mercredi 31 août 2011

[video] La rentrée immobilière

Pauvre gouvernement. Il doit composer avec la mauvaise volonté des français alors que les excellents chiffres se succèdent : le chômage explose ses records et l'INSEE nous confirme qu'un français sur 7 vit sous le seuil de pauvreté : 8,2 millions d'entre nous vivent avec moins de 773 euros par mois (+400.000 en 4 ans, merci qui ?). 

Heureusement, il reste du solide, le truc qui ne craque jamais : l'immobilier. De ce côté là, tout va bien. Enfin, pour les rentiers et leurs parasites profitant d'un laxisme gouvernemental sans précédent. 

UFC Que choisir nous informe ce mois-ci que 62% des agences immobilières sont dans l'illégalité concernant les pièces demandées aux aspirants-locataires (attestation de l'employeur, du  précédent bailleur ou photographie sont interdits) Et, selon la DGCCRF, 70% des agences qui vendent des listes à l'étudiant naïf fraudent en toute impunité. Allez donc comprendre pourquoi agent immobilier est le métier le moins apprécié des Français, derrière banquier

Mais ne leur jetons pas la pierre : ils sont un des maillons d'une mécanique folle que le gouvernement ne souhaite pas stopper. Au contraire, en plus de son laisser-aller, il alimente sciemment une bulle immobilière de plus en plus déconnectée des revenus des jeunes et des classes populaires[1] à grandes rasades d'exonérations fiscales pour les plus aisés, propriétaires et multipropriétaires. 

Dans ce contexte, le collectif Jeudi Noir a organisé ce mercredi une fonky visite chez Monsieur Foncia (enfin chez sa secrétaire et son ébaubi cerbère des bailleurs). Ses frais d'agence sont parmi les plus élevés du marché aux pigeons : un mois de loyer, voire plus, pour un ticket d'horodateur et un tour de clé et une visite effectuée par paquet de 20 auxquelles nos compagnons de galère répondent ici par un dépôt de dossier... à 30 garants. Nous étions un peu à l'étroit dans la petite agence des beaux quartiers, mais nous sommes habitués. Et avec Shalamar, Chic et Champomy on oublie vite le manque de m².

Aperçu du chaos foncier de la pause déjeuner :

Précision : L’impossibilité de trouver un toit décent sur Paris ne touche pas que les moins de 30 ans et les locataires. Les chiffres évoqués par le collectif sur la part du budget alloué au logement sont pires selon mes modestes observations. 

[1] 20 ans de crédit facile, de bombardement publicitaire et d'émissions sur l'extase d'être proprio : la pierre est le refuge pour les mini-thunés (jeunes ou vieux) apeurés par la conjoncture et considérant leur prochain comme une pompe à cash bonne à cloporter dans un cloaque au tarif Hilton. Vu le contexte eco, je redoute que la situation s'aggrave. A Paris, caricature sur Seine, la situation devient grotesque avec la multiplication d'annonces délirantes. Et le premier qui me répond encore "mais euh t'es con, on est mieux en province!" prendra une funkyfresh tarte dans la face. C'est l'Etat qui doit faire respecter la loi, non à moi de m’exiler pour le confort des friqués.
P.S : Manifestation du DAL à Paris le 3 septembre à 14h, départ Sèvres-Babylone. 

mardi 30 août 2011

[video] Trois jours chez les socialistes

 
Pour des raisons indépendantes de ma volonté, ce vendredi j'entame ma 26e heure sans sommeil. Cette précision pour affranchir le lecteur de la nature éthérée de mon immersion dans le tourbillon des trois jours futurs. 

Vendredi, jour 1
Des débuts confus.
*
Débarquement de gros des militants et des journalistes au TGV de 10 heures. Temps incertain. Nous approchons de l’Espace Encan et de sa croisette aux tentes blanches bordant le canal donnant sur le vieux port. Bienvenue au Festival de Cannes du Parti Socialiste : son annuelle université d'été. Nous rejoignons la file d’attente pour la réception des badges (on m'annonce 800 accréditations presse). Petite désorganisation provisoire : pas d'informatique, fichier en papier et pupitre en carton (où sont les tentes en paille ?). Blogueurs et médias ont le même badge. Je vais pouvoir voir mes idoles de près : Olivier Mazerolle et Jean-Pierre Elkabbach.



Pour cause de connexions wifi et 3G saturées dans l'enceinte de l'Encan, d'une course d'un débat à l'autre, de pots prolongés, je n’ai que peu d’écho sur les "petites phrases" de la garde rapprochée de tel ou tel candidat et autre "couac" imperceptibles autrement que par un suivi assidu des chaines d'info-feuilleton qui en raffolent au détriment de toute autre considération



A la séance d’ouverture, je crains le pire. Après la chanson "il est temps" (improbable titre hors du temps qui introduit et clôture chaque séance plénière de sa bonne humeur de psychopathe), les premières interventions enfilent les perles : "Notre Moody’s à nous, c’est le suffrage universel". J’assiste néanmoins à une conférence très intéressante sur la valeur du travail avec Robert Castel himself. Et ça, ce n’est par rien. Nous nous concoctons un petit programme avec les blogueurs que nous ne respecterons pas. Tout cela finit rapidement à la buvette qui, à l’inverse du wifi, débite à flot régulier.

Le bruit du jour : Hollande fait son intéressant, les caméras n'ont d'objectifs que pour lui et cela décontenance Aubry. Ne trouvant personne dans le staff de l'université (complot ?) pour m’indiquer où se trouve ce fameux Oratoire, théâtre du show-case Hollandais de 19 heures : direction la réunion que donne son ex-épouse à la même heure. Il faudrait être aveugle pour la rater : le chemin est fléché depuis l'Encan à base d'une affiche tous les deux mètres. 


La salle du musée maritime est saturée de monde. Dehors, un cordon de supporters, dress code tee-shirt noir et foulard rouge, dresse une haie d’honneur pour laisser entrer l'idole. Dans la brume de l'attente électrique (j'en suis à 34 heures de veille), j'observe ces visages que je ne vois pas dans d'autres meetings politiques : des âges divers, des enfants, des familles qui viennent ensemble… Gros bourdonnement au loin, crépitements de flashs, le festival repart pour la projection du soir. La candidate est submergée par les caméras, elle a encore la côte.


Un twit foursquaré passe enfin et nous met sur la piste de l’Oratoire (et dire que j’ai habité 4 ans à La Rochelle, honte sur moi). Nous partons humer l'atmosphère là-bas. Le meeting de Hollande se tient loin du chantier naval où prêche Royal, de l'autre côté du port, dans le centre-ville chico-bobo de La Rochelle. Direction la Place de Verdun, vers cette chapelle à l’éclairage soigné réservée depuis un an pour DSK. A force d’inonder les boites mails, le happening fait le plein et, badge presse ou pas, nous sommes refoulés à l’entrée du comme plus d'une centaine d'autres. L’ambiance est moins Kiabi et plus costard. L’opération (à destination des chaines d'infos) est un succés : bonne image (sacrée et rurale) avec un éclairage soigné (nous apercevons vaguement un retour-écran), le tout dans une salle sous-dimensionnée pour jouer la carte de l’évènement se jouant à guichet fermé. Discours terminé, l’assemblée déboule sur la chaussée, immobilisant net vélos et voitures de l’autochtone agacé. La pluie reprend, nous devons en être au dixième revirement de temps soleil-pluie de la journée et l’appel de la bière se fait sentir. Je cours sous les arcades de la vieille ville. Je n'aurai pas vu un débat de candidat de la journée, il tombe des hallebardes et je dors debout. Fin du premier jour. 

