lundi 31 janvier 2011

D'une révolution l'autre


Le Monarque avait raison. 2011 sera une année utile. Janvier n'est pas fini et voilà déjà la seconde révolution près de chez nous. Après la Tunisie, la rue égyptienne est le théâtre de la passion populaire pour le catapultage artisanal de pouvoir autiste.

Avec toute cette agitation, tu trépignes et t'interroges : les mouvements auxquels nous assistons sur écran sont-ils exportables chez nous ?

Rappelons d'entrée que les révolutions en question ne sont ni de coton, ni de twits, ni de jasmin. Elles font des morts.

Ensuite.

Malgré nos constats accablés sur La France qui va mal, nombreux sont ceux aujourd'hui à vivre mieux  qu'il y a quatre ans. Bonne santé, bonne retraite, placements immobiliers, avec un petit héritage sans frais de succession là-dessus : ils ont des cheveux blancs, peur de l'autre et on les croise souvent en 4X4. Les situations de rentes sont plus florissantes pour la partie haute de la société (nous ne parlons pas ici des très riches) depuis l'élection du Monarque et sa cascade de cadeaux fiscaux (alibis pour passer la pilule des grosses défiscalisations pour les très riches). 

Nos bienheureux alimentent malgré eux le sentiment de "déclassement" chez leurs grands enfants (en gros de 30 à 50 ans) qui ragent en silence de ne pas pouvoir surconsommer avec la même insouciance, et  tempèrent cette colère par le crédit.

Le jeune insurgé, lui se fait rare. Pas le temps, il cherche un stage.

Quant à la priorité du type vraiment dans la galère : survivre. 

Hors des registres publicitaire ou commémoratif,  le mot "révolution" et le concept lié ont également mauvaise presse, méprisés par les politiques, conspués dans les tribunes "sans tabou" des insoumis du "politiquement incorrect" dont on se demande en quoi ils sont insoumis et incorrects dans la mesure où ils vont toujours dans le sens du pouvoir en l'encourageant à aller encore plus loin : la pensée réactionnaire remue du ressentiment populaire, appelle au respect du 14 juillet, mais surtout, surtout, détourne le citoyen de la contestation pour mieux le modeler aux doctrines libérales. Mais je m'emporte. Revenons à la question :

Pour contrer la funeste destinée que sa classe dirigeante lui bétonne, de telles mobilisations sont-elles possibles dans notre pays où les vieux dominent, où les jeunes ont des rêves de vieux, où politiques et médias entretiennent ce climat ? 

Oui.

Mais il faudrait...

1 / Une prise de conscience de tous les autres.
Préalable à tout mouvement, la "révolution" doit d'abord être intime. Dans la société du consentement, où la corruption se décline dans nos actes quotidiens, chacun peut, doit, agir à son niveau pour freiner, déjouer, ralentir ou carrément contrer la machine à opprimer.

2 / Une jonction des mécontentements.
Pas de mouvement non plus sans un rapprochement entre la jeunesse, cherchant à s'insérer, et "les insérés", plus âgés et mal traités. Leur incapacité à se fédérer en classe réactive et l'entêtement d'une majorité à rester scotchés aux standards d'avant, sont les deux drames de l'époque parachevant tous les autres. A ce sujet, l'analyse du "déclassement" doit sortir de la seule thématique du "manque de pouvoir d'achat".[1]

3 / L'indispensable étincelle.
Les sermons des présidents européens, avocats zélés du néolibéralisme, sur l'inexorabilité des politiques de rigueur nous en rapprochent chaque jour un peu plus. Mais cela ne suffira pas. Le suivi médiatique (là, internet a un rôle à jouer) des conflits sociaux, des mouvements de contestations (comme, par exemple, cette grève de la faim des CRS contre les réductions d'effectifs !) est décisif. Là-dessus, une bonne grosse gaffe présidentielle peut foutre le feu (même que cette option est la plus probable de toutes).

Cumul des révolutions intimes, prise de conscience de nos intérêts communs, jonction  : ce jour-là, oui, les salariés du privé défileront aux côtés des fonctionnaires, les jeunes aux côtés des quinquas licenciés, les chômeurs avec les retraités aux petites pensions, pour renverser l'ordre "sans alternative" qui les malmène tous. Même que ça fera un carton sur internet ! Nous sommes le pouvoir, la force et le nombre. Par paresse et confort, nous l'avons juste oublié. Merci aux tunisiens et aux égyptiens de nous rafraîchir les idées. 

* * *

[1] Le déclassement c'est également : la casse continue des acquis sociaux, le piétinement des valeurs républicaines, la dégradation des conditions de travail, mais aussi la dégradation programmée des services publics pour les faire basculer dans le privé, l'alimentation au rabais, la prégnante rengaine de la résignation et la  contamination de nos consciences à la rentabilisation du moindre aspect de nos vies, aux mécaniques d’isolement et de défiance des uns envers les autres que nous propageons en pilote automatique. 

mercredi 26 janvier 2011

Peut-on lutter contre la désindustrialisation ? #1


Il existe deux types d’hommes politiques. Ceux qui brassent de l'air et font des points presse sur "la politique industrielle" débutant par un énième engagement à voter une loi déjà votée sur les criminels sexuels multirécidivistes et ceux, de terrain, qui planchent pour lancer des pistes et tenter de corriger le désastre causé (entre autres) par cette absence totale de politique industrielle.

