samedi 29 mai 2010

La bulle immobilière revient ?

Depuis quelques jours souffle un vent de folie immobilière dans les médias. C'est "la reprise de l'immobilier", les prix s'envolent à nouveau, + 3.8% sur le trimestre en île de France. Et le reste du pays suivrait. "C'est le moment d'acheter" dit le notaire.

Comment dire... Moi si un notaire, cerise à 7% sur la pièce montée, saveur banane, du bonneteau des blousés (composé pour mémoire de l'escroc banquier, de son parasite l'agent immobilier et de son indispensable farce le blousé) me répète sur toutes les chaînes que c'est le moment d'acheter : je me méfie.

En version décodée : Il y a eu méchante baisse des transactions et donc des prix en 2008 et 2009. Elle a déjà bénéficié en toute logique à ceux disposant, sur le champ, de blé : d'où "reprise".

Elle est visible à Paris, le cas me préoccupant, au fil d'une balade en son centre. On y constate depuis le début du printemps un total contraste avec la situation d'il y a un an :

- Les pancartes "A vendre" sont remplacées par "A été vendu par".

- L'explosion des ouvertures de commerces à la con, sans études de marché, et de bars "branchés" jusque dans des coins sans habitants (le quartier cher et désert étant une spécialité parisienne). Point positif : vu l'augmentation délirante de la concurrence des troquets, le cours intramuros de la chopine de Pelforth va baisser.

- Une multiplication des travaux de rénovation ou d'agrandissement de petites surfaces (investissements locatifs visant les étudiants dorés ou touristes thunés [1]) et de moyennes passant à grandes (jouissance personnelle du CSP+ ou golden-retraité requinqué et conquérant que la crise, le chômage ou même "la réforme des retraites" n'auront que marginalement affecté).
Alors qu'ils devraient être taxés pour interminable pollution sonore, ces chantiers bénéficient d'une réduction de TVA à 5.5% et leurs instigateurs, "La France des propriétaires", d'une ribambelle de défiscalisations carabinées. [2]

- Les investissements étrangers de type "pied à terre". Brésil, Russie, États-Unis. Avec la baisse de l'Euro, cette tendance devrait se renforcer.[3]

L'humilité des agents immobiliers aura donc été de courte durée. De novembre 2008 à juin 2009 pour être précis. Une époque durant laquelle, à peine le fangeux candidat à la location franchissait-il le seuil de l'officine bardée d'offres en souffrance que l'agent immobilier, surpris en plein solitaire sur son LCD ou comptant pour la troisième fois ses post-it à proximité des postes abandonnés de ses collègues licenciés, lui serrait la main avec un sourire niais avant de lui offrir un presnesso et d'ajouter :

"Je suis d’accord avec vous : On a vraiment abusé ces dernières années mais on n'y est pour rien, c'est le marché. "

Résumons...

Un gel des transactions l'année passée sur fond de crise puis le retour des investisseurs et des riches qui ont fait leur marché "à la baisse", puis celui du haut des classes moyennes qui ont investi dans l'immobilier "par sécurité" en bénéficiant d'une cascade d'exonérations fiscales (voir le schéma des investissements Scellier ci-dessous) et enfin une saupoudrée d'acheteurs étrangers : voilà donc sur quels fondements déconnectés de la réalité des revenus réels de l'écrasante majorité des français s'explique la "reprise" du marché de l'immobilier parisien[4] et, dans des dosages différents, national.

(Capture par Esprit-riche.)

Maintenant que les bonnes affaires sont faites, "la reprise" est aujourd'hui annoncée par des notaires dans une presse où l'on retrouve en tête des annonceurs banquiers et agents immobiliers bien décidés à ré-endetter, avec la carotte du "taux d'intérêt historiquement bas", leur fond de roulement traditionnel : les classes moyennes qui moulinent, assoiffées de standing.