La soirée torchon-carpette au rhum hors d'âge est une autre histoire, radicalement hors cadre rapportée aux cruciaux enjeux nationaux nous concernant.

Samedi, jour 2
François Hollande : prince de la vanne, king de la vibe et diva des journalistes.
*

16 cafés et c’est reparti. Cette université est trop courte, les tables rondes et ateliers si superposés qu'on n'y voit que le dixième de ce qui s’y passe. On papillonne, on grappille des mots, des idées, des humeurs. L'abondance des débats tue l'assiduité (l'essentiel des interventions se concentre entre vendredi après-midi et samedi soir). J'ai ainsi raté l'atelier sur le logement où je suis persuadé que j'aurai pu hurler des "Oh !" et des "Ah !". 

Dans la nuit, Martine Aubry a dû prendre conscience de l'OPA des médias opérée par Hollande (ou malgré lui, à cette heure-ci je ne sais pas encore très bien) et passe le turbo. Si prompte à taper dans les micros et se cacher des objectifs il y'a encore peu, tel un Manuel Valls à la recherche du cliché, La Maire de Lille multiplie désormais les trajets d'un bout à l'autre de l'Encan en arborant ce sourire apaisé qu'avait Ségolène le soir de sa défaite aux présidentielles.


Fin de matinée. En séance plénière sur le thème de la "croissance partagée", à l'inverse d'un Usian Bolt fanfaronnant avant de foirer son départ, Hollande fait le malin mais conclut la course tranquille. Pour camoufler un discours assez vague, soc-dem en diable, qui reprend un à un les poncifs les plus éculés sur la croissance, il vanne à tout va [Intégralité du discours ici, 36 minutes]. Avec un rythme à contretemps, limite maladroit, qui le rend encore plus sympathique, il enchaîne les bons mots sur Le Monarque et les riches. Bim, bam. Larges éclats de rires au théâtre du gymnase. Du stand-up politique, fallait y penser. Je n'ai juste jamais vu ça dans un meeting... du PS. Alternant contrôle et décontraction, il faut admettre que le nouveau Jay Leno des socialos excèle dans le "cool" à un point où j'en viens à me demander si ce n’est pas un des auteurs des Guignols qui lui pond son texte et Jamel qui le coache. La vérité est probablement ailleurs, mais pas si loin. Je m’assois parmi les disciples pour capter les réactions : mélange d’enthousiasme des fans classiques et des soupirs amusés de ceux qui s'y rangent "par raison". Avoir de l’humour est incontestablement un plus, même et surtout en face de quelqu’un à cran qui n’en a aucun et surtout pas sur lui-même. Mais cela reste léger, spécialement par temps d'insistante austérité. Oui, la séduction est indispensable, mais comme le souligne Jean-Luc Melenchon lors de son Remue-Méninges qui se tient le même week-end de l'autre côté de La France : "Si cette élection (se transforme) en pitrerie, vous verrez se lever des vents violents dont vous n’avez pas idée" .  

Après le sketch des riches, celui du pauvre.

A la sortie du meeting, je me faufile parmi les caméras qui devancent le candidat de la presse sur l'étroit quai, lieu pavé propice à faire de belles images. Tous les 15 mètres est prémédité un shooting par son entourage : là avec un militant qui veut se faire dédicacer son nouvel ouvrage (que nous allons étudier de près), ici avec ce plaisancier qui claque son petit mot sympa. Sourire et décontraction en pièces montées. On a beau le savoir et tout connaître de la mécanique, Hollande surperforme dans le côté accessible : il est "tellement sympa" que ça passe. A l'inverse d'un Monarque qui n'inspire, au mieux, que le mépris et l'envie de distribuer des tartes, on se dit automatiquement qu'FH ne peut pas être méchant. Cette construction, où le candidat et la caméra jouent un tango cadencé, est un édifice aléatoire : être le candidat d'opposition chouchou des médias est loin d'être un gage de succès. Hollande en semble conscient et y va piano. 

Survient cette petite scène à laquelle j'assiste aux premières loges. Nous arrivons vers le passage étroit de la passerelle où Hollande stoppe pour répondre encore à quelques questions de militants. Une odeur de merde, forte, s’impose. L’un d'eux (mes semelles sont irréprochables) a marché dans un étron d’Angela. Angela c'est la chienne du clodo du port qui observe amusé le troupeau. Avec le punk à clébard et la visite de la tour St Jean d'Acre, le buriné à l'embrun avec bonnet taché et barbe de cent ans est un incontournable du tourisme local. En retrait sur la passerelle, attendant qu’Hollande passe face à moi pour faire mon plan, j'observe depuis un petit moment la drague improbable du "clodo-like" sur une jeune journaliste. Puis, le gars interpelle Hollande de loin, ce dernier va à sa rencontre et le bougre auquel personne ne faisait attention une minute avant devient la "nouvelle star" pour 45 secondes. Mise en scène ou pas ? A vous de juger. J’ai du mal à trancher tant le personnage jouait particulièrement bien le rôle de l'aviné. Après son sketch du riche, Hollande se sort tranquille de celui du pauvre. Ce dernier félicite le candidat et déclare aux caméras qu’il va voter pour lui. Emballé c'est pesé. 

No comment : François Hollande, le barnum des photos et le sketch du pauvre.

Après une longue dérive sur le vieux port à la recherche d'une table accueillante délicatement ornée de fruits de mer que jamais ils ne trouvèrent, nos blogueurs se calent provisoirement au Kebab bière avant d’enchaîner à l'Encan pour le discours d’Arnaud Montebourg. 



Montebourg livre en plénière le discours à retenir de ces trois jours. Quelques phrases bien senties : "On ne battra pas le sarkozysme en ne promettant que l'austérité à ceux qui n'ont que le travail pour vivre.", "Je suis le candidat de l'honneur d'être socialiste." ou "La démondialisation est la modération d'un système extrémiste" qu'il ponctue d'attaques envers Merkel ou Apple (hérétique). [Intégralité du discours ici33 minutes].  Montebourg marque des points cet après-midi et impose la thématique du protectionnisme. Détail : là où les autres auraient profité du moment d’ovation pour rester à saluer un moment au pupitre et faire du plan pour les télés, lui se rassoit en trois secondes-chrono. Suivent quelques interventions dont celle d’Herve Kempf où les mots « classes » et « ouvrières » sont prononcés (Ouh la, gauchiste alerte). 

L'heure suivante, c'est au tour de Ségolène Royal de faire son entrée. Ses fidèles font le spectacle. Et ça : il faut le faire au moins une fois dans sa vie. Elle explose les records de l'applaudimètre et de la ferveur militante. Debout sur l'estrade des caméras, l'écoutant dérouler ses propositions, je me fais voler mon siège par le boss d'LCP. Proprement scandaleux !
*
No comment : Ségolène, celle qui fait un triomphe avant même le discours.

Il commence à faire moite sous le toit de l'Encan. Direction les salons climatisés du Mercure. Tandis qu'Elie Cohen, invité pour la marginalité confidentielle de son analyse par Terra Nova, endort tout le monde y compris lui lors d'un colloque sur la crise Pourquoi ? Comment ? Et vous ne l'auriez pas en taille 52 c'est pour ma belle-soeur ?, nous assistons dans la salle d'en face à une petite réunion avec les "volontaires" de la campagne de Montebourg. J'en retiens que le candidat de la démondialisation séduit les 35-55, clientèle manquant cruellement au PS et que ces militants font clairement une croix sur le PS tel qu'il est aujourd'hui. Les voix sont à prendre ailleurs : chez ceux qui ne votent plus. Plus la participation aux primaires déborde les seuls militants ou sympathisants du PS, plus les espoirs sont permis.