Ancien ouvrier chez Peugeot, ex-communiste, maire PS d’Audincourt dans le Doubs, toujours à la CGT, Martial Bourquin casse la représentation classique du sénateur

 « Je pense qu’il y a une telle différence entre le parti [socialiste] et ses élus, c’est un vrai problème. Comment se fait-il que le parti, au niveau national, ne représente pas plus ses militants et ses élus ? » Il a un début de réponse concédant une "certaine paresse intellectuelle" du politique.

Martin P, vogelsong et intox2007 et moi-même le rencontrons quelques jours avant la remise du rapport de la mission (8 février) qu'il préside sur la désindustrialisation des territoires. 


Pour Bourquin, l'action est laissée aux mains d'idéologues contre-productifs[0]. Il nous l'avoue d'entrée, il sent le FN "monter très fort" en région et selon lui le PS doit au plus vite « faire des propositions qui tiennent la route, pas du rêve… »

Voici 5 extraits audio [1]  : 

Extrait n1 : "Pourquoi on nous raconte des conneries ?"
Les aberrations de la logique gouvernementale et son argumentation classique de "la France qui ne travaille pas assez" car le travail y serait "trop couteux" par rapport à l'Allemagne. Chiffres à l'appui, après une enquête à Stuttgart, Bourquin le réfute. Au passage, il cartonne le patron de Renault et la baisse de TVA dans la restauration (2.5 milliards d'euros avec zéro contrepartie salariale et aucune amélioration pour le consommateur), symptomatique des méthodes à ne plus employer :


(NB : on doit le chantage marketing "entre l'euro et les 35 heures" à Gérard Longuet du team néo-con UMP Novelli-Copé-Longuet.)

Martin P. cite en exemple l'abandon des écrans plats dont les brevets étaient déjà détenus en Europe par Thomson au milieu des années 90. Faute d’usines, d’investissement, d'impulsion politique : la construction a filé en Asie qui, en retour, à inondé le marché mondial alors qu'il y avait là une énorme carte à jouer pour La France et l'Europe.[2]

Extrait n2 : l'impasse de la baisse du coût du travail.
Ne pas rentrer dans la course au bas coût, mais au contraire viser la qualité des produits, en y incluant l'intégralité du processus (l’infrastructure, l’enseignement supérieur, la formation gratifiante, les politiques urbaines). 


N.B : à propos d'investissement public et d'allègement des coûts pour les entreprises, voici un petit graphique emprunté au site de Paul Jorion, sur le trend de l'imposition des sociétés depuis l'arrivée en poste de notre équipe de winners  :
"Cette baisse de l'impôt sur les sociétés correspond à lui seul à 70% de la diminution des recettes fiscales (42.5 milliards d'euros entre 2008 et 2009)" et pour quel résultat.

Extrait n3 : l'impasse de la baisse du coût du travail#2 



Bourquin veut mettre à bas le global sourcing. Pour résumer, une voiture française est majoritairement  composée de pièces de sous-traitants. L'assembleur met les enseignes en compétition (au niveau planétaire). La chasse aux coûts conduit à la disparition des sous-traitants locaux, à la baisse de la qualité des pièces détachées, risque même de bloquer la production (ex : élément indispensable fabriqué à 12.000 kms de la chaîne de montage alors  qu'un volcan islandais paralyse le trafic aérien). Problème : si l'on gagne sur le transport, le sous-traitant local a besoin de se moderniser technologiquement. Ce qui nous ramène à la question des priorités, des stratégies communes de financement et de son accès au crédit

Extrait n4 : la droite néolibérale prisonnière de son idéologie.
Retour sur l'action économique d'une droite coincée dans sa croyance en "la main invisible" du marché régulant "à terme" tout pour le mieux (comme tu peux le constater sur ta fiche de paye). 



Plutôt qu'une suppression sans discussion de la taxe professionnelle, il aurait été judicieux selon lui de  mettre en place un système de bonus suivant les embauches. (warning : mal cadrée, cette mesure peut favoriser une fois de plus les grosses entreprises qui se goinfrent déjà 9/10e des aides, alors qu'elles ne génèrent que 15% de l'emploi). Il évoque aussi la possibilité de défiscalisation de l'outil de travail (pas du travail, nuance).

Extrait n5 : l'industrie face à la financiarisation mondiale (question de vogelsong).
....et l'éventuelle remontée de cette thématique dans le discours du prochain candidat PS pour l'élection de 2012...

Résumons cette heure de discussion et les pistes qui s'en dégagent (en avant-première du rapport du 8)  :
- Infléchir la fiscalité bénéficiant à la rente.

- Ne pas viser la course aux coûts salariaux mais miser sur l'innovation et la qualité de la production.
- Développer un système de bonus / malus (bonus à l'embauche et malus sur les licenciements boursiers. Là-dessus, j'attends le rapport détaillé).

- Ne plus aider sans garantie de contreparties d'embauches immédiates ou différées.

- Investir (avec incitation de la mise à contribution de l'épargne des français) dans la recherche et le développement, l’innovation, selon des stratégies entre Etat, régions et entreprises, en incitant à mutualiser les efforts des PME.

