir un signal en plantant une fourchette dans la fiche antenne, grâce à la TNT, sans le boitier payant: les enrichissants programmes éducatifs de TF1 ou les non-débats Le Pen / Melenchon te sont désormais interdits. 

Détendons-nous dans cette nuit d'insomnie avec un petit film d'auteur. Rapide recherche sur les machins téléchargés sur le disque dur avant la grande coupure. Megan is Missing (2011) de Michael Goi. Je ne connais rien de ce truc, j’ai vaguement entendu dire que ça parlait de Facebook. D’aspect extérieur, ça sent la télénovela pour esthète. Allons-y.

1h25 plus tard, je suis blême. Je n’ai qu’une envie: interdire internet à vie à mes filles, moi-même je ne suis plus trop sûr de vouloir récupérer une connexion ADSL et je peine à trouver le sommeil avec des images cauchemardesques dans le crane. Je viens de me faire violenter cinématographiquement[1]. 

Le pitch. Dans une banlieue bourge de Californie, nous suivons l’amitié de deux adolescentes. Deux bonnes caricatures: Megan la "salope" qui assume et joue de son personnage (dont on apprend qu'elle a été violée à 10 ans et qu'elle en connait un rayon sur la craderie du mâle), et son opposée, Amy la "pure", complexée par son physique, qui a du mal à lâcher l'enfance mais ne pense qu’au "grand amour".  Durant 40 minutes, nous suivons leurs conversations, sorties ou confidences intimes uniquement via les divers supports multimédias qu’elles utilisent (mobile, chat, cam digitale). La quasi-intégralité de leurs préoccupations se résume au sexe. Jusque-là, rien de bien original, et (avertissement) la réalisation en autofocus avec un son brut de la caméra peut décontenancer tout fan de Michael Bay (bien que paradoxalement, ça bouge moins). On suit les errances numériques des deux ados à la complicité fusionnelle jusqu’à la rencontre par Megan sur un chat de skaterdude, jeune surfeur branleur à la web cam cassée qui cause "awesome, man" avec du chamallow dans la gueule. 


A partir d'ici, le récit prend enfin la direction de son titre en forme de statut facebook: Megan a disparu.

Je vous laisse découvrir la seconde moitié. Tout ce que je peux préciser: elle envoie du pâté

Pourtant le film (et c’est la force d'une réalisation qui donne la fausse impression de ne pas en être une) n'a pas recours aux surenchères d’effets avec lesquels le cinéma mainstream (de la grosse production bourrine sans imagination à la série B louchant sur le torture-porn) nous blase film après film.

Alors oui, le scénario est cousu de fil blanc et le choc progressif doit énormément au talent des deux jeunes comédiennes principales (Rachel Quinn et Amber Perkins, impressionnantes prestations) qui crédibilisent le récit dès les premières minutes, mais c’est, AMHA comme on dit sur lérézo, un film qui fera date. 

1/ A l'échelle des productions habituelles, il n'a rien coûté (35000$) pour une efficacité redoutable sur la forme (pas nouveau) tout en ayant du fond (là, c'est plus rare). 

2/ A moins d'une omission, et même si ce n'est pas l'ambition première du réalisateur, il me semble que c'est le premier film crédible utilisant en grande partie (dans sa forme et son intrigue) la communication 2.0 et les réseaux sociaux[2]. Bref, jusque dans sa confusion des genres (entre Jacques Doillon et Saw 6): un film de son temps, semble-t-il.

Ce dernier point révèle aussi son danger. En prenant (avec talent et un scénario sans bout de gras), le récit par le bout le pire de ce que l’on peut trouver sur internet et dans le genre humain, le réalisateur créera inévitablement une psychose du web chez les parents d'ados (quant aux enfants, il est, euh, pour d'autres raisons, très très moyennement recommandable). 

Même si, derrière le côté clinique d'un récit se bornant à livrer des pièces à conviction, Megan is missing n’a pas de morale finale (à la différence des films sur l’autodéfense type un justicier dans la ville des années 70) et laisse au spectateur le choix du verdict, c'est typiquement le film qui servira  la cause des ayatollahs de l'antinet.


J’ai lu que le but du réalisateur était de dénoncer le racolage des émissions de télé sensationnalistes sur les disparitions d’enfants (court moment moyennement réussi). Se faisant, il est à la limite de procéder de la sorte avec le net. La forme "web cam" (qui éjecte forcément le contexte, les questions scolaires, parentales...) incite inconsciemment le spectateur à classer le récit dans la catégorie "le net c'est le mal"

Megan is missing est un très bon film qui me laisse perplexe. On ne sait jamais clairement ce qui nous manipule le plus: le contenu ou le contenant? 

Conseil avant visionnage (car à ce stade de lecture, je te connais vil déviant du net, le téléchargement doit être déjà être lancé): en lire le moins possible (trop tard), ne voir aucun extrait, ne pas compter dormir ce soir-là.

P.S: Si, à l'issue du visionnage, tu es pris d'un désir de vengeance, tu pourras te consoler avec Hard candy de David Slade (2006)

Illustrations et captures : Mauvais-genres.net

[1] La dernière fois, c'était avec A Serbian movie. Mais bon, c'était un navet vite oublié.
[2] Point à relativiser. Sur la forme, le film est pour moitié filmé avec le camescope d'Amy. Et si Internet est un élément de l'intrigue, avec quelques changements, le film aurait pu être réalisé vingt ans plus tôt.

jeudi 23 février 2012

Assommer l'assistance d'assistanat

Hier soir sur France2, dans un nouvel effort pour diviser les français, en promettant de payer un peu (mais vraiment un peu) plus les pauvres avec l’argent des plus pauvres (selon le fameux théorème : "c’est de la faute du mec à 900 si celui à 1000 ne gagne pas 1200, comme cela ça leur évite de réaliser qu'ils vont tous les deux finir à 0" établi par les plus grands théoriciens du foutage de gueule) notre président-candidat, à la pêche aux nouilles, a encore parlé à deux reprises d'"assistanat".

Je suis comme lui. Je n’aime pas ce mot. Pas pour ce qu’il est censé représenter (à la fois une masse menaçante de parasites, un mécanisme favorisant la paresse et un gouffre à thunes responsable des malheurs du monde), mais juste pour sa forme. "Assistanat" sonne comme une maladie vénérienne hautement contagieuse, résultats d'un abandon coupable dans le vice. 

Là où l’on devrait parler sans détour d’"assistance" (même sans entrer dans le détail des multiples mécanismes de solidarité dont chacun peut, et va, bénéficier à un moment de sa vie), la droite néolibérale a opté pour le martèlement d'un vocable dévoyé de son sens initial désignant la fonction d’un assistant. 

L'usage mot "assistance" poserait problème à la droite. Il le replacerait au coeur d'un de ses paradoxes (une des lignes de clivage entre réactionnaires et libéraux que la droite tente au contraire d'unir). Comment valoriser, plus ou moins explicitement, les valeurs chrétiennes et les racines catholiques de son électorat, tout en éradiquant des mécanismes d'assistance (ce qui est la feuille de route de notre Glorieux) alors que ce mot, à l'instar d'une bonne douzaine de ses synonymes, est plus ou moins encore attaché à la religion ? 