Peu après, Arnaud Montebourg accorde un entretien aux blogueurs. Tout a été filmé et sera diffusé ici... euh bientôt.



Sortie du Mercure au crépuscule. Au loin sur le pont supérieur d’un yacht de l'amour, se décrochant sur le ciel rose où moutonnent démobilisés quelques nuages gris, des silhouettes se trémoussent sur de l'Afro-beat. Un hommage à DSK ? Non, c'est l'absent dont désormais tout le monde se fout, hormis quelques allumés vers qui les micros se tendent systématiquementA l’appel de Romain Blachier, nous nous retrouvons dans un resto dans une rue pavée où, parfois à l'heure où les cocktails sont happy, se lovent les socialistes. Dans l'animation des bars et restaurants de la rue piétonnière, en marge des cracheurs de feu, des jongleurs et des camelots, j'aperçois un Gérard Filoche qui marche seul. Un peu plus tard, c'est Martine Aubry qui passe à mes côtés et pose volontiers pour la photo aux bras des touristes. De retour chez mon hôte, je visionne en ligne les sujets du JT de France2 et TF1 traitant de l'université : hormis un direct réussi pour Ségolène Royal sur la 2, c'est service minimum.
(TF1 a cramé tout son budget dans le nouveau générique du JT. Ils n'ont plus les moyens de se payer un réflecteur, assuré ici par une table de bistrot.)

Dimanche, jour 3
Dynamisme retrouvé mais des attentes.

Ciel sans impuretés. Pas de brouille attendue pour la journée. La moitié des journalistes est déjà partie à Paris. Du coup, le wifi marche mieux. Le matin, je reste à proximité de la terrasse où les candidats passant les uns après les autres sous la tente sous les griffes fatiguées de l'editocrate à pugnacité variable d'Europe 1. Alors qu'un de ses soutiens me donne un des livres de son stock d'invendus, j’aperçois un Manuel Valls isolé. J’ai presque de la peine pour lui, puis je repense à sa sortie sur les 35 heures en janvier dernier et je vais me reprendre un café. A la comédie des caméras, Jean-Michel Baylet, candidat pour le PRG, a capté que pour être vu il fallait s’incruster aux côtés de celui que tout le monde filme : Hollande. 

Je tombe nez à nez avec Martine Aubry : la métamorphose est complète. Elle sourit à tous et tout le temps. "Heureusement que ça s'arrête, encore deux jours comme ça et elle danserait sur la table." Me glisse un méchant. Cette insistance à rattraper le coup nous rassure au moins sur sa volonté d'y aller. La question de sa motivation ne se pose plus. Elle contre-attaque (comme le prouvera le lendemain sa visite surprise à Marseille en parallèle de celle de Guéant).



Discours de clôture. Ce que je pensais être une matinée tranquille sera une apothéose dans la  mobilisation. Dans une salle archi-comble de 5000 personnes (le record d’affluence des universités d'été est battu), nous assistons au discours inspiré, parfois émouvant et que l'on n'a pas vu venir, de Laurianne Deniaud, la présidente des MJS. [intégralité du discours ici, 28 minutes]. Hausse des salaires, barrières douanières, besoin vital de rajeunir les élus : certains passages affirment (idem pour Emmanuel Maurel qui lui succédera au micro) ce qui a été susurré, évité ou contredit par les principaux candidats depuis trois jours. Au sujet de cette clôture, l'info-feuilleton embrayera sur les remarques de Valérie Pécresse réussissant l'exploit de trouver "polémique" le discours final du pourtant super-ultra-cruise-control Harlem Désir. Acclamations, ballets des drapeaux et 723e tonitruante reprise de la rengaine « il est temps » (des cas de suicides par overdose de Mojitos sont rapportés les premiers jours, les survivants se sont convertis dans l’allégresse à l’entraînante mélodie) : les candidats des primaires montent sur scène pour faire cette photo de "l'unité retrouvée". Cliché un poil embarrassant pour un UMP qui se disloque.

No comment : le final de l'amour.

Bilan. Nous quittons l'Encan convaincus de rien si ce n’est, comme le souligne Nicolas Domenach sur twitter, que l’enthousiasme qui a déserté la droite est désormais chez les socialistes. Il faut prendre l’université d'été du PS pour ce qu’elle est : une vitrine, la plus clinquante possible de l’état du parti et l'occasion de remotiver les troupes. A ces titres, c'est doublement réussi.

Même si l'on constate de vraies différences dans la nature des supporters des candidats (on appelle ça des classes sociales), on est loin de l’image poussiéreuse d'un PS volontiers véhiculée par les médias et reprise à foison comme argumentaire par ceux-là même qui contestent cette parole dès qu'elle aborde tout autre sujet. Je pensais y déplorer une ambiance délétère et déprimée, c’est le contraire.  

Ce ne sera pas la guerre annoncée, mais la prédominance d'une stratégie d’évitement et d'une modération des comportements de chaque candidat s'adaptant en temps réel au rendu média qui en est donné. La volonté d’unité affichée le dernier jour cache mal l'esquive continue de la confrontation interne des idées. Cette contradiction (propre à la nature de l'évènement) avec le but des primaires a fini par poindre dans les discours de clôture. Elle sera corrigée dans les prochains débats télévisés (le premier aura lieu le 15 septembre). Le programme a beau théoriquement être commun, il reste de petits et de gros clivages propices aux surprises.

Le plus étonnant est de voir les candidats incarner leur place supposée dans les sondages. Martine Aubry vent de face, a remonté la pente. Ségolène Royal cartonne chez les militants (elle est sur ses terres) et reprend de l'assurance. Arnaud Montebourg, même s'il monte en puissance et déclare peu se soucier des sondages tout sauf scientifiques, joue encore les modestes tandis que Manuel Valls, ignoré, contient sa colère. Quant à Hollande, le tapis média se déroulant sous ses pieds lui donne automatiquement une image de président. Bref, c'est l'école des fans. Tout le monde a gagné sauf Valls.

L'Encan se vide, les tentes sont pliées, la terrasse nettoyée. Rideau. Il me reste un dimanche ensoleillé à récupérer du manque de sommeil sous l'air marin de La Rochelle avant de récupérer le TGV du soir pour Paris, accompagné (un bonheur n'arrive jamais seul) du petit livre rouge de Manuel.

Photos et vidéos : Sebmusset

Retrouvez les comptes-rendus des blogueurs présents : Nico93, Intox2007, Jegoun, MelclalexRomain Blachier et Mel36.

Un grand merci à Tom, le trois étoiles de La Rochelle, pour son précieux soutien logistique.

mercredi 24 août 2011

Le premier des primaires

Ne pouvant plus tirer la bobinette de campagne là où ça payait (la promesse de plus de pognon) : Le sarkozysme boit la tasse. Il accompagne désormais la raison du créancier voulant que du pognon, justement, il y en ait de moins en moins. Pris au piège de ses incantations passées (croissance,  multiplication de la thune et défense peu crédible d’une classe moyenne qu'il méprise de tout son être) : tout ce que le Monarque active ne fédère aucun nouvel électeur. Il faudrait vraiment que le candidat socialiste multiplie les bêtises et les incohérences, ou simplement rate le premier tour, pour que le président re-remporte la mise. C'est donc possible !

Antenne relais interroge les blogueurs sur le vote utile au premier tour de la primaire PS ? 