Intéressant, sous réserve de garanties et d'un contrôle régulier (des aides et de leurs contreparties) et que le salarié n'ait pas à sacrifier quoi que ce soit en échange. Maintenant que j'y pense, nous n'avons pas évoqué la question des salaires et du partage de la valeur ajoutée au désavantage du travailleur, du fait que 87% des entreprises créées cette année n'ont généré aucun emploi. La robotisation et l'autogestion n'ont pas non plus été abordées.

Autre interrogation : les thématiques de la désindustrialisation et des délocalisations pèsent sur l'économie d'un pays et sur son moral, pour autant parlent-elles encore aux Français et au futur(e)  candidat(e) socialiste pour les présidentielles ?  

* * *

[0] un gouvernement dont la ligne d'action se situe dans une zone trouble entre Gala et la note de synthèse mal photocopiée des mémoires de Milton Friedman.

[1] Autres thèmes abordés : l’économie verte désormais ouvertement piétiné par l'UMP ou encore le protectionnisme "à la Todd" que Bourquin voit comme une arme anti délocalisation efficace au niveau européen (ce qui a mon sens a ses limites tant que l’harmonie fiscale et salariale n’est pas assurée. Le dumping provenant aussi de l'intérieur de la zone).

[2] Le  "pessimisme français" est lié à ce double sentiment de déclassement social et de décrochage international, vérifiable à la moindre ballade en hypermarché. A part les voitures, qu'achetons nous vraiment comme production industrielle française ?


Illustrations : 

samedi 22 janvier 2011

[video] Le revenu universel (selon Corinne Morel-Darleux)


Evoqué sur ce blog à la rubrique pistes et alternatives : le revenu universel (ou dividende universel ou revenu de base) serait une somme versée à chaque individu, sans critères d'éligibilité, chaque mois, de sa naissance à sa mort. L'idée fut développée en son temps par André Gorz. Les modalités et les calculs divergent suivant les approches [1]. Je m'y intéresse sur la base d'un constat simple :

1 / Pénurie organisée ou modernisation permettant de plus en plus souvent de s'en affranchir : le travail se raréfie depuis 30 ans. Dans le même temps a été distillée l'idée proprement stupide que celui ne travaillant pas (enfin... celui hors du salariat) est un bon à rien, un inactif donc un nuisible. 

2 / Parallèlement, les richesses s'accumulent pour une poignée d'individus (qui, et vous allez voir c'est ironique, le plus souvent ne travaillent pas. Comme si le manque, la culpabilité, la soumission des uns alimentaient l’opulence décomplexée des autres, fortifiant au passage leur moral(e)). 

Ajoutons à cela la masse de talents gâchés, s'entêtant à s'insérer dans ce rapport de force aussi idéologique qu'économique (vicié et à l'inefficacité croissante) : nous obtenons des populations appauvries, perpétuellement anxieuses et passant à côté de leur vie.  

Je retrouvais mardi dernier, le monomaniaque de la création monétaire, qui vit et respire revenu de vie, Stéphane Laborde, ravi qu’enfin, un parti de gauche, en l’occurrence le parti de gauche, réponde à son appel à la discussion [2] sur le revenu universel.


Corinne Morel-Darleux tempère l’enthousiasme de notre ingénieur. Bien qu'elle réfléchisse avec Baptiste Mylondo au sein du mouvement Utopia à une proposition de loi sur le revenu universel, la secrétaire nationale du PG en charge des questions écologiques (et conseillère régionale Rhône-Alpes) s’exprime en son nom, pas en celui de son parti où la question fait encore débat.[3]

Chamboulant les conditionnements mentaux, le changement de paradigme qu'implique une allocation universelle bouscule aussi bien la gauche (où l'évoquer permet de se faire traiter de libéral, puisqu'elle sous-entend de repenser les prestations sociales) que la droite (où en faire part, réenclenche le laïus sur "l'assistanat du tire-au-flanc").

Voici l'interview vidéo de Corinne Morel-Darleux en deux parties. L'entretien a débordé le cadre du revenu universel et de son application (fiscalité, échéance) pour aborder des thématiques jointes (La VIe république. L'instauration d'"une assemblée constituante" où des représentants du peuple rédigeraient une nouvelle constitution à l'image de ce qui se construit actuellement en Islande. La proposition de loi du PG sur le revenu maximum autoriséL'articulation à trouver entre un Etat fort qui édicte des règles-cadres et sanctuarise les services publics, et de l'autre, l'entrée des citoyens dans les décisions de gestion des biens communs au niveau local...)

Partie 1 :
Présentation / Concept du revenu universel / Quid des minimas sociaux ? / Modalités / Différence entre RSA et revenu universel / Le revenu universel et les mineurs.  12 minutes.


Partie 2 :
Revenu universel et Europe /  Articulation entre Etat fort et société décentralisée / Les monnaies complémentaires. 11 minutes.


"- Qualifier le gouvernement de libéral tout de même, vous y allez un peu fort… "
S.Laborde, 18.01.2011
* * *

[1] S.Laborde veut indexer cette somme sur la masse monétaire émise dans la zone euro. Il y a aujourd'hui 30.000 euros en circulation par individu dans la zone euro (et quelqu'un a visiblement piqué ma part).  Je vous renvoie au site de Stéphane qui a bossé la question (et, au passage, vient de sortir un livre sur la monnaie) ainsi qu'à la fiche Wikipedia.