Si 2009 fut effectivement une bonne période pour celui qui alignait le cash sans sourciller, celui qui en a un peu, voire beaucoup, moins en 2010 veut aussi en croquer, comprendre "acheter plus grand" (N.B et c'est important : cette histoire concerne essentiellement ceux qui possèdent déjà un logement dont le remboursement n'est pas terminé.)

D'après quelques observations de terrain, je constate que les barrières anti-baratin sont à nouveau grandes levées :

BARBACREDULE
- "tu te rends compte chéri c'est une bonne affaire"

BARBABOURGETTE
- "C'est clair."

Toutes ces pubs à la télé et Papamaman qui jouissent de leur(s) bien(s) immobilier(s) dont ils se sont acquittés sans douleur grâce à l'inflation des salaires dans les années 70 : ça stimule l'appât du luxe et d'émancipation (par le crédit sur fond de "PV garantie") de leurs enfants fauchés, désespérés, soumis et frustrés déclassés.

Les charges explosent ? Pas grave. L'inflation promise mais mon salaire qui stagne ? Sans Souci. Le chômage parti pour accélérer sa "tendance à la stabilisation" et son corollaire, le chantage à la productivité ? Don't worry. Ça va durer 10 ans, je m'endette sur 20 et je paye d'abord les intérêts ? Be happy. Les taux vont remonter (et donc.... les prix des biens baisser) ? No problemo. L'augmentation des impôts (on ne t'as pas dit, IL va mentir sur ça aussi). T'es négatif ! Les golden-retraités ne sont pas éternels et masses de biens vont se retrouver sur un marché des prochaines années dont j'ai du mal à concevoir qu'il s'oriente alors à la hausse. Peu importe...

les voisins sont à la fête : la bulle immobilière revient !


Articles connexes :
- Stiglitz, la crise et les bulles
- La triplette de belle-vie
- Elle avait les yeux revolving
- De plumeur à plumé



[1] De plus en plus d'agences immobilières organisent ce commerce en coulisses via une offre sur internet exclusivement tournée vers la clientèle étrangère. Ça réduit les frais : pas de visites. Ça réduit les risques : tout est payé à l'avance. Ça maintient la côte à la hausse : A 100 ou 150 euros la journée à tarif "hôtel", on explique mieux les 2000 euros / mensuels affichés à la location pour un 30m2 dans certains quartiers.

[2] Aucune pitié pour les gouvernements successifs qui ont laissé s’installer par clientélisme, les aides aux proprios renforçant les inégalités au détriment des revenus les plus modestes.

[3] pas étonnant dans une ville qui mise tout sur son rayonnement international en piétinant les réalités de ses habitants et de sa main d'œuvre qui vient quotidiennement, en RER tape-cul aromatisé à l'aisselle tiède, des coins de plus en plus reculés de l'Ile-de-France.

[4] J'espère que, dans cette période de taux bas, La Mairie de Paris aura massivement acheté de l'immeuble pour en faire du logement social. Ce n''est pas avec une piste cyclable sur les voies sur berges que l'on va faire revenir les familles et les classes moyennes dans la ville musée.

mercredi 26 mai 2010

Les retraîtres


Au petit bonheur le bulldozer. Tel est le rythme du gouvernement pour faire rentrer dans la tête du client à bulletin de vote que les jours heureux de la grosse glande socialo-bolchévique sont finis et qu'il n'y a pas d'autres options que de bosser bien au delà des 60 ans.

Christophe sur Peuples.net [1] dit 70. Veinard va. Allons plus loin. Au regard de la tronche du marché du travail depuis 30 années, avec nette décrépitude les trois dernières, au regard de ma petite expérience qui dure, n'ayant jamais cumulé plus de deux mois au même poste, de celle de mon entourage balloté de stages en piges obscures, je crains que l'échéance ne soit encore plus éloignée.[2]


Jour après jour, l'Union des Marteaux Pilon réitère ses assauts même désordonnés de sa rhétorique sans retour avec atomisation d’alternative par soupir incorporé, histoire de bien modeler entre deux épisodes des experts le fatalisme des "classes moyennes" de 30 à 55 ans (dont la docile soumission - voire l'active collaboration - est le véritable enjeu de l'histoire).