Séparons notre souhait de la réalité des forces en présence. Mon souhait c'est que ce pays prenne un vrai virage à gauche. La réalité c'est que, pour diverses raisons relatives à la démographie et la répartition de la thune au sein de celle-ci, à l’accès au crédit facile pour ceux qui en ont moins et à la nature des programmes télé depuis la fin des années 80, ce pays est à droite malgré l’effondrement du modèle ultralibéral auquel la droite s'accroche. Faute de véritable offensive ambitieuse à gauche depuis longtemps (Le Front de Gauche n'a que 3 ans), le temps de cerveau citoyen disponible s'est largement rendu pieds et poings liés au marché. 

Donc pour tout mec ou fille de gauche qui veut en premier lieu en finir de cette imposture au pouvoir (qui veut prendre au piège le PS en voulant faire voter une "règle d'or" en fin de mandat alors que s'il se l'était appliquée dès le début au lieu de cadeau-fiscoter à tout va, les finances de l'Etat n'en seraient pas là) se pose cette question : dois-je voter pour mon premier choix ou directement opter pour celui le plus à même de réunir le plus de monde (et donc mordre à droite et au centre) afin qu'il se qualifie au second tour des présidentielles ? Les primaires socialistes sont là pour ça ! Le programme étant théoriquement commun et l'unité derrière le candidat élu supposée totale : il reste les inflexions personnelles que celui-ci donnera au programme. 

L'unité préalable de toutes les tendances de gauche, indispensable pour organiser une vraie parade contre la droite, n'étant pas à l'ordre du jour, nous nous retrouvons donc avec une primaire socialiste 100% socialiste. C'est dommage et dangereux. Mais bon.

Donc, pas de vote utile à la primaire pour moi. Cette désignation ouverte à tous est là pour donner un cap au projetArnaud Montebourg est mon premier choix pour les thématiques qu'il privilégie : démondialisation et "pliage" de finance. Au final, François Hollande est celui qui brassera large. Paradoxe pour celui qui n'est pas pour rien dans la déconnexion avec le peuple de gauche qu'a connu le PS sous son mandat de secrétaire général. Mais bon, vous l'ai-je dit ? Ce pays est à droite. Et puis, question paradoxes et rebondissements, la vie politique française n'est plus à ça près. 

D'ici là, pas d'accord avec @custinda : la gauche n'a pas un boulevard face au Monarque. Là non plus ne pas confondre volonté et réalité. Vérification ce jour avec la reprise de l'occupation de l'espace médiatique au sujet des réponses à la "crise de la detteTM" (en décodé : te faire payer). Même si ses parades sont globalement prises pour ce qu'elles sont, du pipeau magique camouflant l’épandage de Round-up social, lui et ses sbires squattent les ondes et dictent l'agenda médiatique. Le PS ne fait trop souvent qu'embrayer en assurant la contre-gestion des mots de l'ennemi. Au final, notre président n'aura comme programme que son titre de président mais, dans le monde de l'image et des chaines d'information continue, ça fait la différence de traitement. Le vainqueur des primaires socialistes devra,  lui, entamer une campagne où il mettra en avant une équipe gouvernementale et des compétences. Vu la vacuité actuellement aux commandes du pays, il y a là une vraie carte à jouer.

Bon sinon, je sais que les blogueurs comptent pour du beurre, mais lors d'un pot avec une dizaine d'entre eux (de gauche et un peu de droite aussi) une nuit d'été dans un rade interlope de proche banlieue MRC servant des bières jusqu'à pas d'heure, à l'issue d'un sondage de primaires organisé à chopines levées, les voix se partageaient entre Montebourg (à l'avantage de celui-ci), Hollande et Royal. 

Et de nous confirmer par défaut quelle personnalité socialiste n'a pas la côte au bar.
Je passe le billet à :
Ont déjà répondu :
Illustration : Primary Colors, Mike Nichols (1998)

lundi 22 août 2011

Revaloriser l'impôt

Chaque soir entre la page de pub et la météo, le psychodrame de la dette déroule son feuilleton. Il faut "impliquer" les peuples et les faire plier aux diktats de la finance dans la dernière ligne droite vers le murC'est le sujet sur lequel nous devons trembler

Tandis que la colère en réponse à l'austérité, présente ou promise, s'intensifie un peu partout en Europe  (c'est encore timide rapporté à la gigantesque farce dont les peuples sont les dindons), une poignée de super riches entendent le bruit des tronçonneuses abattant au loin les arbres qui serviront à  bâtir les bûchers. Certains savent bien que les limites comptables d'un système absurde sont défoncées et que pour le capitalisme aussi ça sent le sapin.

Donc, les déclarations de multi-millionnaires et milliardaires désireux de "donner plus" à l’Etat commencent à poindre. Notons tout de même que certaines des déclarations des néo-samaritains de la dernière chance, comme celles de Maurice Levy ou Charles Beigbeider, conditionnent leur altruisme soudain à la réduction de nos dépenses (comprendre une miette en moins pour eux = un pain dans la gueule pour nous). Comme si, même au bord du gouffre, il ne fallait pas perdre pas la notion de classe et la foi en des jours de libéralisme meilleur.

La bonne fortune n'arrivant jamais seule : Au même moment, la garde rapprochée du Monarque laisse fortement entendre son souhait de créer une taxe exceptionnelle de 1% à 2% sur les très hauts revenus. Note le chiffre et la fréquence :  « 1% » et « exceptionnel », là où, à ces niveaux de fortune, la rationalité commanderait d'avoir du 70% minimum depuis 30 ans

Cette montée médiatique de générosité (incantatoire pour le moment) de types passant pour les sauveurs d’une situation dont certains tiraient jusque-là profit comme personne, ne sert-elle tout simplement pas d'anesthésiant pour la tonte des classes moyennes et populaires qui se trame au tournant de la rigueur 


Laissons les méga thunés de côté et donnons-leur le bénéfice du doute. Intéressons-nous maintenant à la classe moyenne supérieure, à mi-chemin entre les riches et les classes moyennes (elle cherche à coller aux premiers, mais en cas d'attaque sur son train de vie elle se range dans la sécurisante catégorie des seconds). Bien plus abondante que les super riches et, comme eux, la catégorie s'est mécaniquement enrichie avec la baisse de la fiscalité. Dernier exemple en date, le relèvement du seuil de l’impôt sur la fortune (essentiellement pour compenser la montée de la valeur du patrimoine immobilier). Les cinq dernières années, lui ont pas mal profité. Multipropriétaire, rentière, confortablement retraitée mais souhaitant supprimer la retraite à des enfants que par ailleurs elle ne se gêne pas pour escroquer. Truandant le fisc souvent au-delà des limites des généreuses niches fiscales qui lui sont pourtant octroyées, criant à l’atteinte aux droits de l’homme et à la liberté d'expression dès qu’elle se fait flasher à 140 en centre-ville avé l'Audi, elle accuse systématiquement les "autres" (nébuleuse fantasmée de "feignants, chômeurs, immigrés, jeunes mal éduqués à faire travailler gratos ou a foutre en prison et de socialistes") d’être la raison du déclin français.  Il faudra plus que les doux mots de Buffet pour convaincre une bonne partie de cette classe-là (réactionnaire pour elle et libérale pour les autres, aux connes icônes desquelles les stations ouvrent grand leurs micros) de cracher ne serait-ce que 5 euros de plus sur sa feuille d’impôt sans enclencher la menace d'un vote FN. 
Elle n'ira jamais voter à gauche synonyme à ses yeux d'une redistribution dont elle n'est pas la dernière à jouir, mais qui lui fait horreur dès que "les autres" en bénéficient. Par mystère (non explicable autrement que par une sur représentation médiatique de ses membres), cette classe conditionne le discours dominant d'un impôt jugé toujours trop haut (à l'inverse du pouvoir d'achat qui, par définition, ne l'est jamais assez).

(Exemple pornographique. Oui nous passons une publicité, mais celle-là vaut son pesant de cacahuètes...)