[2] Les deux partis politiques à avoir répondu jusque-là à nos questions sur le sujet sont Alternative Libérale et le Parti Chrétien Démocrate.

[3] Interrogé sur la question en février 2010, J-L Mélenchon bottait en touche, ne se considérant pas  spécialiste sur ces questions et, craignant la dévalorisation du travail qu'entraînerait ce dispositif.

mercredi 19 janvier 2011

La taxation des plus-values immobilières ?


"L'immobilier, c'est la seule chance qu'ont les classes moyennes de spéculer."
Ariel Wizman, grand théoricien de la transgression, Canal+ 18.01.2011

Certains à l'UMP ont envisagé (un bref instant avant d'être rappelé à l'ordre) de taxer les plus-values immobilières sur la résidence principale pour compenser le manque à gagner entraîné par la suppression annoncée de l'impôt sur la fortune (mesure sociale des mesures sociales tu en conviendras). 

Première surprise, je pensais bien naïvement que ces plus-values étaient déjà taxées. Etant donné le boum du secteur depuis 15 ans, la multiplication des transactions et des opérations entre ceux ayant de quoi se loger, il y avait là de quoi récolter quelques milliards à réinvestir, par exemple, dans la construction ou la réhabilitation de logements pour ceux qui n'en ont pas.

Car, vois-tu, en parallèle de cette flambée des prix de l'immobilier, notre pays est devenu le champion européen du mal logement (avec 900.000 logements sociaux manquants). A la différence de la suppression de l'ISF, la rhétorique des sbires élyséens n'insiste pas ici sur l'impérieuse nécessité de nous aligner sur les chiffres de nos partenaires.

J'apprends aussi que cette proposition n'aurait finalement concerné que les reventes à plus d'1,2 million d'euros. Soit le haut du panier. Et bien figure-toi que Baroin, baron du Budget (qui rajoute 3 euros sur ta facture de portable du gueux à partir du mois prochain) n'est pas emballé.

Dommage, pour une fois, l'idée était bonne. Ici, nous l'aurions même étendue aux strates du dessous.
Nous tenons ici pour responsable du mal-vivre, de l'accroissement des injustices sociales et du chaos économique (cf le léger prout américain du crédit en 2008, ayant emporté avec lui l'économie mondiale) cette course au foncier des classes moyennes, plébiscitée par les banques sous la bénédiction de nos hommes politiques

Tu l'auras constaté si tu es un fervent spectateur d'M6, cette quête n'est plus seulement basée sur le besoin de se loger mais s'articule souvent, "criseTM" ou pas, sur les potentialités de revente (fais le test : c'est l’argument sécurisant - censé justifier tous les sacrifices - qui pointe au bout de 30 secondes de conversation avec n'importe quel propriétaire fraîchement endetté). 

Le citoyen a besoin d'un toit et d'une rémunération correcte, non pas d'une promesse de gain à la revente sur un bien immobilier pour lequel il s'endette salement : une plus-value supposée compenser demain sa stagnation salariale actuelle. Ça s'appelle de... la spéculation, voire de la vente à découvert, bref ces choses écoeurantes que les mêmes reprochent à la grande finance sans comprendre, ou pire, faisant mine de ne pas le comprendre, qu'ils en sont les complices

Tu me diras : "- oui mais avec la plus-value, les endettés d'un jour pourront acheter plus grand, plus tard, sans s'endetter." 

Sauf que, dans cette logique, si tous achètent ainsi, les prix continuent de monter (en générant toujours plus d'exclus de la mécanique) et le propriétaire d'un bien acquis à 2, revendu 4, devra payer 8 pour avoir mieux. Il se retrouvera donc dans son rapport initial de dépendance financière, au terme d'une boucle bénéficiant d'abord au trio des parasites : notaire, agent immobilier, banquier.

Cette idéologie marketing de la "plus-value escomptée du propriétaire" à contaminé les classes moyennes, les détournant d'une action sur leur "baisse de standing" en cours dans tous les autres domaines (salaires, conditions de travail, chômage, destruction des services publics...) tout en maintenant à la hausse la valeur des biens et des placements locatifs défiscalisés des classes moyennes supérieures et autres golden retraités.  Peu à peu (mais pas encore assez vite au gout du Monarque), la France des propriétaires (avec des salariés potentiellement riches mais concrètement endettés) se substitue dans les esprits à celle du travail (avec des salariés concrètement endettés donc captifs et dociles). 

Les prix des logements ont doublé en moins de 10 ans, les salaires ont à peine bougé. Autant dire que les fondements du gratte-ciel foncier sont en béton.

Donc, oui à la taxation des plus-values immobilières. Vu les diverses défiscalisations, les magouilles et les dessous de table qui pullulent dans ce secteur, ça contrebalancera. 

Et tant qu'on y est, taxons aussi fortement les résidences secondaires, les logements vides plus de 6 mois et réaffectons ces crédits à la garantie d'un toit pour tous. Ça n’empêchera pas les riches de posséder toujours plus, toujours plus haut et toujours plus beau (mais au moins, cela profitera aussi aux autres) et l'apprenti spéculateur foncier, payé 1,3 smic, y réfléchira à deux fois avant d'acheter, convaincu de le revendre le triple, son domaine sauce Damido avec un crédit de 100 ans sur le dos. 