"Assistanat", vocable tampon, permet également d'éviter d’utiliser directement les termes "paresse", "profiteurs" ou "abus", mais tout est dans le non-dit. Avec son usage répété, le mot générique et  chargé d'un nouveau sens, diffuse lentement l'idée qu'il y'a déviance là où il y’a simple mise en œuvre de la solidarité (preuve à mon sens de la grandeur d'un pays). Bref: faire le bien c'est le mal. Et le mal est une maladie qui nous détruit à petit feu. Éradiquons les malades, pour nous sentir mieux. CQFD de "La France forte".

Comment expliquer autrement qu'un mot qui désignait un poste d’auxiliaire en vienne à devenir un marqueur de stigmatisation, régulièrement jeté en pâture au JT par un Président censé unir son peuple? 
J'ai connu mon président plus audacieux. Il y'a bien d'autres populations s'abandonnant aux mécanismes déviants à stigmatiser. 

On pourrait parler de la salariose. Il faut en finir avec ses salariés sous-productifs, confits dans leurs habitudes pépères de RTT et ne travaillant que 35 heures par semaine.

Et que dire de la locatite? Il faut en finir de ces pauvres qui refusent de s'endetter sur 30 ans pour devenir propriétaire d'un 40m2 et qui bloquent la croissance des banques et de Bouygues.

Quoi de plus désastreux que l'écoliqueIl faut en finir avec ce système d'enseignement pour tous quasi gratuit. Une instruction, ça se mérite.

Sans parler du péril des périls: le prurit retraital. Il faut en finir de cette multiplication des retraités payés à rien faire. Une retraite, ça doit se mériter chaque jour de la vie. Allez hop, des travaux d’intérêts généraux pour les plus de 62 ans. Et  M'sieur Pujadas à 79 ans on est encore jeune, on peut facilement cumuler des petits boulots.

Je te laisse chercher ces nouveaux éléments de langage pour aider Le Glorieux dans sa campagne du clivage, de la redondance des promesses déjà trahies dix fois, des valeurs pour cacher le bilan et des stigmatisations avariées. Laisse tes propositions dans les commentaires. Nous transmettrons.

Pour ma part, en bonne tumeur de la compétitivité française[1], je repars en vacancer


[1] def: humain qui a besoin de se reposer.

mercredi 22 février 2012

La fatigue d'un homme


La France forte? La belle histoire. Personne n’aura usé le moral d’un pays en aussi peu de temps. Des Français fatigués, voilà son bilan. Voilà au fond sa seule force dans cette campagne bien mal engagée sur tous les autres aspects: réussir à nous écœurer, nous user encore un peu plus, nous rendre ainsi complices de ses méfaits et laisser une fois de plus son électorat des bienheureux de la crise se mobiliser pour le reconduire.

Curieuse campagne. Tout doit faire perdre la droite, et pourtant, je regarde autour, par-delà les meetings politiques: faible désir de gauche.

Une campagne différente de la précédente où, entre amis de diverses tendances, nous nous enflammions sur les axes programmatiques. Je ne parle pas des mois qui suivirent l’élection du Sauveur où je découvrais que pelletées de mes camarades, probablement encore plus à gauche que moi (précisons: qui se vendaient "de gauche" depuis des années avec faits d'armes et diplômes certifiés alors que je n'avais globalement sur le spectre politique qu'un verdict de rejet), revendiquaient fièrement leur vote pour l'homme providentiel (de droite). 

"Avec Royal, cela aurait été pire" fut l'argument joker auquel ils se raccrochèrent tant bien que pire le long des trois années de désillusions qui suivirent. Le sujet politique devint tabou à l’orée de l’année 2010 avant de renaître mi-2011 sous un, plus ou moins timide, "bah ouais, je vais voter Marine, hein". 

Comme annoncé face au mur de leurs certitudes cinq ans plus tôt: ils patinent, écrêtent dans leur "job" a une rémunération à peine plus élevée que lorsqu'ils sont entrés la fleur au fusil sur le champ de bataille du salariat à la fin du siècle dernier, cherchent toujours la gratitude du patron, toujours un sens à cette soumission comblant de plus en plus mal le manque chronique de pognon. 

Phase 2. Après le rinçage, l'essorage. La droite leur lance désormais qu’ils manquent de compétitivité face aux impératifs entraînés par l'économie mondialisée et la grosse dette (de leur faute bien sûr), qu’il va falloir recalibrer la ressource humaine branche par branche, que c’est ça ou l'inactivité, ce cancer qui emporte les organismes faibles sous les sifflets de ceux qui grimperont dans la charrette juste après. 

Justement, certains autour sont déjà au chômage, de plus en plus même. Abstentionnistes convaincus du salariat, à deux doigts de la rue ou bien fatalistes: à eux on ne la leur fait plus. Les autres, ceux qui ont encore la chance de souffrir en silence au turbin s'essayent aux arrêts maladie pour cause de traitement de chien.[1] 

Quels autres interstices de respiration leur reste-t-il ? 

L’enrichissement intellectuel? Nan, foutu. TF1 a tout niqué, offrant même en pâture aux broyés dans ses shows putassiers, les reflets déformés de leur propre existence, remplaçant ainsi les dernières onces de solidarité envisageables par du sarcasme inter-classe. 

L'enrichissement spirituel? Pas rentable. Tout ce qui ne rapporte pas plaisir ou argent, n'a plus de sens.

La consommation? Puits sans fond qui ne satisfait déjà que très provisoirement son homme par temps prospère. Par temps d’austérité, c'est la frustration assurée. 

Les vacances? On ira chez ta mère, ça coûte moins cher. Pour le rêve, on y regardera Koh-Lanta

La maison? 20 ans de crédit pour le pavillon énergivore, excentré et payé quatre fois plus cher que celui de tes parents, pourtant six fois plus grand, alors que maintenant, toute honte bue, M6 te dit que la pierre se retourne méchant: ce n’était peut-être pas une bonne affaire.

Parfois, dans une conversation débordant le cadre convenu de la décoration d’intérieure, de la nouvelle appli qui tue sur smarte-faune ou du programme télé, ils l’admettent à demi-mot: leur vote Sarkozy a été une erreur. L’homme est mauvais, il a trahi.

Il faut lire en creux dans cette lamentation teintée de colère, généralement doublée d’un déficit absolu de passion pour le débat politique du moment, l’aveu que le programme UMP 2007 leur parle toujours. Crise ou pas, le paradigme du "toujours plus", du "consommer plus" quitte à "travailler plus" et du réassort permanent des signes extérieurs de la vie moyenne épanouie, telle qu'observée dans les séries télés américaines au biberon duquel ils ont grandi dans les années 80-90, n’est en rien modifié.

La droite a depuis longtemps gagné le combat de l’absence d’idées. Si la gauche passe, elle le devra d'abord à l'homme providentiel de 2007 et aux ravages mathématiques de sa politique sans surprise dont les Français espéraient énormément. 