Des deux façons de combler une dette d'Etat, augmenter les recettes ou réduire les dépenses, droite et médias ont choisi de te convaincre que seule la seconde option était envisageable (alors qu'elle ne fera qu'aggraver la situation).  Il est donc particulièrement ironique, au milieu de cette omerta de la thune, que ce soient de vrais bons gros riches qui enclenchent une incongrue pédagogie de l'impôt à laquelle nous ne sommes plus habitués. 

Les assistants-managers de la machine libérale s'évertuent depuis 30 ans à te faire envisager l'impôt comme une plaie (les sanctuaires publics dans lesquels les sommes sont affectés représentent un intolérable manque à gagner pour certains qui veulent capter ces marchés). Pourtant l'impôt est pour beaucoup dans l’attachement que l’on peut avoir avec ce pays qui a heureusement su résister plus longtemps que d'autres au "vivre, optimiser et laisser mourir" venu d'outre-Atlantique. Retirons le principe de solidarité et de redistribution et que reste t-il de la France ? Un drapeau, Jeanne d'Arc, la danse des canards ? Est-ce ça qui va te soigner, aider à te loger[1], te protéger ou t'instruire sans distinction de classe la langue et l'histoire du pays ? La nation c’est l’Etat et l'Etat c’est, en théorie, la contribution de chacun à hauteur de ses revenus.

(Autre époque, autre comportement. Gad Elmaleh en promo pour "Coco", grosse daubasse à la gloire du bling-bling. Nous sommes alors en plein âge d'or du sarkozysme. Il y a trois ans, il y a un siècle.)


Alors que l’on nous bassine avec les JMJ, il est étonnant que les médias omettent de préciser que l’impôt est une des pratiques citoyennes se rapprochant le plus d'un pilier théorique du culte : le partage. Étonnant aussi que dans l'Amérique du tea-party (mais le "réac-libéral" n'est plus à une contradiction près) ce soient les plus illuminés de la religion à être les plus grands pourfendeurs de l’impôt !

Loin de cet inutile et pénible accompagnement de fin de vie de l'ultra-libéralisme auquel nous assistons, à base d'anesthésiants bas de gamme et placebos coûteux, toutes les composantes du peuple doivent d'urgence prendre conscience que, dans une société d'interdépendance, le bonheur de chacun est conditionné au bien-être de tous. Continuons à sacrifier les uns pour pérenniser ou accroître le confort des autres, personnes physiques ou marchés financiers, et cela finira mal pour tous[2]. L'impôt sur le revenu doit augmenter au détriment des taxes indirectes, être vraiment progressif pour les tranches du dessus tandis que les vannes injustifiées des exonérations pour les classes moyennes supérieures doivent être fermées. Idem pour les sociétés où le gap fossé est encore plus impressionnant : le taux effectif d’impôt sur les sociétés du Cac 40 est de 18.7% contre 39.5% pour la PME. L'impôt doit être réorganisé pour être plus efficient (ça nous changera des cinq dernières années), mais cette réorganisation doit s’effectuer en priorité dans le sens du peuple et non dans celui des agences de notation. Voilà qui devrait être inscrit comme "règle d'or" (mais qui chiffonne le projet de  société idéale façon Monarque où la valeur de chaque humain est évaluée à l'aune de ses capacités à s'offrir une Rolex avant 50 ans).


Peu, à commencer par les politiques, prennent le risque d'inverser la donne et de faire de « la plaie » qu'est devenu l'impôt dans l'inconscient populaire (et le très-conscient de la classe supérieure), une motivation. Dans un pays où un français sur deux n'a pas assez de revenus[4] pour s’acquitter d'un impôt dessus, la volonté de richesse n'est la plupart du temps entrevue, du pauvre au riche, que sous le prisme libéral, individualiste. S'enrichir est aussi un moyen de contribuer au mieux-vivre de tous et pas seulement l'opportunité d'impressionner par ses accumulations ceux qui ont moins (pour venir dans un second temps déplorer la hausse des vols et de "l'insécurité" ou "l'effondrement  moral" des émeutiers). 

C’est là que dans un grand mouvement d'introspection fiscale, chacun se regarde dans le miroir et que les classes s’effacent. Le venin de l'individualisme est distillé dans le corps social, et la majorité d'entre nous veut payer moins. Notre défiance envers l'impôt est la preuve du manque de confiance dans le collectif et une des expressions de cette carence d'empathie dans l'occident agonise. Carence bien plus compliquée à combattre que la dette, car il ne s'agit pas de mettre une ceinture aux comportements des autres mais de prendre sur soi. 

La défiance envers l'impôt est le début de la fin de la société. Nous y contribuons tous.

le Pearltree : "Taxer les riches"
Taxer les riches dans  (sebmusset)

[1] oui, là à l'évidence. Y a de gros changements à effectuer.

[2] Un intéressant documentaire sur le naufrage du Titanic nous apprend qu'outre la majorité des riches en première classe à être sauvés, les pauvres de troisième classe en fond de cale survécurent à hauteur de 16%, alors que les secondes classes (classes moyennes) pourtant situées plus près de la sortie ne survécurent qu'à hauteur de 8%. La raison : les pauvres avaient plus d'endurance, de détermination et, plus près de la brèche où s'engouffrait l'eau glacée, ont pris conscience les premiers du péril.

[3] Autre approche plus radicale. Dans cette période où le politique ne supporte aucun écart de citoyenneté, où le jeune prend six mois de prison pour avoir volé un pack d'eau, ne peut-on pas envisager de bien plus fortes sanctions contre les fraudeurs du fisc ?


[4] Il s'agirait peut être également d'augmenter les bas salaires.

Illustration : Petillon.

samedi 20 août 2011

Trois films de droite ?

C'est samedi. Reprenons la chaine lancée par Sarkofrance, en la pervertissant un peu. Partageons notre avis sur blockbusters de SF récemment découverts (avec un plaisir coupable limite maso sachant que je n'allais au fond pas aimer ces grosses machines) dont deux au moins furent l’objet d'un plébiscite contemporain (générant en recettes plus que le PIB du Sierra Leone).

1 / Avatar
de James Cameron (2009)

Je me suis fait violence mais j'ai enfin vu le "film culte" qu’il fallait voir depuis deux ans. Je n’ai pas ménagé mes efforts tant le baba au rhum (dont la tonalité et les couleurs dominantes ne sont pas sans rappeler les moquettes épaisses kakis-fuchsias à bananes bleues des pires casinos-hotels de Las Vegas) m'était indigeste dès la bande-annonce. (J'ai traité de beaucoup de choses sur ce blog, mais là je vais vraiment me faire des ennemis).

Commençons par souligner la seule qualité du film : sa réalisation. Malgré la débauche d'images de synthèse (après les types qui font du touche-pipi avec les arbres, la deuxième chose qui me rebute le plus dans ce monde ce sont les images artificielles), la réalisation n’abuse pas des effets de cadrage « impossibles » propres à ce genre de technologie, concentrant ses efforts à crédibiliser un environnement imaginaire de BD SF. Voilà c’est tout. Ce qui est déjà énorme et différenciera au final un cinéaste sachant cadrer comme Cameron d’un grossiste en guano comme Besson.