Tout ce qui peut décourager les comportements individuels nocifs pour la collectivité....


samedi 15 janvier 2011

La révolution n'a pas été télévisée

Ben Ali s’est barré de Tunisie. Chassé par la rue moins de 24 heures après son allocution télévisée de la dernière chance. Bravo aux Tunisiens pour cette leçon de courage et de détermination, et au passage, une hallucinante soirée sur twitter où nous avons pu constater, par défaut, le côté 56k de l'info télé française.[1] 


La situation est aléatoire et je me garde de pronostiquer quoi que ce soit ou de comparer les évènements de là-bas avec la montée de la contestation dans les pays d’Europe confrontés aux politiques de rigueur, mais je ne peux m’empêcher de tirer quelques constats à chaud : 

-  Le point de départ. C'est un jeune vendeur à la sauvette, diplômé et chômeur, dont la police confisque les biens, qui, se sacrifiant, aura raison moins d'un mois plus tard d'un chef d'état en place depuis 23 ans.

- Le facteur décisif de la montée des prix des denrées alimentaires. A noter que cette année, avec la montée du prix du blé - nouveau terrain de jeu des spéculateurs -, la montée du tarif du paquet de nouilles  est timidement annoncée chez nous.

- La tiédeur des deux grands partis français à condamner la répression sanglante (90 morts) à une heure d'avion, voire le soutien appuyé d’une Michèle Alliot-Marie, Ministre des Affaires Etrangères, allant jusqu’à proposer notre « savoir faire » policier à Ben Ali dans sa gestion des troubles, il y a quatre jours, il y a un siècle. Et, bien sûr, son corollaire : le retournement de veste qui gagnera en ampleur dès lundi chez ses ex-amis. 

- A noter et ce n'est pas rien que la première "cyber revolution" vient du monde du monde arabe (dans un pays aux médias pourtant verrouillés) et que l'islam n'a rien à voir dedans. Voilà qui calmera - pas bien longtemps je le crains - les promoteurs de clichés poussiéreux. 

- Contrairement aux apologistes de l’a-quoi-bonisme, l’exemple tunisien nous rappelle l’efficacité de ce mode de revendication nommé "manifestation massive et prolongée". Ce dernier point ne manquera pas de mettre mal à l’aise les divers régimes plus ou moins absolument pas démocratiques des pays du secteur, mais pas seulement. Les braises du ressentiment chauffent de plus en plus en Europe et dans sa périphérie. Les peuples rechignent à se laisser imposer un destin prémâché à la saveur souffrance (notamment grâce au niveau d’éducation et de l’accélération de l’accès à une information) : on saisit alors mieux l’ardeur, ici ou ailleurs, de nos élites à conspuer un "populisme" "qui joue avec le feu" au moindre mal, social, économique ou éthique (les trois vont souvent ensemble) mis en avant dans le discours public. (Mais aussi à faire peur, brider l'internet et à dégrader le secteur de l'éducation. Apeurer un peuple bête et désinformé est la garantie d'un exercice peinard du pouvoir.)

Cette double attitude de nos élites (molle dénonciation des dérives sanguinaires d’un pouvoir autocratique et virulence à condamner ou mépriser l'expression du désarroi et de la colère populaire) cache de plus en plus mal, soit leur déconnexion totale avec le peuple, soit leur terreur de celui-ci, soit, et c'est le plus probable, les deux à la fois.


[1] Nous avons ainsi apprécié hier soir des portraits des relations franco-tunisiennes sur TF1 et France 2 multipliant les images de Chirac, Mitterrand ou Chevènement mais se gardant bien d'en intercaler une seule de notre Monarque à nous en plein french-kiss avec Ben Ali, et pourtant il y en a de belles et récentes en HD. Je vous conseille à ce sujet, le site de l'Elysée à la rubrique "Tunisie".

vendredi 7 janvier 2011

Pugnace pas pugnace #2 : Radio clash et marmelade [video]

Qu'un journaliste enfile son plus beau survet' pour causer à Jean-Luc Mélenchon comme au dernier des demeurés ne nous étonne même plus. C'est la garantie d'un bon clash radio bénéficiant aux deux parties. Il est en revanche surprenant que le journaliste ne fasse pas de même avec d'autres figures politiques (du genre un peu plus au pouvoir). Surprenant et désolant. C'est vrai quoi, un "me pointez pas du doigt, Monsieur Fillon" en tee-shirt Tokio Hotel aurait sacrement plus de gueule !

Tiens, par exemple, la veille, l'inflexible recevait Michèle Alliot-Marie, Ministre des affaires étrangères. Est-ce le souvenir du licenciement express d'un humoriste (par le précédent employeur de l'incorruptible) à la suite d'un portrait salé du Ministre en question ? Mais nous sommes troublés : la pugnacité de l'interviewer se révélant si... sympa.

Pour la consistance, j'ai mélangé les deux plats :  

Magnanime, sur Canal+, Daredevil nous rassure : 
on peut continuer à interviewer Monsieur Melenchon.