Ne sera pas chassée la droite du fric roi, de l'ostentation, de l'individualisme effréné et du racisme de classe, dorlotant pour survivre dans les urnes le nid douillet des baby-boomers des rentes glorieuses (amis révolutionnaires, il faudra attendre l’extinction naturelle des dinosaures). Derrière la disparité des trains de vie que cette commode catégorisation cache, si "les classes moyennes" ont un semblant d’unité, je ne la perçois que dans un tropisme transcendant les strates de revenus: appartenir à ce monde du dessus, quitte à haïr ceux d’en-dessous. L'objectif reculant sans cesse à mesure que les rentiers de ce pays accroissent leur confort, ils tournent en rond dans cette amertume, doublée d'un inconfort et d'une incertitude croissante, nommée "déclassement". 

Ne sera pas non plus chassée la droite de la casse du travail, et de la précarisation d’un salariat morcelé, sans identité et sans perspectives, qui brise au quotidien la France invisible des 20h par semaine, des petits-jobs cumulés avec trajets exténuants où, la revendication est mal vue par le bourreau, et tout bonnement impossible pour l'esclave isolé. Ceux-là ne croient plus en la politique, ni à gauche ni à droite ni en personne, tant ils pensent qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes. Ils ne se déplaceront pas pour voter, et les candidats le savent bien.

Sera seulement chassée de l'Elysée, cette incarnation caricaturale de la droite, le plus grand service rendu à la gauche dans le corps d'un petit type agité: un roitelet tragi-comique à l’orgueil hypertrophié à qui les Français auraient tout pardonné s’il avait élargi le spectre de la redistribution  au lieu de se concentrer sur le segment hyperriches, riches, ménages aisés et retraités thunés. Conséquence de la personnalisation de la Ve république, l’homme providentiel devient en un mandat l’homme sur lequel se cristallise (et encore bien mollement) le rejet d'un modèle de société peinant à combler l'humain, mais pas encore identifié en tant que tel.

L'erreur fondamentale du candidat-président est d’avoir trahi le contrat d’abondance.

L’homme parti, les idées seront toujours là. 

Et il faudra plus qu’une élection pour changer les mentalités.


Bien plus.


[1] Restent quelques fanatiques bienheureux vivant et respirant pour la productivité.

jeudi 16 février 2012

[video] Dépôt de bilan

Esquiver le bilan pour se concentrer sur les valeurs moisies et ne pas brusquer la France des rentiers : voilà le projet, même pas déguisé, du Monarque pour 2012. Pour l'occasion, ses pubards fatigués vont jusqu’à piquer le slogan de VGE en 1981, la France forte, posé sur une affiche à potentiel parodique quasi illimité

Ayant un Kremlin des blogs avec des amis, je n'ai pas regardé son show de lancement[1]. Ce qui tombe bien: question "bilan de Sarko", ce sont encore ceux qui le subissent qui en parlent le mieux.

Retrouvons donc nos blogueurs et twittos de gauche et de droite (Marco, Intox2007, Vlad, Olivier, Jegoun, Menilmuche, El Camino, Gildan, @ThibaultDM et votre rédacteur), pour un petit témoignage à chaud sur ce qu'ils retiennent, en une phrase ou presque, de ces 5 années en Sarkozie.

Il parait que notre Monarque est un nouvel adepte des rencontres de bistrot. Il va être servi.

[1] Rentré tard, j'ai finalement visionné la chose. L’offensive relativement sent une nouvelle fois le pétard mouillé. Il est apparu mal à l’aise, bafouillant à plusieurs reprises. Passéés sa soudaine passion lubie pour les référendums et la surexploitation du sauvetage de Lejaby par un ami (comme quoi, quand on veut on peut),  l'arbre censé cacher la forêt décimée, c'est vite aussi jubilatoire qu’un Vandamme de seconde partie de soirée sur RTL9.

Il pointe le manque d’idées dans l’opposition et passe paradoxalement la moitié de son temps d’antenne à les commenter sans, pour sa part, en avancer une autre que : les chômeurs sont des parasites sans valeur (puisque, notre homme générant 1000 chômeurs par jour depuis son arrivée nous réaffirme que la « valeur » travail surpasse toutes les autres).

Le travail n'a qu'une valeur, indispensable avant d'aborder le reste: sa rémunération.

Mon monarque, tu veux que le travail retrouve de la valeur ? Permets-lui d'être rétribué d'une façon juste : c’est-à-dire bien plus (et sans cette augmentation de la TVA qui ne fera que reprendre d'une main, ce que tu n'auras même pas donné de l'autre).

Le bilan du soir: A l’évidence, Le monarque ne croît plus ce qu’il dit, mais pense que les Français sont assez stupides pour

Aura-t-il raison ? A vous du juger.

mardi 14 février 2012

La passion selon Boutin

"Ma Christine,

Merci pour ta délicate attention qui me va droit au coeur. Tu sais comme je rame dans les sondages et combien les 0,2% que représentent ton parti de férus d'encycliques, de vénerie et de consanguinité me seront utiles au premier tour.

Soyons honnêtes. Ton cadeau va encore me coûter bonbon. Que serait le Parti chrétien-démocrate sans nos injections de pognon plus ou moins déguisées ? Rien et tu le sais bien. Puis-je te rappeler cette mission pipeau à 9500 euros mensuels que je te concédais en 2010 après t'avoir saquée du gouvernement.

Je te devais bien ça. Tu m'as été utile en 2008 pour promouvoir la fleur au fusil nos concepts marketing bidons qui devaient faire florès dans l'immo. Refourguer du crédit aux crédules pour des maisons pourries en pleine crise des subprimes, nous avions besoin d'une télé-évangéliste convaincue pour accomplir ce miracle.

Alors oui, je t'ai lourdé en 2009 et tu l'as mal vécu. Alors oui, comme tu l'as écrit pour te venger en 2011 dans le livre de Lhomme et Davet, je me tape comme de mon premier million du logement ou non des Français. Mais, entre nous Christine, dans le domaine ce pubard prépubère d'Apparu est bien plus doué que toi pour asséner en toute décontraction des bobards plus gros qu'une baraque

Vexée, en début d'année, tu as recommencé ton juvénile prêche de la candidature à la présidentielle avec sa croisade aux signatures impossibles. Mais pourquoi nous-as tu joué le psycho-drame de la "bombe atomique" qui allait "détruire ma campagne? Ce n'est pas très catholique, et question comedia dell'arte Carlita a trouvé ça limite Judith Godrèche.

Et pourquoi faire planer le suspens d'un possible soutien à Bayrou et à son parti d'allumés à peine plus épais que le tien ?  Remarque, tu avais bien annoncé un an avant ton ralliement éventuel à Borloo, si ce loser se présentait. Heureusement pour notre histoire, l'amour propre a ses raisons que les finances d'un micro parti ignorent, et je t'ai sorti sur un plateau un joli cocktail antiarabe et antipédé qui a su conquérir ta sensibilité fleur bleue.

Sacrée Christine, au fond tu es de la même civilisation supérieure que moi. Celle qui n'a honte de rien. Tu as fait pénitence et bu à la messe du 20heures le calice du discrédit jusqu'à la lie. Tu les auras tes députés. Oublions ton inconstance et tes retournements de veste incessants. Notre romance recommence et, à nouveau, mon programme t'habite. 