Pour le reste, un gros budget ne rachète pas un script slim fast (en résumé : Pocahontas meets Star Crash avec auto-pompage des précédents Cameron). Dés l'intro, j’ai l’affreux sentiment, non démenti au fil des 140 minutes, d’être englué dans le final du director's cut d’Abyss (no, don't watch it). Surnagent dans ce pataquès au sirop fluo deux bonnes scènes d’action : les GI qui font péter l’arbre magique (je sais : ça sonne foire à dix balles chez Toy's R US mais c’est le scénario, j’y peux rien) et le fight final entre le GI à carcasse métallique avec mitrailleuses et les schtroumpfs sous anabolisants qui vont lui mettre misère à coups de fléchettes en bambou. Je n’évoque pas non plus cet odieux travers de l’ultraellipse (mais je suis un vieux con) voulant que l’on n’ait même plus à expliquer le pourquoi du comment du transfert de conscience d’un corps à l’autre tellement cela coule de source pour une audience liquéfiée par deux décennies de jeux vidéos (alors qu'on n’est pas foutu de trouver un accord européen sur les dettes souveraines).

2 / Inception
de Christopher Nolan (2010)

Déception dès les premières minutes. Je lui donne bêtement un bénéfice du doute qu’au terme de 2h20 de projection (faites court les gars) et d’une migraine carabinée, je regretterai. J’ai du mal avec le cinéma mainstream contemporain fortement influencé dans le montage, les scripts et les prises de vue par Ubisoft, Electronic Arts et Les Experts (avec casting international pour une meilleure pénétration de la promo locale et l'aussi sempiternel qu'inutile passage parisien pour bénéficier d'une énième niche fiscale financée par tes soins). Je rêve d’un film sans rêve dans le rêve, ni monde parallèle en 3D et exempt d'avatar esthétique, un film au ras des scandales et urgences immédiates de notre putain de vie (et à la Ken Loach pas à la Klapisch). Dans le merveilleux monde du mainstream, visant d'abord l'ado générique des centres commerciaux du village-monde, la simple réalité devient l’exception. Comment dès lors, dans cette cécité sur le présent, provoquer un minimum de conscience sociale ou politique, spécialement lorsque le tout est noyé dans un sound design à rendre sourd dès 12 ans ?  On ne peut pas. C’est fait pour ça. On y va pour ça. Calamité supplémentaire : succédant à la bamba triste, la BO d'Hans Zimmer tapisse de son violon stressé la moindre de mes pensées amères.

3 / Repo Men
de Miguel Sapochnik (2010)

Moins bien réalisé que les deux précédents (enfin pas pire que 95% de la production actuelle) mais de loin le plus intéressant. Les 20 premières minutes font craindre le pire. Je me demande alors comment Forest Whitaker et Jude Law ont pu s'embarquer dans cette galère gore ne récoltant qu’un étrange -12 là ou le moindre Gaspar Noé (Bibifoc au niveau du body count) est affublé d’un -16 ? Mais, finalement une bonne surprise : le récit est l'écho, comme tout bon film d’anticipation, de notre présent qui part en torche dans l'inhumanité la plus complète. Le pitch. Dans un futur proche, les humains sont comme les voitures : on ne les répare plus, on change directement les pièces. Avec les ravages de la sédentarité, de la malbouffe et des coupes budgétaires dans la santé, on imagine aisément que d'ici un demi-siècle les organismes pourris à 25 ans seront légion. Et, dans le futur comme maintenant, avec les fauchés fichés, on gagne bien plus à la traite qu'à la vente au détail. Chez Union (traduction anglaise : syndicat), unique marchand d’organes artificiels, on encourage les VRP à fourguer de l'organe vital à crédit revolving. Devant l’insolvabilité croissante des surendettés de la santé, Union se dote d’une armée de Repo Men (récupérateur) chargée de se servir sur la bête en lui arrachant les organes (cœur, foie, oreilles, appareil génital...). Ce qui nous gratifie de belles scènes de boucherie Sanzot. Chez les Repo men, on ne se pose pas plus de cas de conscience que chez les endettés. Un siècle de crédit a modelé les consciences. La loi du créancier est prioritaire. Dernière injonction d’huissier faisant foi (ou poumon), le repo man peut trucider à chaque coin de rue dans l'indifférence générale. La suite, tu la devines : le chasseur va devenir gibier, car personne n’échappe à la carnassière logique du crédit. Personne ni  rien, comme le conclut le récit dans un ultime retournement bien déprimant. La mise en image se cantonne à esthétiser les torrents d'hémoglobine et autres shoot'em up testostéronés ciblant le Kevin à popcorn (n'accablons pas la rea, il s'agit probablement d'une exigence de la production à l'issue du 17e screening-test). Proche d’Artificial Intelligence, mais revue et corrigée façon Verhoeven à l'aune de la crise des subprimes, on n’ose imaginer ce qu’aurait fait Kubrick d'une telle intrigue


Je passe le billet aux autres blogueurs...

jeudi 18 août 2011

2011 l’odyssée de l'appart

UBS vient de publier son rapport "prix et salaires : pouvoir d'achat à travers le monde" qui confirme mon impression : vivre à Paris coûte plus cher qu'à Londres et New-York

Coupable numéro un : des tarifs de l'immobilier qui ont explosé au-delà du raisonnable, et même du rationnel économique (même s'il y a longtemps que l'association de ces deux mots ne signifie plus qu'une chose : sacrifice d'humains). En local, la chasse aux pauvres et aux classes moyennes est mollement combattue tandis qu'au niveau national la flambée immobilière est encouragée, quand elle n'est tout simplement pas subventionnée


Depuis un an je recherche un appartement de trois pièces sur la capitale et subis les feux de l’artillerie lourde des rentiers et sangsues de La France patrimonialistique. Je collectionne comme d'autres les anecdotes sur ces rapaces grisés par l'idéologie du tout propriétaire et angoissés par la criseTM, qui y vont désormais au Caterpillar, mode overdrive, pour écrabouiller la gueule de l'aspirant-locataire et défoncer en toute impunité les lois. Pour eux : pas de fichage, pas de contrôle, pas d'amende.

Lorsque l'on dispose d'un modeste budget (tout en restant dans la gamme de loyers que l'on est susceptible de régler sans devoir vendre un oeil, à savoir en y consacrant déjà plus de 50% de ses revenus) : il faut à son tour tricher. A la guerre de classe comme à la guerre de classe : la falsification, voire la création, de son bulletin de salaire n'est pas une option, mais le préalable à toute prospection locative sérieuse. Ne pas craindre les représailles des parasites à la solde de l'ennemi proprio : ils sont la plupart du temps eux-mêmes dans l'illégalité et le savent parfaitement[1]. 

Pour ta recherche d'appartement sur Paris, Photoshop sera ton seul ami. Mais ne crois pas t'en tirer à si bon compte

Déjà si tu vises le trois pièces, tu vas chercher longtemps. Il n'y en a pas. Les bonnes annonces partent avant d'être publiées. Tout ce que tu récoltes sur le net n'est que du second ou troisième choix qui n'a pas trouvé pigeon en agence. Si tu n'as pas de réseau, tu n'as plus qu'à t'exiler en banlieue. Par contre au choix, du studio de 3m2 sans fenêtre, du boyau de logement insalubre ou le bourgeois ne ferait pas même manger son chien, du placement spéculatif en forme de deux-pièces cuisine avec salle de bain dans la cuisine et rideau de douche moisi en guise cloison : en veux-tu en voilà... Ces merveilles dignes d'un Balzac se ramassent à la pelle pour un tarif tendant à s'uniformiser de la Porte Dauphine aux quartiers les plus "populaires" (la spéculation n'étant plus l'apanage des banques et des grandes fortunes, mais du moindre CSP+ ayant un peu de thune de côté) : 1200 euros. Chiffre qui est également parfois la date de l'installation électrique. 