Le vrai débat à avoir n'est pas sur les retraites de demain mais sur le travail d'aujourd'hui : sa disparition, la dégradation de ses conditions internes, la précarisation devenant son corollaire. Mais notre gouvernement ne s'attarde pas dans un domaine où il est éminemment mauvais. Ce n'est pas avec des chômeurs, fussent-ils 5 millions, que l'on engraissera les caisses des assureurs privés et que l'on rassurera "lémarché".

"Le problème des retraites" n'est pas une question d'argent : "Il y en a".

- suppression de la dizaine de milliards d'exonération de cotisations sociales aux entreprises.
- rééquilibrage de la part des profits qui a glissé du salarié aux actionnaires (120 à 170 milliards par an)
- taxation des flux financiers, stock-options, retraites chapeau, l'intéressement. (on doit bien pouvoir sortir quelques milliards là non ?)
- fin des niches fiscales représentant 70 milliards de manque à gagner par an.

Nous en avons parlé ici et . Dans l'esprit des néo-cons qui veulent "sauver les retraites", elles doivent disparaitre.

Simplement, on ne peut pas faire comme ça, il faut y aller par pallier. L'électorat gériatrique favorisé à retraites épaisses, nains de jardin et discours culpabilisant sur ceux qui ne travaillent pas assez s'affolerait.

Notre gouvernement a une mission, nom de code Retraites2010, consistant à persuader le client à bulletin de vote :

- qu'il y a un problème des retraites.
- que la solution c'est de prendre sur lui (on l'assomme de statistiques sur l'espérance de vie prévue en 2050, calculée sur des constations de 2000, conséquences de l'abaissement de l'âge de la retraite à 60 ans décidé en 1983.[3])
- que de toutes les façons, comme il est intrinsèquement feignant, même avec une réforme "courageuse et responsable" cela ne suffira pas.

...tout cela afin que le client songe [de lui-même parce qu'il a fait l'académie de l'imagination section Vu à la télé] à cotiser à une complémentaire privée qui va vite devenir principale. Vous savez de celles dont les publicités s'intercalent à chaque page des dossiers "réformes des retraites, ce qui va changer" qui pullulent ces jours-ci dans les magazines d'eco et de société.

Ici, valeurs actuelles de mars dernier, nous touchons au sublime : Pour assurer leur retraite (c'est le thème du dossier) ll est conseillé aux jeunes actifs d'investir dans le secteur du "vieux", c'est juteux.

Changements notables depuis deux mois :

- L'intensification des saillies verbales de l'état-major d'un monarque misant des masses sur "succès" de la réforme contre son peuple qu'il croit bon pour sa réélection jusqu'à la mise à mort d'hier par le fossoyeur en chef.

- L'austérité sur les lèvres de chaque européen. Rigueur effective ou anticipée qui, terrorise, et joue finalement pour le camp de ceux qui veulent nos biens.

- La contribution renforcée des médias à la propagande du bon sens près de vos sous [4]. Même que l'UMP "brise le tabou" de demander aux plus riches de participer (lesquels ? comment ? combien ? combien de temps ? Nul ne sait.)

(ceci n'est pas une publicité.)

Il s'agit de nous faire renoncer. C'est ainsi, pas autrement : La terre est plate, la poule fait l'œuf, la droite pond le progrès. Le reste n'est que broderie, soliloques pour saouler les loques avec minuteur calé sur les résultats des bleus à la world cup histoire que l'empapaoutage général des travailleurs isolés se dissipe dans la moiteur au Co2 des départs en congés payés.