Je te souhaite, ma Christine, une heureuse Saint-Valentin.

Ton Nicolas."

Rappel vidéo - Christine, oeuvres récentes.
Boutin 2010 : mission
Boutin 2011 : émission
Boutin 2012 : démission

[update 11h06. On m'informe que le site de Christine Boutin vient d'être piraté. Encore un blasphème des hippies impies de l'Hadopi]

lundi 13 février 2012

Jusqu'où ? Jusqu'au bout


Sur les chaînes d'info continue françaises, le décès de Whitney Houston, survenant de surcroît un jour de sport, aura eu raison du vote (par un gouvernement imposé) d’un énième plan de rigueur vissant encore un peu plus le quotidien du peuple grec

22% de réduction du salaire minimum à 584 euros. On comprend que les Athéniens mettent le feu aux rues. A vrai dire, on s'étonne même de n'en voir que quelques dizaines de milliers, là où on devrait en encourager des millions. 

Quelques bâtiments en cendre dans un pays qui broie son peuple depuis deux ans (le taux de suicide y a explosé) tout en cajolant ses riches. C'est loin d'être rassurant

Comment peut-on subir autant sans s’insurger plus ? Voilà le plus inquiétant dans la situation grecque, laboratoire en direct-live de ce qui nous attend[1]. Voilà qui doit inquiéter, à défaut de rendre solidaires, tous les peuples d’Europe dont je le crains, les deux tiers ne connaissent que ce qu'en montrent les prospectus Costa Croisières

Faudra-t-il attendre que les salaires soient réduits de 22% pour entraîner, ici, un début de prise de conscience de ce mur dans lequel nous fonçons, et de la persistance criminelle d'une démocratie, au service de la finance, à faire rentrer le peuple de demain dans les schémas d’hier, à savoir la répétition convaincue du mantra: "seule l'austérité nous sauvera". Sauvera qui exactement ? 

Ici. En attendant les jours de tonnerre. Pour prévenir tout débordement, en plus d'une sous-information, il convient de thermofloquer les esprits aux éditoriaux TINA-karcher de l’indispensable rigueur. Tel un Marc Fiorentino, ce matin sur BFM Business, s’insurgeant de son cynisme tranquille que les autorités françaises ne prennent pas un peu plus de "mesures-chocs" à l’image de celles votées par les élites hellènes.  C dans l'air passera probablement la seconde couche, pour les retraités, plus tard dans la journée.

Le peuple grec est abandonné à la dictature de la finance au nom du "bon sens" européen (ou inversement, on ne sait plus très bien). Ce bon sens qui au nom de la paix entre les pays de la zone, laisse les banques braquer leurs canons économiques directement contre les peuples, pour leur souffler jusqu'au dernier euro, pire encore, jusqu'au dernier espoir. Les Fiorentino du Pirée ont-ils à ce point plâtré les cerveaux?

Tout va provisoirement bien. Après le vote grec, les bourses européennes ouvrent en hausse.

[1] Soyez-en assurés. Dans le cadre d'un grand "stop ou encore", les réactions populaires sont scrupuleusement observées.

vendredi 10 février 2012

Quand Monarque avoir peur, Monarque faire ainsi !

L'autre jour, je regardais une interview surréaliste d'Abdoulaye Wade, président du Sénégal, s'accrochant à son pouvoir à 86 ans pour un troisième mandat, et ce contre la constitution. Usant de tous les subterfuges pour multiplier les démonstrations de force, il va jusqu'à faire intervenir des figurants dans ses mises en scène.

Heureusement, ce n'est pas en France que l'on verrait ça, hein ? Les présidents de nos civilisations valent bien mieux que ça.

Chez nous c'est différent, non ?

Non.

La bête aux abois, mal aimée par cet imbécile de peuple, est prête à faire n'importe quoi. Après son show multicanal, après la phase 1 de l'opération "civilisation" lancée avec succès par le copycat de Le Pen pour recalibrer la droite déçue et désillusionnée autour de sa matrice xénophobe, voilà que notre Monarque sort de son chapeau des promesses de référendums.

C'est d'un cocasse consommé pour celui qui 1 / s'est torché avec le résultat du dernier en date à savoir le "non" français au TCE et 2 / ne prend plus une seule décision sans demander l'autorisation à Angela Merkel.

A court d'idée sauf celle lui permettant d'esquiver toute conversation sur son bilan, voilà que le Monarque nous livre dans Dassault Magazine un bijou d'interview (label andouillette 5A) donnant aux avertissements de Jean-François Kahn en 2007 et à nos multiples mises en garde sur sa santé mentale, parfois taxées de caricature, une dimension supplémentaire: celle du déni de réalité.

Pour une raison mystérieuse[1] (car quand même il faut être un peu fou pour vouloir être président aujourd'hui spécialement lorsqu'on l'a déjà été), notre Monarque veut se faire réélire. Ne pouvant unir les Français qui ont une sérieuse dent contre lui (car quand même il faut être un peu fou - ou riche - pour ne pas se rendre compte que son quinquennat est un échec), il tente de les fédérer avec ce qui est censé encore plus les effrayer que sa propre personne.

J'ai nommé : les immigrés et les chômeurs. Soit, en vision de droite, la peste et le choléra.

Testée avec la "racaille" ou les Roms, la technique du Monarque est connue: stigmatiser l'autre, supposé indigne de l'allocation ou de la nationalité, pour détourner des sujets qui fâchent et masquer le fait qu'il n'a pas été à une seule seconde à la hauteur de son mandat.


Résumons. 

- Un président déjà impopulaire nous promet une hausse de la TVA (impôt sur les pauvres par excellence, aux résultats sur l'emploi improbables).

- Avec + de 5 millions de chômeurs (bien plus en réalité), il veut forcer les demandeurs d'emploi à travailler en y conditionnant le versement de l'allocation. (Ce qui prouve, au mieux, une méconnaissance complète de la question).

- Se mettre encore plus à dos (mais est-ce possible ?) les enfants et petits-enfants d'immigrés, et au passage la droite modérée, autour de thématiques rances pourtant classées loin derrière les rémunérations, les conditions de travail, l'éducation, le logement, la politique familiale et la santé (autant de secteurs en cours de casse) dans les préoccupations des Français.

- Un président dont le gouvernement et ses députés ont mis en orbite pour septembre une augmentation des impôts et une suppression des aides pour des dizaines de milliers de ménages modestes.

Et maintenant, voilà que bruisse la rumeur d'une réservation du Stade de France (le fameux SDF) par l'UMP à la fin du mois.

Une question. Est-ce pour le lancement de sa campagne ou pour enfermer les coupables de mal voter ?

Dans ce cas, avertissons le Monarque en perdition: le Stade de France est loin d'être assez grand pour contenir les mécontents.


A lire ici: l'explication de texte.


[1] peut-être bien nommée Karachigate.

Illustrations : King of comedy, M.Scorcese (1982)

jeudi 9 février 2012

Sabotage au Figaro

La rédaction du Figaro nous signale que des ouvriers de l'impression et autres racailles surprotégées, ont saboté les deux dernières unes de son magazine de fin de semaine.