Petit survol des réjouissances du locatif parisien pour pigeons :

1 / D'abord un classique : l'annonce mensongère. 
Le 3e étage est au 4e. Les 1200 euros deviennent 1250. Le toit est en option, mais les charges non. Ensuite nous trouvons l'annonce sans photo : spécialité sur l'internet français de l'immobilier bloqué au stade précambrien depuis 1997. Donc, moi aussi je suis draconien sur la sélection : je ne visite que des annonces avec photos.
(Non, non tu ne rêves pas : 1 / La salle de bain est bien dans la cuisine. 2 / C'est bien une photo promotionnelle.)

2 / L'appartement inhabitable. J'en ai déjà parlé ici. Si Paris est, parait-il pour quelques parisiens qui ont du pognon "la plus belle ville du monde", hormis quelques appartements bourgeois où l'on peut s'organiser des parties de foot grandeur nature sous 6 mètres de hauteur de plafond avec vue sur les quais (tu sais ceux qu'on voit dans le cinéma français parisien qui nous parle des Français Parisiens), avouons que son offre immobilière est à chier par terre : vielle, grise, ultra mal isolée, sombre, moche et imprégnée jusque dans la conception de ses cages d'escalier de cette époque pré-RER où la domesticité s'entretenait dans les étages supérieurs. La spéculation a démultiplié le pire : le moindre cagibi hérité étant vu comme une pompe à fric par chaque beauf wannabee Warren Buffet. Les scandaleuses défiscalisations de travaux et autres divers crédits d’impôt pour réaménagement ont aggravé le mouvement. S'il m'est arrivé de dénicher quelques appartements pas trop mal dessinés ou réaménagés avec un semblant de soucis pour le futur occupant, ils restent largement minoritaires rapporté aux légions de terriers à portes défoncées, de studettes sans joints aux fenêtres avec tuyau de gaz changé en 1917, chiottes à la turque à partager avec l'étage et salpêtre en prime. Certaines de ces annonces reviennent régulièrement dans les faméliques listes des agences en ligne : preuve que, malgré la pénurie, les clapiers ne trouvent pas preneur et que leurs propriétaires ne sont pas aux abois puisqu'ils se permettent de ne pas baisser leurs prix.
3 / L'appartement avec vue sur mur ou en sous-sol. La tendance a le vent en poupe avant la prochaine mode : vivre dans les casiers de la consigne de la gare St-Lazare ou co-louer les abris bus le soir. Si j'en ai visité, je n'ai encore, à part dans les publi-reportages télévisés ou l'évocation de clandestins entassés en ces lieux par paquet de douze, vu personne y vivre. Pourtant, un agent immobilier à 4X4 et oeil luisant me l'affirme : "tout se loue".


4 / L'appartement à finir soi-même. La terrible maladie de Damido a tant ravagé les cerveaux qu'on ne se gêne plus exiger du locataire qu'il devienne "l'entrepreneur de son parcours locatif". Ici, la peinture à refaire (pour un dédommagement de 50 euros dans le meilleur des cas), ailleurs, comme je l'ai vu en juillet dernier dans un appartement que le proprio (stressé de ne pas perdre une miette de son investissement à crédit) désirait mettre sur le marché alors que son chantier de réhabilitation était abandonné à mi-chemin : construire tout simplement la cuisine (après présentation et validation du projet par le proprio entre "Les chiffres et les lettres" et "C dans l'Air", faut pas faire n'importe quoi non plus). Tout cela constitue du travail au noir de la plus belle espèce : celle qui ne sera jamais concernée par les fichiers de fraudeurs fantasmés par la "droite sociale" de mes fesses. Dans le cas de l'appartement sans cuisine, il est annoncé par l'agent lors de la visite que le "dossier" se montrant le plus motivé à emménager immédiatement et achever les travaux serait privilégié. En langage immobilier dès lors qu'il s'agit du locataire, on ne dit pas "couple", "prétendants" ni même "habitants": on dit "dossier". En cela, le locataire n'est pas si éloigné de l'aspirant propriétaire face à son conseiller financier, les analyses médicales et les couilles montées sur pendentif en moins, lorsqu'il veut décrocher un crédit sur 30 ans pour "réaliser son projet immobilier" (comprendre "acheter une maison sans thune"). Bref, que ce soit clair : si je suis locataire, ce n'est pas pour me taper des travaux. Ceux des voisins m’exaspèrent déjà assez. La vue d'un Leroy Merlin me file la gerbe et je laisse les pointilleuses décorations de salon à la marginalité en tube et écran 3D à ceux qui peinent par ailleurs à donner un semblant d'originalité et de relief à leur existence.
(clique pour agrandir)
(Enter : le deux-pièces cuisinière, à monter soi-même.)

5 / L'appartement que tu visites dans le noir en plein hiver à 19 heures. Même après l'annonce mensongère et sans photo, on y retrouve à chaque fois une bonne dizaine de jeunes prétendants, appelons-les "lapinous subventionnés par papa et maman", prêts à débourser 1300 euros en moyenne de frais d'une agence dont l'essentiel de l'action consiste à soupirer "pff,vous êtes trop nombreux", en sus du mois de dépôt pour habiter dans l'inconnu. A noter que, que l’exonération du deuxième mois de caution est effacée par l'anarchie complète des frais d'agence passant du simple au triple pour des logements similaires. 
(...et avec les frais, l'agent achète des colifichets pour séduire de nouveaux propriétaires. The boucle is boucled.)
(clique pour agrandir)

Petite précision à ce stade-ci : pour les jeunes, plus encore que dans l'accession à la propriété,  l'aide parentale est déterminante pour louer à Paris. Vu le niveau de revenu moyen du jeune travailleur dans la capitale (rien ou pire) et les garanties demandées par les propriétaires flippés (4 x le loyer, soit un salaire d'ambassadeur), il est tout simplement impossible de se loger si tu n'as pas de parents garants, parfois, eux-mêmes proprios et bailleurs. Via l'interface des enfants, ce glissement du capital des vieux vers d'autres vieux qui en ont autant est une des raisons du maintien des prix parisiens sur les petites surfaces systématiquement survalorisées d'au moins 200 à 300 euros. C'est malin, sauf pour ceux pour qui ont des parents pauvres : direction l'antépénultième périphérie (j'adore cette phrase).

Poursuivons notre revue des agences immobilières et des propriétaires. En trois mois, on y est allé crescendo dans le n'importe quoi : le refus par téléphone que je visite tel appartement au prétexte que "mon appartement n'est pas fait pour les familles". L'appartement refusé malgré "un excellent dossier" au prétexte avoué en toute décontraction que "vous avez un enfant et le propriétaire ne veut pas d'enfant, mais je garde quand même votre dossier sous le coude parce que des salaires comme ça, ça se trouve pas souvent" (tu l'as dit bouffi) et, nouveauté, le dossier à préalablement envoyé par internet pour savoir si l'on aura "le droit de visiter" le taudis référencé. Un excellent blogueur m'a également raconté qu'il avait dû rédiger une lettre de motivation pour louer ! Quelle sera la prochaine étape ? Un stage probatoire, le servage, une pipe ? Cette annonce de colocation débusquée sur leboncoin lance des pistes.

Attention également à bien choisir votre profession : un métier lié à l'internet, même à 3000 unités par mois, peut s'avérer rédhibitoire lors d'une prise de contact téléphonique avec les particuliers de plus de 60 ans qui vous lâcheront un "- communiste ménagère, c'est koissa ? On veut pas d'ça chez nous" avant de vous raccrocher au nez sans plus d'au revoir qu'il n'y eut de bonjour.