Articles connexes :
- Le précédent épisode.

mercredi 5 janvier 2011

Les experts des 35 heures se lèvent plus tôt que toi


Ta gueule le salarié, t'y connais rien au travail : le boulot c'est le bonheur, travailler plus c'est incontournable et puis tu vas gagner plus (en estime de toi, parce que niveau thune c'est... enfin... mais bon ta gueule.).

C'était, en synthèse, le message véhiculé dans un style mi amphigourique, mi oui-oui t'apprend la vie entre 7h30 et 8h00 sur les ondes de RTL et RMC squattées par le duo Hervé Novelli / Jean-François Copé, respectivement secrétaire général adjoint et secrétaire général de l'UMP. 

Rebondissant sur la polémique lancée sur le dos des travailleurs par Manuel Valls, name-brandeur en quête de gloriole, appelant à "augmenter la durée légale du travail"les deux compères ont prêché la parole libérale, moralisatrice et coercitive, truffée de ses contre-vérités et énormités assénées avec le genre de bonhomie décontractée qui vous ouvre désormais, avec vaseline et tapis rouge, la porte des médias. 

Sujet de l'offensive : en finir avec les 35 heures. Merci Manu d'avoir respecté le timing de cette campagne de promo, avec ta super bande-annonce. Il est vrai que si tu avais conclu (sur la base des statistiques de l'OCDE et d'Eurostat en 2009) que les français travaillant plus que les allemands (que tu prends pourtant en exemple) avec une productivité horaire supérieure (preuve qu'ici la thune va ailleurs que dans la poche du travailleur) en rappelant qu'il y a, au minimum, dans chez nous 5 millions de chômeurs, et qu'il nous faudrait donc plutôt passer aux 32 heures : ta vanne aurait probablement eu moins d'écho.

Revenons à nos experts de droite en gestion morale de l'effort d'autrui.

7h40. Hervé Novelli sur RMC. Incompétence, obsolescence mentale et ravissement permanent : Novelli, c'est le Geo Trouvetou de l'UMP. L'auto-entreprise, c'était déjà lui[1].  Il a été mandaté, avec Gerard Longuet, par Jean-François Copé pour prendre la tête d'un comité de réflexion cherchant des pistes pour mettre fin aux 35 heures. 

Novelli décline l'argumentaire standard : il faut qu'il y ait débat et, qui dit débat dit solutions. Ça tombe bien, il est là pour ça. "Aujourd’hui, il y a 22 milliards d’euros par an d’allègements de charges » payés par l'Etat en compensation pour les entreprises qui "représentent une perte de compétitivité pour l'économie française". Vu que la France est un des pays les plus productifs du monde voire le plus  productif, c'est que le problème de la croissance doit se situer ailleurs, non ?  On connaissait la propension de la droite pour prioritairement financer les milliards de cadeaux fiscaux accordés au Medef grâce à la ponction sur salariés, voici son autre variable d'action face à la baisse du pouvoir d'achat du salarié. Ne pas lui faire perdre ses journées à dépenser un argent qu'il ne gagne pas, en le consignant plus longtemps au travail. CQFD.

HERVE NOVELLI
« - On va faire un certain nombre de préconisations. Ce que je souhaite, c'est l'idée de relancer le dialogue social en France. Et que dans les entreprises et les branches on négocie. Ça se fait quasiment partout en Europe, voila la réalité. Ce ne sera plus une durée légale mais une durée conventionnelle » 

La droite aurait soif de "dialogue social" ? En décodé : elle veut faire sauter le dernier verrou (avant le salaire minimum, l'autre barrière). Éclater la norme commune. En finir avec la durée légale, non pas tant pour la durée en question, (dans moult secteurs, on ne compte plus en heures, mais en objectif - d'où la multiplication dans mon entourage des "cadres" sur-stressés à 1800 euros qui touchent 20 euros de prime pour 120.000 euros de CA généré -) mais, sur fond idéologique de mérite au travail, pour diviser les corps de métier, isoler le travailleur (auquel on ne cesse de répéter qu'il lui faudra sans cesse changer de métier, se réinventer, travailler de nuit et se délocaliser pourquoi pas), éparpiller les traitements et empêcher les conditions d'union dans la réaction (chacun s'accrochant à son cas particulier). A noter la similarité avec l'auto-entreprise : chacun devient le concurrent de l'autre, tous béatement épanouis par un labeur acharné le plus prenant possible au niveau horaire et transport, le plus longtemps possible au niveau des années. Dans cette optique, le salaire compte moins que l’effort pour en décrocher un. No pain, no gain. Ce que Copé confirmera par la suite. Gérard Longuet annonçait déjà la couleur en décembre dernier, en déclarant au Monde qu'il fallait que le salarié français travaille plus pour le même prix (et bref que c'était ça ou sortir de la zone euro : ce qui est supposé me terrifier).

Dans cette vision neo-con, tes heures supplémentaires ne seront plus payées en tant que telles et tes RTT "seront progressivement apurées" comme l'esquisse pudiquement un Novelli auquel Jean-Jacques Bourdin rappelle qu'il a peut-être un chouilla oublié "le salarié" dans son équation des winners.