En effet, il ne fallait pas lire...

pas plus que cette parodie de propagande digne d'un blogueur gauchiste...


mais bien:

Veuillez nous excuser pour ce sabotage, mais la période est trouble.

mardi 7 février 2012

Supplément au roman fiscal

Complément de l'article d'hier sur l'imposition promise de 200.000 foyers parmi lesquels des bas revenus en passe de subir une double-peine

Ne nous méprenons pas. Je suis un défenseur de l'impôt et considère qu'aucune pédagogie sur le sujet (hormis sur les bienfaits d'en payer toujours moins) n'est vraiment relayée dans les médias et chez la majorité des politiques. Ses bénéfices pour la société, et pour chacun dans son quotidien, sont d'ailleurs souvent omis dans le calcul de leur niveau de vie et de leur pouvoir d'achat par ceux qui se plaignent de "trop en payer". 

De plus, comme le souligne un lecteur dans les commentaires, le vrai problème n'est pas tant cette nouvelle imposition que le manque structurel de revenus par le travail pour s'en acquitter. Déficit qui n'est pas prêt de s'arranger si l'on reste scotché au seul impératif de compétitivité (petit jeu où l'on trouvera toujours salarié moins cher que soi). Ne pas payer d'IR n'est pas un luxe pour la moitié des Français. Ils ne me demandent pas mieux que d'être payés décemment, pour enfin rétrocéder à la collectivité une part de leurs revenus.

En faisant du tri, je suis tombé hier soir sur une perle d'article: bijou ultime sur la vision de l'impôt sur le revenu par la droite libérale. Publié dans Valeurs Actuelles en décembre 2011, l'article se nomme "l'impôt immoral", il est rédigé par Jean-Philippe Delsol, avocat fiscaliste (bref, c'est un peu comme si un serial killer écrivait, "la police immorale"). 

Sa conclusion :

"...Et là est bien le vice inhérent à la fiscalité contemporaine. Elle a été dévoyée pour financer non plus seulement les activités régaliennes dont l'État est traditionnellement chargé (défense, sécurité et justice), mais des domaines inépuisables et d'ailleurs inépuisés, du secours à tous les malheurs du monde, hélas eux aussi inextinguibles, à la prise en charge de tous les besoins d'un peuple qui réclame d'autant plus d'assistance qu'il est plus assisté. L'État devient lui-même comme le grand inquisiteur de Dostoïevski qui proclamait que la multitude avait besoin de servitude, il reproduit le modèle de la Rome décadente régnant en offrant sans cesse plus de pain et de jeux. Ce faisant, l'État détruit l'homme à petit feu, en le faisant mijoter dans une douce quiétude agissant comme un poison lent qui tue l'initiative et la liberté, qui attente ainsi à ce qui fait notre propre humanité. Et c'est en cela que l'impôt est aujourd'hui le plus immoral." (texte intégral ici)

Résumons: l’impôt ne doit servir qu'à payer la police, le fonctionnement tribunaux et faire la guerre chez les mal civilisés (notons que seule la troisième partie est pleinement remplie aujourd'hui). Il n'est pas question d'égalité devant l'éducation, la santé... tout ceci se doit, comme pour le logement, d'être réglé via le "marché" (aka la main invisible dans ta gueule et t'as qu'a mourir de froid dans la rue si t'es pas assez compétitif). Pour le reste, dans cet obscur zone du dégoût qu'on appelle solidarité, l'impôt ne fait, pour l'avocat fiscaliste, qu'entretenir une situation qui ne mérite pas d'être résolue autrement que par elle-même. En décodé: par la disparition pure et simple des plus faibles[1].

Jean-Philou, mets-y autant de "morale" et de "pragmatisme" que tu veux: la vision que l'on a de l'impôt révèle d'abord celle que l'on a de son prochain. 

[1] Les déviants du TINA dans le wagon suivant.

lundi 6 février 2012

La droite défend d'abord ses valeurs fiscales

On aurait tendance à l'oublier. La droite ce n'est pas qu'une vision étriquée de la société et des phrases fétides, c'est également une redoutable et protéiforme politique antisociale. 

Tandis que, en panique sondagière, Claude Guéant est missionné par son président-candidat-mais-pas-candidat pour émoustiller de l'électeur FN en dansant la lambada des civilisations pas pareilles (tout est dans le non-dit) devant les pré-pubères de l'UNI (biguine à moindres frais et à double avantage supplémentaire: occuper le terrain médiatique et une partie de la gauche qui fonce tête baissée dans le panneau[1]), jour après jour, se déroule une action de casse sociale sur le terrain

Nous apprenons dans Le Parisien que, suite au gel du barème de l’impôt sur le revenu (désindexé de l'inflation à 2.1% cette année selon le journal, bien plus selon moi), 100.000 à 200.000 foyers modestes seront imposables en septembre prochain (pile au moment de la hausse de la TVA). C'est une conséquence directe du plan de rigueur du 7 novembre dernier. Selon le Syndicat national unifié des impôts, la hausse est de 1% pour les ménages aisés mais grimpe jusqu'à 12% pour un célibataire salarié juste au-dessus du Smic (Smic à un peu plus de 100 euros du seuil de pauvreté)

Une bonne nouvelle pour le remboursement perpétuel des banques de la dette n'allant pas seule:  cette nouvelle imposition fera sauter les aides (transport, cantine...) ou réductions inhérentes à l'ancien statut des foyers concernés. Inutile de préciser que, et je parle en connaissance de cause, dans cette zone de revenus, 60 euros en moins ou en plus font la différence dès le 10 du mois. 

Gain espéré pour un gouvernement sur le dos des bas revenus: 1.7 milliards d'euros (le double en 2013). Pour comparaison, la "contribution exceptionnelle" sur les hauts revenus (succédant en toute logique à la baisse de l'ISF) rapporte 200 millions.  Belle répartition de l'effort.
(Source : Le Parisien. Exact, plus tu gagnes, moins tu payes
Cliquez pour agrandir)

Que les électeurs pro-sarko de 2007, tripant alors d'élévation de classe et se situant hier comme aujourd'hui (pour ceux qui n'ont pas rétrogradé) dans cette fourchette, gardent en mémoire les propos des Wauquiez et autres pseudos défenseurs droitiers d'une classe moyenne aussi floue que fantasmée (pour mieux activer la guerre des classes entre les différentes strates de pauvres). Entre deux discours ORTF du chef n'ayant "pas été élu pour augmenter les impôts", d'une tribune à l'autre, les soldats du président annoncent régulièrement la couleur: il faut en finir avec le cancer de l'assistanat.

Dans cette optique, le pauvre, le petit salarié, la famille modeste, bref tout ce petit monde d'en-bas, de "souche" ou pas, ne fait pas partie du monde des rentables

Devons-nous en conclure que le peuple des revenus confortables[2] est la seule civilisation, pourtant élitiste à la vue du graphique ci-dessous, ayant vraiment une valeur aux yeux de notre gouvernement?

Oui.

Il a fait et fera tout pour l'assister. Dussiez-vous en crever. Le reste n'est que du marketing.