- "Tiens d'ailleurs Grand-Papa, kikiles a décroché les congés payés ?"

- "Ta gueule Mafalda et remet le CD de Johnny de mon super auto-radio-gps-boiteàviagra-lecteur dvd payé cash avec les loyers perçus de la studette que j'loue au prix du caviar à du jeune précaire.
"

La fin des retraites n'est qu'une étape. Suivent santé, éducation... bref tout ce qui de près ou de loin une "charge" pour l'état, qui lui permet de mettre la main sur vos derniers sous en souvenir d'une "solidarité" dont il a racheté pas cher la concession collective sur fond d'individualisations de vos intérêts (à 4,2% sur trente ans, hors assurance). Les acquis du CNR (votés alors que La France était dans un état bien pire qu’aujourd’hui) entravent honteusement la bonne jouissance de ceux qui possèdent presque tout et qui veulent encore.

Tablant sur la peur et piétinant l'espoir, les traitres à leur service opèrent avec constance et réactivité, tournant la moindre déconvenue à leur avantage en accablant la crise, l'opposition ou la faute à pas de chance.

Naomi Klein en avait parlé. Dommage que le client à bulletin de vote lui préfère les jeux de télé réalité où il est question de sacrifice et d'humiliation pour gagner du blé.

Là-dessus, plus de dilemme, pas d'équivoque : la démocratie leur a servi de marchepied pour nous dépouiller.


* * *

[1] Je te conseille les articles de Christophe sur peuples.net qui n'a pas ménagé ses efforts pour décortiquer la prose éreintante du gouvernement (élu par et) visant à l’usure des cerveaux.

[2] A vrai dire, si je poursuis la dynamique professionnelle actuelle à orbite marginalo-stationnaire, je toucherai mon premier solde à l'orée de mes 147 printemps. Mais j'espère bien que d'ici là, la solidarité aura pris le pas sur le chacun pour soi. Comme disait, feu, J.Marseille injustement tombé avant la retraite : "que vive l'utopie ...sinon tant pis !"

[3] A ce sujet, je te renvoie à cette intervention filmée de Gérard Filoche sur la réforme des retraites.

[4] Un jour de la semaine dernière, flânant sur le boulevard en sifflotant du Nana Mouskouri, je tombais nez à nez sur la publicité pour l'édition quotidienne du Monde placardée contre un kiosque. Ne disposant d'aucun gadget de prise de vue portatif, je ne peux que t'en faire le descriptif : En haut de la page A4, c'était marqué Le Monde. Sur les trois quart restants, était inscrit en polices grasses un imposant "Réforme des retraites : TRAVAILLER PLUS". Le Monde progresse : ainsi synthétisés, ces editos gagnent en clarté.

...et le pearltree sur "la bataille des retraites 2010" :


illustration : Diego_3336 / flickr

lundi 24 mai 2010

A bas les blogueurs !

Après l'apéro qui fait peur aux trop poussièreux pour être honnêtes, voici la nouvelle tentative d’intox législative pour brider la liberté d'expression en ligne : Le projet de loi Masson sur l’anonymat des blogueurs.

Authueil souligne que le sénateur est "habité" mais 2012 approche et ce projet ne dissone pas dans la ritournelle sans imagination d'une majorité présidentielle plus trop populaire, tendant à contraindre tout ce qui la contredit.

Selon le projet de loi de JL Masson, le blogueur devrait publier sur son site son identité, son adresse et son numéro de téléphone. Le régime juridique du directeur de la publication lui serait appliqué avec responsabilité pénale identique à celle des pros de l'info (mais pas avec le même budget pour se défendre) etc… C’est la mise à mort théorique de la plupart des blogueurs ayant choisi de s'exprimer sous pseudo pour des raisons professionnelles, souvent justifiées, le bloguage (euh...bloguing) ne nourrissant pas son homme [1].