6 / Last but not least, nous l'avons déjà évoqué, le locataire parisien est depuis trois ans soumis à la concurrence déloyale du touriste étranger qui bénéficie en boomerang d'un vide juridique sur les baux courte durée dans lequel les multiproprios se sont engouffrés. Ce qui leur permet de louer un deux-pièces à la semaine 800 euros,  payable d'avance, sans avoir à le faire visiter, là où "ne peut que" le louer 1200 au mois à des "locaux" disposant encore malencontreusement de quelques droits. Comme quoi, le vieux monde comprend parfaitement l'avantage d'internet quand ça l'arrange ! En plus d'une rente dépassant de loin le salaire annuel moyen du parisien, le proprio jouit d’exonérations en amont et peut jouer de l'évasion fiscale en aval tout en gardant l'usufruit de l'appartement qu'il aura fait retapé "au noir" au vu et au su de tous sans que cela n'entraîne le moindre contrôle. Qui dit mieux ? De plus en plus, insidieusement, ces annonces à la semaine se confondent à celle au mois sur les sites d'annonces immobilières. 
N'évoquons pas la colocation, entassement que le discours dominant avec force série et reportages essaye encore de faire passer pour "cool" au seul bénéfice d'un proprio n'ayant que cette combine pour louer des surfaces supérieures à 50m2 qui ne trouveraient pas de couples moyens solvables au fameux "prix du marché". J'ai fait une vidéo sur le sujet. Nous constatons depuis une nouvelle forme de colocation parisienne : celle des retraités.

A ce stade, ce n'est pas que mon "dossier" soit refusé (avec mes références fictives, j'aligne 6000 euros par mois et dispose éventuellement d'un garant à 4500 euros) : je ne le dépose pas, ne trouvant RIEN de convenable à un prix décent. Les trois pièces réellement "habitables" pour une famille (donc pas le trois pièces de 28m2) démarrant à 2000 euros par mois (il n'y a pas de limite haute). En un an de recherche parisienne, je peux donc affirmer qu'il y a une offre pour les pauvres (moche, mal foutue, exiguë, aménagée sans respect, systématiquement au double voire au triple d'un prix "normal", les cinq sont cumulables...) et une offre pour les riches aussi scandaleuse dans l'autre sens (nous y reviendrons dans un autre article). Entre les deux se creuse à vue d'oeil un vrai vide dans un inquiétant laxisme municipal
(Il est pourtant tellement tentant d'être propriétaire sur Paris. Charles-Edouard, j'ai du mal à comprendre et excuser la mauvaise volonté de ces pauvres.)

Toutefois, les miracles arrivent. Fort d'une organisation en binôme, l'un visitant un appartement pour une fois pas trop pourri (attention : je n'ai pas dit bon marché juste bien entretenu, relativement ample, dans un quartier agréable et bien desservi) tandis que l'autre dépose simultanément le dossier dans l'agence immobilière à l'autre bout de la ville : on arrive enfin à être le Connor Mac Leod de l'annonce locative. Il n'en reste qu'un et c'est moi. Youpi tralala c'est la fête. Ou presque. L'arnaque ne faisant parfois que commencer. 

Est-ce pour contrer l’explosion des fausses fiches de payes elles-mêmes mises en place pour contrer le renforcement délirant des conditions d'acceptation ou, plus probablement, pour s'assurer un peu de trésorerie sans se fatiguer, mais un nouveau tri sélectif des déchets s'opère dans les agences immobilières. Surfant sur un texte de loi, l'agent immobilier exige le règlement trimestriel du loyer, soit 3600 euros en sus des frais d’agence (1200), du dépôt de garantie (600), du règlement de l’Etat des lieux d'entrée et de sortie (200). La note à sortir de suite monte à 5600 euros. Non sans avoir hésité par désarroi à me plier au deal litigieux (le règlement trimestriel est possible, le reste est de la pure truanderie), ne disposant pas de cette épargne et étant entendu qu'il est hors de question que je m'endette  pour louer et malgré l'insistance de l'agent à me préciser la date et le lieu du rendez-vous (en pleine journée et non négociable) pour signer le bail avec la propriétaire ("trop vieille pour se déplacer") à Neuilly-sur-Seine (comme par hasard), je retire à la dernière minute "ma candidature" à l'exploitation.

Passons sur les annonces aberrantes, les fichiers payants, les « remises à neuf »  se résumant à la pose d’un décalco hideux, le parasitisme des agents (finalement, comme partout il y en a des plus honnêtes et parfaitement lucides sur leur activité que d'autres), le sans-gêne des bailleurs (dont la richesse à virtuellement doublé en dix ans grâce à l’immobilier) est de ces comportements acceptés par tous qui me collent la rage. Je crains malheureusement, étant donné la répartition démographique à l’avantage des aînés et les rêves de la jeune génération (une récente étude de l'IFOP révèle que 68% des moins de 30 ans désirent devenir propriétaires, les 32% autres l’étant déjà sûrement) sur fond de lustrage gouvernemental pour soutenir la richesse des uns tout en coinçant les autres à perpétuité dans l'étau du crédit, que l’air immobilier de la capi-taule reste encore irrespirable un moment. 
(Oui, vous venez de pénétrer dans la quatrième dimension de l'immobilier, celle où la rentabilité foncière défonce jusqu'aux frontières de la cohérence géographique.)

Un lecteur me rétorquait récemment comme une évidence "mais pourquoi rester dans cette ville qui traite mieux les velibs que les gens ?". D'abord je fais ce que je veux. Deuxièmement, j'ai constaté, en moins violent certes, les mêmes mécanismes en province. Et, à la différence de la majorité de mes voisins, sans que je n'en tire aucune fierté ni aucun droit à y rester à vie (d'ailleurs je n'aime pas cette ville, mon idéal ressemblant plus à ça) : je suis né à Paris. Mais doit-on, cher lecteur, tous accepter de quitter les lieux où l'on a grandi au prétexte que les plus riches les monopolisent ? Suivant cette logique, chacun se retrouvera tôt ou tard en bidonville. Les forces locales et internationales du pognon ne se cachent tellement plus pour éradiquer les pauvres de la capitale que, quelque part, je prends mon « attachement » à habiter dans Paris avec aussi peu de revenus comme un acte de résistance. Ils nous ont déjà pris nos cerveaux, le travail, l’argent, le futur : on ne va pas leur abandonner nos lieux de vie. Même si, n'étant ni riche ni esclave de riche, mon avenir parisien est sérieusement compromis, avec ma vue sur cette jolie rue pavée refaite pour la seconde fois en trois ans pour qu'elle fasse encore plus jolie sur les dépliants nippons, tant que je peux m'accrocher, je resterai.
Les moyens d'action pour sortir de l'impasse (le rentier étant l'ici l’actionnaire principal d’une entreprise de désordre garantie par l’Etat) sont entre les mains des politiques et leur commandent un violent virage législatif. Il va sans dire qu'à l'instar de cette mixité sociale indispensable à la vie de la ville (dont Paris, musée aseptisé virant parc d'attractions bordés de boutiques faussement rustiques, manque cruellement), une véritable mixité sociale et générationnelle s'impose chez nos élus (dont j'aimerais connaitre le pourcentage de propriétaires et de locataires, les conditions d’accès à la propriété et les montants des loyers). Que ça se passe tranquillement par la loi ou l'on finira tôt ou tard par leur prendre, par la force.

P.S : si tu as un trois pièces sur la capitale à me proposer un prix honnête, c'est à dire pas celui du "marché", je suis preneur. Un espace consacré à ta splendeur sera réservé sur ce blog.

Illustrations : publicités et annonces immobilières parisiennes glanées entre février et août 2011.

[update 24/08/2011 : "UFC Que choisir ?" livre son enquête sur un peu plus de 1000 agences immobilières révélant que plus de 60% d'entre elles sont dans l’illégalité concernant les pièces demandées."]

[1] Le marché locatif parisien, rappel des fondamentaux :