Novelli s'en tape. Quand on lui parle "salarié", il répond économie pour "le contribuable" (on est à l'UMP merde, le parti des golden-retraités et des rentiers, bref une confrérie idéologique où dirigeants et électeurs ont bien saisi, pour eux, les bénéfices à tirer du travail des autres). 

Hervé Novelli précise que la nouvelle durée légale ne pourra pas dépasser le plafond fixé par l'Union Européenne de « 44 heures » par semaine. Comme Novelli a précisé que sa redéfinition de la durée légale  suit le "mouvement" global de l'UE, voila qui laisse le champ libre pour d'autres améliorations si un des pays opte pour les 70 heures.

Voilà qui doit ravir le salarié sur le chemin du boulot (mais un opportun sondage nous certifie qu'il est heureux ainsi). Au cas, où il n'aurait pas emmagasiné les conditions pour son émancipation améliorée, Jean-François Copé passe la deuxième couche cinq minutes plus tard sur RTL.

Reprise de l’argument d’inéluctabilité d'"il fallait qu'il y ait ce débat" et du poids pesant sur les finances publiques. Notons au passage l’élément de langage de la matinée : "l'Etat paye pour travailler moins et pour travailler plus" (tandis que la salarié, ce gros feignant, lui, se tourne les pouces). Rappelons à toutes fins utiles qu'un 1 français sur 2 n'a pas le luxe de gagner assez pour payer des impôts sur le revenu (et que là dedans il y a un paquet de salariés) et qu'au pays des "contraignantes" 35 heures, il est de moins en moins rare de se voir offrir un contrat de travail de 8 heures ! 

Copé s'en tape aussi. Reprise du "c'est intenable pour les entreprises car cela leur coûte en com-pé-ti-ti-vi-té". Je te renvoie aux statistiques du dessus : c'est faux. Et suivant cette logique, quelle serait la prochaine étape ? Va t-on devoir aussi s'aligner sur le salaire minimum chinois dix fois inférieur au nôtre ? L'hypothèse a déjà ses adeptes chez la crème des penseurs français, Jacques Séguela et Pascal Negre.

Copé décline sur l'axe moral du travail et compare "la question" (tellement tabou qu'on en parle sans cesse) des 35 heures avec celle de la burqa (bien que dans la façon de ramener un faux problème sur le   devant de la scène, il y ait une certaine similitude). 

JEAN-FRANCOIS COPE
"- C'est [les 35 heures] intenable pour le mental de notre pays car cela donne un rapport au travail qui est aussi à intégrer dans les explications que l'on pourrait donner sur le sondage sur le moral et sur le pessimisme des français pour le pays. Cela veut dire que lorsqu'on est plafonné sur la perspective du travail, on ne voit pas l'avenir de la même manière."  

En philosophie néo-libérale, ton pessimisme  (là où tu es joyeux d'aller au boulot dans un autre sondage, va comprendre) n'est pas dû à la stagnation de ton salaire, ni à l'envolée des prix et des taxes, ni au dynamitage de ta retraite, ni même à ton absence totale de revenus pour cause de gros chômage chronique, mais bien au fait que tu ne turbines pas assez au boulot.  Quant à la deuxième partie de la phrase, je ne peux, à titre personnel, que confirmer : sortir du salariat (paradis de l'empapaouatage) te rend plus heureux. 

JEAN-MICHEL APATHIE
"- Est-ce qu'on peut envisager de demander aux français de travailler plus sans les payer plus, au même salaire ?"

JEAN-FRANÇOIS COPE
"- A moyen terme non... A court terme, c'est inéluctable." 

Oui, tu as bien lu. Nous entrons dans une nouvelle dimension de l'UMP (sonde test d'un possible argument de campagne pour 2012) : celle du travailler plus pour gagner moins. Rien de neuf, si ce n'est que c'est totalement assumé. C'est aussi ça la droite décomplexée. Et pourquoi ? C'est simple, Copé lâche l'argument exogène et indiscutable, supposé dessiner une perspective de sortie alors qu'il est juste le prétexte du double exposé matinal :

JEAN-FRANÇOIS COPE
"- Je pense qu'aujourd'hui, la crise mondiale commande qu'on aille plus loin"

Et Apathie de conclure...

JEAN-MICHEL APATHIE
"- On parlera des 35 heures toute l'année 2011."

Enlevé c'est pesé.
A gauche comme à droite, cette "fin des 35 heures" est d'abord une opportunité pour les challengers de faire parler d'eux.  Il reste stupéfiant que des "ténors" socialistes peinent à revendiquer que la diminution du temps de travail est le dernier véritable progrès social français, une conquête logique, pour un pays arrivé à un niveau de développement qui permettrait à ses citoyens de, théoriquement, vivre décemment. 

A droite, ce martèlement du "toujours plus loin" sur fond de "shock doctrine", aussi grossière soit-il, doit alerter. La remise en cause des 35 heures n'était pas au menu du Monarque, pas plus que ne l'était il y a 3 ans, la réforme des retraites.  

Pour le reste, il va falloir en finir avec ce mythe persistant, au pays de Candy comme dans tous les pays, prétendant que l'augmentation des heures de travail accroît la richesse du salarié. 

A titre d'exemple, le travailleur grec bosse à l'année 25% de plus que le Français est sa situation économique est si resplendissante... qu'on lui demande de travailler plus pour encore moins.