Théorique seulement… Bon courage au Masson de la toile d’un pays B pour agir sur un hébergeur basé dans un pays C utilisé par un rédacteur postant ses billets depuis une boite mail située dans un continent D.

Plus inquiétant, cette constance crasse de nos élus dans la méfiance envers internet. Quelle étape franchiront nos "progressistes" lorsqu'ils réaliseront, pour ce type de loi ou la risible Hadopi, que leurs pataquès à fliquer internet sont inefficaces ? La descente de police pour que l'internaute présente les papiers du film qu'il visionne ? Le flag' de bloguing (euh... bloguage) anti-monarque ? Le couvre-feu des sites ? Le code du surf ? Un réseau social à points ? La ré-instauration du minitel ?

J’imagine que si cette loi ou une autre est votée, quelques blogueurs seront jetés en pâture pénale pour des broutilles par des seconds couteaux en service commandé. La justice n'est souvent pas une question de cause mais de porte-monnaie [2]. Le prétexte importe peu et tout procès est possible pour celui qui veut nuire et intimider, et qui dispose du budget pour faire durer.

Ne serait-il pas temps que les blogueurs se fédèrent pour assurer leur défense l'heure venue ?

Car, avec ces "progressistes" et le machin à pondre des lois dont on leur a confié les clefs dans un moment de paresse, l'heure viendra.


A consulter : droits et devoir du blogueur par Reporters Sans Frontières

[Update : L'interview de JL Masson sur le blog de JCDR.]

ci-dessous : le pearltree de Yann Savidan sur le sujet :



[1] ce sont les blogueurs qui devraient être protégés par la loi et rémunérés pour leurs analyses surnageant pour certaines dans l'océan du consensus. Ce ne sera visiblement pas sous cette législature là.

[2] voir mon [1]

samedi 22 mai 2010

Attention... ça tourne


"- Tu comprends JM la sécurité c'est une question d'ambiance, pas de sécurité. "

Malgré leur absence de badge et les portiques magnéto 7500 pour entrer et sortir du QG de Kleenapur, Fred (l'assistant-réalisateur) et JM (l'assistant de l'assistant), affectés par restriction budgétaire au colportage du matériel de tournage, s'infiltrent à trois reprises dans les étages climatisés et silencieux du building aux vitres teintées, en passant le plus simplement du monde par la zone de livraison des porteurs d'eau, dépanneurs de photocopieuses et autre petit personnel de la rue de derrière.

Au siège de la multinationale tentaculaire qui de la poubelle à la chasse d'eau contrôle flux collectes et tarifs dans ses concessions d'état, le sous-effectif aussi est roi. : Des vigiles, quelques cadres échelon Mariton, des cheftaines et des exécutantes qui courent dans les étages en serrant des dossiers via les escaliers en marbre ou les ascenseurs dorés qui fredonnent du Stevie Wonder à la flute de pan, le balais incessant des techniciens de surface et opérateurs de sanitaires, blasés en blouses bleues qui briquent pour les barons. A ce niveau de rémunérations, l'étage aux king de la grande aseptisation mondiale qui font la une des magazines d'eco, faut que ça bling.

Dans une salle du level "privilèges" avec domination sur la capitale, Fred règle la caméra mp7 très-très-haute-définition. "C'est pour mieux faire capturer l'émotion" blague Tony, réalisateur en auto-entreprise, alors qu'il termine son Presnesso puisé à la source d'une de ces machines à arabica encapsulé s'intercalant tous les dix mètres dans les couloirs entre les affiches déclinant le concept phare de la maison mère suivant la culture des peuplades locales :

"Lessiver la planète est la plus limpide des entreprises."

Fred aménage la salle 41 en plateau de tournage. Il tend l'austère teinture beige en guise de décor et dispose les nombreux éclairages pour justifier du budget.

Les 2 caméras TTHD sont équipées d'un petit filtre ambré, mode éclairage à la bougie. Sur les consignes de Tony, Fred ordonne à JM de disposer une boite de mouchoirs, estampillés Kleenapur, à portée de main des interviewés.