(Graphique du CREDOC emprunté à Polluxe
2 constats: Nous sommes un paquet sous les 2000 euros et l’impôt sur le revenu n'est rapidement plus progressif une fois la zone de confort atteinte.)

[1] Oui, les propos de Guéant puent, mais sont dans la lignée du karcher et des AuvergnatsJe reste stupéfait par ceux qui redécouvrent, avec une innocence intacte à chaque "dérapage controlé" (mais qu’est-ce qu’un dérapage dans une sortie de route continue?) d’un storm-trooper du président, le prisme fondamental de la vision de la société par la droite. L’homme blanc, catholique, hétérosexuel et abonné au Figaro y occupe à jamais la place unique, et ce depuis la nuit des temps, rapport que c'est son ancêtre rien qu'à lui, en collaboration avec Dieu, qui a crée la France, le saucisson et défiscalisations immobilières.

[2] 97% des salaires sont en-dessous de 3200 euros et le salaire médian est à 1580. Evaluez où vous vous trouvez.

Illustration : Doc Justice (1975)

dimanche 5 février 2012

Devenir un blogueur influent et révolutionnaire avec InfoPower

Bonjour Seb Musset,

Dans le cadre des élections présidentielles, nous souhaiterions diffuser le contenu de votre blog dans notre application smartphone et tablette InfoPower3000.

Notre société, SuperInfoFree, édite InfoPower3000, une application qui diffuse l’actualité politique en temps réel.

Nous générons environ 50 millions de pages vues par mois et nous avons une audience d’environ 500 000 visiteurs uniques (les mauvais jours).

Nous sommes dans le top des applications d’actualité politique en France pour tablette à guique.

Si nous nous adressons à vous, c’est que nous pensons qu’en tant que blogueur frustré, et donc journaliste raté, vous nous serez pas insensible à l’orgasme que provoquera dans votre misérable existence la vision de votre avatar sur notre appli Heil-phone entre deux publicités Groupon pour Costa croisières.

Bien sûr, nous savons que vous recevez dix sollicitations similaires par semaine dans votre boite mail. Mais, InfoPower3000 se propose de vous emmener plus loin que la concurrence.

Un site classique de l'info, au business modèle Be-Mettout-Be, ou un magazine d'actu et publicités pour montres et 4X4, qui veut se la raconter "j’ai tout compris au net et ça va me coûter deux balles", se contenterait de simplement pomper vos articles de blog en vous rémunérant à la gloire d’être volé par des marques aussi réputées pour leurs dossiers "immobilier, comment se gaver ?" ou "francs-maçons, dans le secret de leurs bons plans restos" que leurs abonnements avec réveil-matin et imitation Rolex incorporés. Grâce à notre audience digne de Facebook, nous vous offrons de directement vidanger la votre.

En effet, grâce à notre application fédératrice (grâce à laquelle nous avons, en quelques minutes de calcul, levé quelques centaines de milliers d’euros auprès d’investisseurs crédules), une fois qu’ils vous liront chez nous : Ils ne s’emmerderont plus à venir vous lire ou commenter sur votre blog. 

C’en est fini avec la désobligeance à domicile d’un lectorat curieux et identifiable. Désormais vous ferez partie intégrante et anonyme d’un collectif de contributeurs dépersonnalisés sur notre portail de l’info robotisée produite à bas coût dans nos divers ateliers semi-clandestins de confection de billets. La convergence c'est le progrès. 

Vos articles finement ciselés trouveront la place qui est la leur parmi les google Ad pour Viagra et autres VOD de films de boules pour No-life dans votre genre.

A ce sujet, nous nous démarquons aussi en vous proposant de partager avec vous les revenus publicitaires générés sur vos pages, après déduction de nos frais de fonctionnement.

Bien sûr, nous ne pouvons garantir à ce jour la teneur exacte de nos frais de fonctionnement (c'est la crise, la vie ne fait rien qu'augmenter et la Porsche du patron a une consommation aléatoire) ni à quelle date nous vous enverrons une estimation personnalisée de la (minime autant vous prévenir) part de trafic que vous aurez généré sur nos 50 millions (J’ai dit 50 ? Pardon, c’est 500) de visites

Bien sûr, vous comprendrez qu’il faut que vous vous structuriez en entreprise ou en auto-entrepreneur, et que vous rédigiez un minimum de 7 billets par jour, pour commencer à toucher, éventuellement un jour, le premier centime

Comprenez, nous parlons heil-tech et révolution de l’information. Nous exigeons donc un haut niveau de professionnalisme de la part de nos contributeurs.

En attente de votre réponse rapide. L’offre est limitée. Seuls les 1000 premiers blogueurs seront publiés.

Cordialement. Dylan Latouche, Web-expert pour InfoPower3000.

Pour vous désinscrire de l’option « recevoir ce mail trois fois par jour » auquel vous être affilié d’office en tant que pondeur de contenu, cliquez ici.

* * *

> Courrier initialement publié sur le HuffingPouf. Le pure-player garanti à 100% en auto-exploitation.

vendredi 3 février 2012

Le discours béton d'un président en mousse

Annonce de service. Je recherche pour une soirée comédie-pizza entre potes mal-logés, entassés, endettés sur 40 ans ou attendant leur attribution HLM depuis 8 ans, la vidéo du discours du président le 2 février à Longjumeau sur le thème de l'immobilier.

Pour le moment, je ne dispose que de cette vidéo de l'AFP où il apparaît, à 6 secondes, que le président signe lui-même d'un "le chantier est arrêté" le forfait dont Europe1.fr accuse ce matin ses services de com': avoir fait venir des ouvriers, qui ne travaillaient pas ici ou pas ce jour-là, pour faire de la figuration lors de sa visite pour que les caméras captent quelques moments de complicité virile entre président et prolos.

Mais on aurait tort de s’arrêter à la forme. Le contenu de la visite est bien plus risible que la mise en scène de campagne du président bâtisseur. Regardons le texte du discours (rapport que la vidéo, à l'inverse des poignées de main aux ouvriers, est mystérieusement indisponible). Il est d'un comique consommé pour celui s’intéressant à l'action du président dans le domaine, ou plutôt de ses baltringues parachutés en charge du machin, depuis 5 ans.

Jugez plutôt (avec quelques modestes notes de lecture):

Morceaux choisis du discours du président sur le logement, Longjumeau 2 février 2012.

"Je suis venu pour évoquer au fond l'une de vos principales préoccupations. C'est la question du logement." [Merci gars, qu'est-ce qu'on ferait sans toi.]

[...]

"On dépense désormais plus de 20 % de ses revenus pour se loger." [J'en suis à 40%, mais on me dit souvent que je suis un précurseur].

"Le logement doit être notre priorité [...] mais je pense qu'il faut que l'on change de vitesse et que l'on change également de raisonnement." [Ah.]

I"l faut bien le dire, quand on pose la question du changement, et je parle sous le contrôle de Benoist Apparu, tous les professionnels s'inquiètent." [Et il y'a de quoi : Benoist Apparu n'ayant pas l'once du début d'une quelconque compétence sur le sujet.]