Manuel, Hervé et Jeff connaissent pourtant le préambule du "que sais-je ? le monde de l'entreprise" : faire du profit, dégager de la marge.  Si tu n'as pas de loi pour contraindre cette logique, le travailleur finit par bosser 90 heures par semaine pour un quinzième de smic. 

Travailler plus ne garantit qu'une chose : travailler plus.

* * *

[1] foirage gouvernemental vendu comme un succès. D'un point de vue idéologique la chose a d'abord fait mouche puisque, sur fond d’appât du gain, elle visait à détruire cet attachement caduque pour ses droits qu'à le salarié de ce pays, véritable empêcheur de profit. Malheureusement, là-aussi, le pognon n'était pas au rendez-vous.

Le pearltree : Valls redécouvre l'anti-35heurisme :
Valls redécouvre l'anti-35heurisme

lundi 3 janvier 2011

Au bon bug


Les Français dépriment. Cette année va encore moins leur rapporter et coûter plus. Alors, pour se remonter le moral, et parce que c'est tellement la fiesta ce réveillon qu'il faut que j'envoie un texto à Tata, le 1er janvier 2011 à 0h01 : ils échangent des voeux de bonheur et de prospérité sur leurs intelligents-téléphones dernier cri.

Des smeusses quoi. 

Smeusse : message à orthographe criminelle.  A coût quasi nul pour l'opérateur, lui permettant de dégager de très belles marges.

Si la confusion règne d'une rédaction à l'autre sur le nombre final de smeusses envoyés il y a 3 jours (400 millions et des brouettes, chiffres fournis par les opérateurs), une chose est sûre : la nuit de la St-Sylvestre est toujours juteuse question facturation de smeusses.  Cette année, c'est le jackpot. 

Le 2 janvier, un opérateur à tête d'agrume annonce qu' « un bug » lui est tombé sur la tête.

Bug : Mot gentiment effrayant. Permet en trois lettres de synthétiser la fatalité d'une technologie trop compliquée pour les manants en un "c'est la faute à pas de chance."  

Ce "bug" a provoqué la multiplication des envois de smeusses (en 40 exemplaires pour certains, cumulés en memeusses - variante du smeusse avec photo du petit dernier) et (parce que la technologie de la compta, elle, est heureusement infaillible) des facturations clients. Je passe les détails, mais nombre d'abonnés se font facturer à répétition des memeusses pour l'envoi d'un seul smeusse ou bien se retrouvent "hors forfait de plus de 300 euros" en quelques minutes. 

J'imagine que si j'étais "stratège technico" chez un opérateur téléphonique - le dieu de la 3G m'en préserve -  j'aurais anticipé un tantinet l'évènement en sécurisant l’infrastructure. 

(Sobriété. Au Figaro, on a d'abord pensé à titrer : "Les factures des clients Orange explosent à cause de l'envoi d'un smeusse" mais ça cassait l'ambiance des fêtes et le contrat sponsoring du talk-show maison.)

Tant qu'aucune plainte n'est déposée, aucune enquête n’est initiée sur cette surfacturation massive    estampillée « bug » par la compagnie à qui profite l’épisode (et en rejette la responsabilité sur d'autres). 

Dans la presse, aucune interrogation n’est émise sur l'incongruité d'un "dysfonctionnement majeur dont l'opérateur est pleinement responsable" (c'est comme cela que, dans le doute, on baptise les « bug » ici) survenant dans une période où l'on sait qu’il y aura un pic d'envois de smeusse (alors qu'on en parle depuis des jours).  A croire que c'est encore un peu les vacances et / ou que l'opérateur concerné est un annonceur de poids. A croire que la répétition depuis deux jours du "chiffre record" (mais bien flou) de smeusses envoyés le 1er janvier suffit à expliquer qu'un opérateur téléphonique les achemine en quintuple au moment précis de l'année où son réseau à le plus de raisons d'être saturé.

- Mais vous cherchez toujours la petite bête Monsieur Musset[1]. C'est la "pagaille" point. C'est comme ça :  en France, précipitations et abondance expliquent tous les dérapages.

Communication de crise parfaite. L'opérateur à logo d'agrume annonce que les smeusses clonés (soit un beau paquet de pognon) seront remboursés (un jour) et passe pour un bon samaritain, en esquivant les raisons réelles de cette "pagaille" à l'arrière-gout prononcé de gros foutage de gueule : au choix, son incompétence ou son opération "gonflons un peu notre chiffre d'affaire cet hiver avec les smeusses des abrutis du 1er".[2]

(Victimaire. A la rédac du Parisien, on a d'abord pensé a titrer "Orange, victime de ses clients qui envoient trop de smeusses" mais c'était trop proche du Figaro.)

Rappelle-toi. 

Nous avions récemment évoqué l'escroquerie institutionnalisée comme signe distinctif de l'époque. 

Bienvenue en 2011.

Bonus de circonstance : Smeusse operator.


[1] le lecteur fidèle se souviendra que nous avons expérimenté une "bug storyétrangement similaire lors d'une réservation en ligne. 

[2] Les organismes tablent souvent sur le découragement du client lésé face à l'inertie des services et de ses hot-lines délocalisées en Albanie ainsi que sur l'impossibilité, entretenue par l'état, d'entamer une action collective.