Six assistantes de direction et chargées de communication, Rebecca, Brigitte, Eva, Caroline, Natalhie et Sophie, superviseront les interventions des I.T.V (intervenant témoins vérité). La progression de carrière du pack des six belles se joue en partie sur le retentissement de l'opération "Gare à nos gars".

Tourner au siège est un choix de production. Cela restreint les fuites et renforce le sentiment chez l'I.T.V qu'on lui fait confiance, qu'il est de la famille.

Telles furent les consignes de Rebecca au dernier brainstorming : « Nous avons encore bien trop de morts et d’accidents graves. On est dans les clous selon les directives européennes et en plus des amendes, c'est fâcheux en interne pour le moral des salariés. C'est un facteur de désordre et, nous l'avons constaté dans chacune des unités affectées, de baisse de rendement dans les jours suivant l'accident. Sans évoquer l'image désastreuse pour Kleenapur en cas de médiatisation. Ce film de sensibilisation à la sécurité, tout en insistant sur le côté maternel de Kleenapur doit responsabiliser le salarié dans le cadre du renforcement de nos procédures."

Pour Tony le tournage est un petit à côté bien juteux entre deux saisons de Supplice Story, la real-tv qui défie tout sur la TNT. Et puis surtout "je me sens bien dans cet environnement féminin" songeait-il en matant les courbes arrières de la chef de projet alors qu'elle balançait sur le tableau tactile les statistiques des mutilations pour août 2011 :

" - Décapitations + 12%. Même si le nombre d’accidents a diminué. Ils sont de plus en plus violents. "

Retour Salle 41. Le plan de tournage du matin est simple : Récupérer à la pelle à pleurs les confessions d’une sélection européenne d'éclopés des filiales de la compagnie qui arrose et récupère.

Tout l’organigramme de Kleenapur passera au confessionnal vidéo comme dans le show de Tony : Des I.T.V arrivés de tous les coins d'Europe avec deux heures d'avance pour témoigner de leur tragédie au discours "nous sommes tous frères et partenaires mais chacun son salaire" du PDG, arrivé en parachute à lingots avec une heure de retard du bureau d'à côté, en passant par le sempiternel panachage des tonalités compassionnelles et sur-jouées des bourreaux-suce-derche du management.

Faites entrer l' I.T.V .

Denis de Dieppe, 45 ans et 22 ans de boite, pénètre ému sur le plateau généreusement garni en éclairages . Sophie, l'une des six femmes, l'accompagne en lui tenant jusqu'au tabouret, cible des caméras.

Après l'avoir questionné au 800 watts dans la tronche sur sa fonction à l'usine de retraitement des déchets de Pave-les-Coquelicots, Tony resserre son sujet :

TONY
" - Alors Denis que s'est-il passé ce 13 mars 2002 à 16h12 ?"

DENIS
" - J'ai merdé. Tout ça, c'est de ma faute.... J'étais pressé, j'ai fait ce geste que je fais tous les jours. Ça s'est joué à une demi-seconde. Je n'ai pas attendu que le plateau soit complètement redescendu dans le chaudron. J'ai trébuché et j'ai repris mon équilibre sauf que mon pied était entrain de fondre dans le four à 3000 degrés. La douleur, je vous en parle pas. Ma botte s'est mélangée avec la peau. Mais j'ai eu du bol. Un collègue m'a sorti de là et les urgences ont vraiment été efficaces. Kleenapur à toujours été là pour moi. Au bout de 18 mois de convalescence, ils m'ont repris. Maintenant, je travaille à la supervision des gars comme moi."

Jusque là tout va bien. Le script est respecté.