"Parce que l'on s'est habitué, dans notre pays, à ce que l'Etat subventionne massivement la pierre, [Enfin surtout celle de ceux qui ont les moyens de se l'offrir] subventionne massivement la personne [Note l'amalgame] pour des résultats qui ne sont pas à la hauteur de ce que nous sommes en droit d'en attendre."

[...]

"Le sentiment d'appauvrissement des classes moyennes vient très exactement de cette situation : avec le même salaire, on peut de moins en moins se loger car le prix du logement augmente.[Bon diagnostic, certes un poil tardif.] C'est incontournable, c'est une réalité." [Sacrées classes moyennes! Répétons-le: il n'y a pas de classe moyenne. Il y'a des riches et des pauvres. Et entre les deux, des gens qui prennent la défense des uns ou des autres. Et s'endetter sur 30 ans quand on gagne le smic avec la conviction que l'on va revendre son pavillon en papier mâché cinq fois le prix dans trois ans, c'est jouer 1 / contre ses intérêts 2 / contre les intérêts de sa classe puisque ça fait mécaniquement monter les prix].

"Depuis 2007, nous avons développé l'accession à la propriété avec certains résultats [rires] C'est bien, mais à ce rythme-là on n'arrivera pas à faire de la France une France de propriétaires." [Zut raté, on essaye quoi Henri ? La "France des locataires" ?]

"Nous avons démultiplié l'offre de logements sociaux." [Suffit de le dire, surtout en surfant sur les logements sociaux validés à la construction sous Jospin. Dans le même temps, notre glorieux Monarque a surtout démultiplié l'offre de pauvres] 

[...]

"Le problème, c'est que si vous réalisez beaucoup de logements sociaux en plus, mais que les gens y restent une fois qu'ils l'ont obtenu parce qu'ils ont peur de ne pas trouver ce qu'il faut dans le secteur privé, vous ne résolvez pas le problème de la demande qui va sans cesse croissant." [Bah, si les loyers étaient un minimum encadrés, on n'en serait peut-être pas là mon mignon]

[...]

"Il y a également le problème des loyers [Je l'aime bien mon président, il sait voir les problèmes surtout après une offensive socialiste sur le sujet]. L'une des premières réformes que j'avais été amené à conduire, c'est d'indexer les loyers sur l'inflation et non plus sur le prix de la construction, c'est-à-dire sur le prix du pétrole. Entre 2007 et 2001, les loyers ont augmenté de 5%, 1,2% par an, moins que l'inflation. [Bon là, visiblement notre président n'a pas déposé de dossier pour louer un deux-pièces depuis longtemps. A Paris, les prix au mois de 2007 sont devenus les tarifs à la semaine en 2012]. [...] Cette nouvelle politique d'indexation n'a pas bloqué l'investissement locatif et elle n'a pas bloqué la construction." [Et encore moins les spéculateurs qui ont open bar pour faire à peu près tout et n'importe quoi avec la bienveillance appuyée du Monarque. D'ailleurs, avec sa dernière fausse bonne idée de dimanche les tarifs ont potentiellement pris 30% de plus, mais nous y reviendrons.]

"Je vois que certains proposent aujourd'hui de bloquer les loyers. [Oh la racaille gauchiste et rétrograde voulant empêcher cette incontournable libéralisation de la société moderne ne nous apportant pourtant que bonheur et prospérité]. [...] Le blocage des loyers, on l'a connu, on l'a expérimenté après la première guerre et après la deuxième guerre."

"Tout le monde se souvient de l'appel de l'Abbé Pierre en 1954, eh bien cet appel de l'Abbé Pierre en 1954 disant « il n'y a pas assez de logements en France », c'est six ans après la décision de la loi de 1948 qui bloquait les loyers et qui faisait fixer le prix des loyers par décret."[Ouais bien dit ! Et le "trou" de la Sécu, c'est faute au CNR, z'avaient qu'à pas la faire. Raclure rouge.]

[...]

"Il est vrai, et je demande à Nathalie Kosciusko-Morizet et à Benoist Apparu de réfléchir [merde, c'est foutu] à cela, que les Allemands ont mis en place un système pour bloquer les loyers qui sont supérieurs de 20% à la moyenne au moment de la relocation. Autant je suis opposé au système généralisé du blocage des loyers, autant s'il y a des abus, c'est le rôle de l'Etat d'empêcher ces abus." [La réflexion sur le sujet on l'a connait, c'est la taxation sur les micros surfaces locatives validant en creux le fait que l'on peut vivre à 12 dans 9 m2. Nous pensons ici qu'il faut au contraire taxer l'espace construit, mais vide.]

[...]

"Maintenant, il faut que l'on passe à une vitesse supérieure sur la construction.  Comment faire pour que nous-mêmes, nos enfants aient plus facilement accès au logement ? Il faut massivement développer la construction.[Nous sommes ici au coeur du paradigme libéral: La France est pétée de logements inoccupés, 10% les plus riches s'accaparent la moitié du patrimoine, mais l'important ce n'est pas de loger d'urgence les gens mais de leur faire construire des bâtiments].

Pour développer la construction, nous allons agir sur deux grands leviers. Le premier levier, c'est de baisser le coût du travail parce que si le travail coûte moins cher, cela coûtera moins cher de construire des logements." [Bah tiens, la crise du logement c'est la faute à notre COM-PE-TI-TI-VI-TE. Pas aux rentiers ni aux proprios véreux qui n'iront pas en Rehab, non, non, non.]

[...]

"...Et puis il y a une autre façon, faire baisser les prix. Parce que si l'Etat doit solvabiliser une demande avec des prix qui sont continuellement à la hausse, cela veut dire que l'Etat ne peut jouer qu'avec son déficit. Et il ne le peut plus.[donc RIP le PTZ+, coûteux joujou précédent du président qui faisait sa fierté il y'a peu.]

[...]

"Les prix ont doublé depuis 2000, voire triplé dans certaines zones tendues. [NDLR: "zone tendue": quartier où les riches ne veulent pas que les pauvres habitent] [...] Ces niveaux de prix sont trop élevés et ne peuvent pas perdurer parce que sinon on va aller vers deux France: une France de ceux qui peuvent se payer un logement et une France de ceux -- de plus en plus nombreux -- qui ne pourront plus se payer de logement." [Décidément on va de révélation en révélation. J'espère que Serge Dassault, présent dans la salle, prend des notes].

"Le défi est donc considérable. C'est la raison pour laquelle nous avons décidé de faire baisser les prix." [Bon, là celui qui suit un peu l'action sur le logement de ce gouvernement, s'appliquant depuis cinq ans à souffler dans la bulle pour que sa cible électorale ne perde pas ses 10% à l'année de valorisation de ses biens, ne pourra s’empêcher de faire pipi dessus.]

D'ailleurs, toute honte bue, le président le reconnaît:

"Parce que le marché de l'immobilier est en pleine surchauffe. Le secteur du logement a absorbé une masse considérable d'argent au cours des dix dernières années, qui n'a fait qu'alimenter la spéculation." [La phrase la plus lucide qu'il n'aura jamais eue sur le sujet. Bien que par la suite, il associe sur la même ligne comptable l'endettement privé des ménages et le financement des HLM. Bien sûr, c'est tout pareil]

Plus tard, dans un moment extatique de (et on peut l'écrire pour une fois sans galvauder l'expression) gros Lol des familles, il hausse le ton:

"C'est trop commode, cela fait trop d'années que le secteur est sous perfusion d'avantages fiscaux ou de subventions. La France doit réduire ses dépenses et doit réduire son déficit. Cela ne peut pas continuer comme cela. [dixit l'homme aux 75 milliards de cadeaux fiscaux].

Les professionnels du bâtiment et les prometteurs, les ministres les ont vus, je les verrai moi-même s'il le faut. [Tu m'étonnes, vu leurs appels du pied répétés]

Je leur dis une chose: ne pensez pas qu'à coup de dispositif Scellier, de prêt à taux zéro, de subvention dans tous les sens, le système puisse continuer. Cela n'est pas pensable et ce n'est pas acceptable." [Que François Hollande fasse gaffe, Le Monarque le concurrence sur la vanne.]

Donc, show devant, le président de la pierre pas chère a sa solution pour réduire les prix:

"Cette mesure consiste à autoriser 30% de mètres carrés en plus sur l'ensemble des terrains et des constructions existant aujourd'hui." [dont nous vous rappelons qu'elle sert essentiellement les intérêts des proprios qui pourront ainsi agrandir leur pavillon, et de quelques promoteurs qui pourront bâtir plus dans des endroits où personne n'habite. Elle offre surtout un effet immédiat: bloquer les ventes des terrains dans l'attente de leur valorisation de 30% supplémentaires].

Et voilà notre président, qui veut faire New-York à Paris, citant du Céline:

"La question qui est posée est celle-ci: c'est celle de la densification. Souvent, en France quand on parle de densification, on raisonne tours et quartiers épouvantables à vivre. Ceux d'entre vous qui ont été aux Etats-Unis, est-ce qu'il y a en a un seul qui s'est dit à Manhattan [ou comment résumer La France à la Tour Eiffel] - c'est trop dense et ce n'est pas beau ? C'est juste magnifique. Vous savez, c'est cette phrase de Céline dans "Le Voyage au Bout de la Nuit," quand Bardamu arrive aux Etats-Unis, chez nous les villes sont couchées, ici elles sont debout." [Sans parler des 30 logements sociaux qu'on pourrait faire dans les combles de l’Élysée ou, plus simplement à Neuilly, commune figurant parmi les champions du non-respect de la loi SRU].

Mais la question qui est posée, c'est: est-ce qu'on peut continuer à gâcher du foncier en ne construisant pas le nombre de mètres carrés qu'on pourrait construire sur ce foncier disponible ? ["Foncier disponible" en langage présidentiel = foncier se surajoutant a du foncier déjà construit. "Foncier disponible" en langage Seb Musset = foncier déjà construit, mais inoccupé].

[...]

"Ce que je ne peux pas accepter, c'est que quand l'Espagne connaît la crise, les prix de l'immobilier baissent et donc le pouvoir d'achat des gens ne se trouve pas éloigné de l'achat potentiel puisque les prix baissent. [En même temps, si les prix de l'immobilier chutent en Espagne et aux Etats-Unis, c'est qu'il y a eu surconstruction et surendettement généralisé. L'endettement individuel pour devenir propriétaire c'était son projet de campagne en 2007. Ça a foiré. En toute logique, il nous sert la surconstruction en 2012].

Alors je voudrais, j'en parle avec passion parce que je crois que le logement c'est vraiment un problème de la vie quotidienne [jure], que tout ce qui avait été essayé avant cette mesure n'a pas marché." [peut-être, mais c'est une hypothèse de blogueur, parce qu'on y laisse aux manettes des gens déconnectés des réalités autres que celles du profit exponentiel.]

Bon, l'ami de Martin Bouygues enchaîne ici sur une longue dissertation de philosophie Mickey Parade, autour du beau et du laid visant à justifier la libéralisation du code de l'urbanisme pour construire n'importe quoi n'importe où, dont je vous fais grâce.

"Et je voudrais dire aux élus une dernière chose : attention à ne pas opposer ceux qui ont un logement et ceux qui aimeraient en avoir un." [dixit l'homme de la "France des propriétaires"]

[...]

"J'ai vu qu'on proposait de donner gratuitement à toutes les communes les terrains de l'État. Je ne vois pas au nom de quoi les provinciaux, les habitants de banlieue, devraient subventionner la Ville de Paris, avec l'État qui donnerait à la Ville de Paris ses terrains pour zéro centime..." [D'ailleurs, je ne vois pas non plus pour quoi des travailleurs financeraient la retraite d'autres travailleurs. Quant aux concepts de sécurité sociale et d'éducation pour tous, ils sont très discutables, car déséquilibrés. Pourquoi ceux qui ont de l'argent devraient payer pour ceux qui en ont moins, je vous le demande M'ame Chabot ?] 

[...]

"Mon objectif est très clair,[garder le pouvoir] c'est que les Français puissent se loger pour moins cher, puissent acheter leur logement pour moins cher en augmentant l'offre de logements, pour qu'il y ait davantage de choix et que ce choix corresponde au pouvoir d'achat des classes moyennes." [Mais du choix, il y'en a plein les journaux d'annonces. Enfin sauf à Paris, où l'on se résout progressivement à ne louer que du pied-à-terre pour touristes. Pour le "moins cher", commençons par la taxation puis la réquisition l'ensemble des habitations vides de ce pays sur "le marché" et, en moins de cinq ans, ce sera une affaire en grande partie réglée et nous pourrons enfin passer à autre chose.]

"...le marché du logement [et oui la thématique a beau s'appeler "logement" et plus "immobilier", il n'en reste pas moins "un marché"] n'a pas les moyens de faire autrement. C'est la solution qui a été empruntée dans tous les pays qui ont réussi, [NDLR : Espagne, Angleterre, USA... Les trucs qui vont au niveau immo quoi] c'est la solution que nous voulons pour notre pays."

[...] Je vous remercie."

Passé le rire jaune que provoque chez moi ce discours du "choc d'offre" suite à la "prise de conscience" médiatico-politique qui a lieu, une semaine chaque hiver, dans la foulée de la publication du rapport de la fondation Abbé Pierre, je vous laisse juge de ce cette ubuesque déclaration d'intention d'un président-candidat-mais-pas-candidat. En revanche, ces mesures ne feront globalement qu'empirer les choses tout en ne solutionnant rien à court-terme. 

La question est cruciale et il l'a sciemment piétinée durant des années pour enrichir la clique des vendeurs de crédit et autres promoteurs, tout en chouchoutant ses électeurs proprios (ce qu'il fait encore aujourd'hui avec les 30% du COS), tandis que se multipliaient les situations de mal-logement (dont 700.000 SDF qu'il promettait de réduire à 0 en 2007) et une crise affectant directement 10 millions de Français sur tout le territoire.

Crise qui, malgré les apparences, touche aussi des propriétaires lourdement endettés, a qui notre président martèle depuis des années, épaulé par la machinerie publicitaire des marchands, le discours de l'enrichissement par la propriété.