Au même moment, sur les lieux de l'accident est tournée une reconstitution avec, dans le rôle de Denis, un comédien du cours Ronflant. Idem pour chaque ITV. Tony voulait de la 3D comme dans Avatar mais Rebecca lui a dit qu'il avait tort : "- Tony j'te rappelle qu'il ne s'agit pas de publicité, le film n'est destiné qu'aux employés." Ce à quoi il a répondu dans sa tête : " - Toi, Tony t'aura avant la fin du tournage."

Perdu dans ses fantasmes Rebeccien avec I-god et fouet, Tony laisse dévier Denis qui lâche un indésirable :

DENIS
" - A mes collègues : Si les consignes de sécurité vous semblent suspectes, refusez de travailler !"

Silence sur le plateau. Denis réalise l'hérésie des propos anticorpo. Retour au sentier balisé du script suggéré.

TONY
" - Bon Denis... quelle leçon tirez-vous de votre accident ?"

DENIS
" - Faut faire attention à chaque seconde, être bien concentré sur sa mission."

TONY
"- Merci Denis."

Confession captée, Denis souffle. " - c'était pas si compliqué." Maintenant le réconfort. En échange de sa collaboration et de l'abandon de son droit à l'image, Kleenapur lui a payé une nuit à l’hôtel, une journée à la grande ville, trois tickets resto défiscalisé et une enveloppe de 300 euros. Un taxi est appelé. D'un doigt, on lui indique la sortie.

Suivant.

Vincent de Brest n’a pas trente ans, déjà dix ans de boite et une bonne connaissance des shows de télé-réalité et de Supplice Story. La caméra ne l'impressionne pas Il cherche son meilleur profil sur l'écran LCD.

VINCENT
« - Ah non, moi je ne suis pas une victime. Par contre, j’ai vu une collègue se faire écrasée par un trans-palettes en sortie d’entrepôt qui n'a pas respecté les consignes de conduite sur site. Il l’a heurté sur le flanc et il lui est passé sur les jambes. Crac, comme une noix. Croyez-moi, quand vous entendez le bruit des os broyés et les cris, ça vous fait quelque chose."

TONY
" - Et le conducteur ne s’est pas arrêté ?"

VINCENT
" - Il ne s’en est même pas rendu compte. "

TONY
" - Et la collègue qu’est-elle devenue ?"

VINCENT
" - Kleenapur répare, Kleenapur reclasse : dédommagement et euh... enfin bref, elle a manqué de rien. Elle a été déclarée inapte à la tâche et ils l'ont reclassé dans une filiale comptabilité dans une autre région je crois… A vrai dire, personne n'a de nouvelles."

TONY
" - Et si vous aviez une conclusion pour vos collègues ?"

VINCENT
" -Soyez vigilants. Respectez-les consignes. Votre travail c’est important. Moi ça me fait mal au cœur de voir des types qui prennent tout ça par dessus la jambe."

Vincent hésite un instant.

VINCENT
"- Par contre ce que je vous ai pas dit, c'est que le conducteur il n'était pas salarié à ce poste normalement. Il faisait un remplacement de dernière minute avec des contraintes de stock à faire transiter dans l'heure. Et puis personne ne l'avait briefé sur les procédures, rapport que le type en charge de ça était remplaçait lui-même quelqu'un au service compactage."


" - Merci Denis, c'était important de le souligner." Conclut Tony classant automatiquement la conclusion à la corbeille du montage final.

Candidat suivant. Nathalie tient le bras du quinqua massif et claudiquant.

Le souffle court, usé par des années d'usine et à quelques années de la retraite - si la réforme Fillon 4 n'est pas à nouveau modifiée avant la fin du mois - , Roger aux yeux baissés, s'installe comme il peut sur le tabouret des aveux. Il narre dans le détail sa glissade sur carbone-epoxy sulfaté en salle de décontamination qui lui vaudra six mois d’hôpital à 40 ans et de ressasser à perpétuité la chronologie de ses peines.

ROGER
" - Tout cela est de ma faute. J'ai pas mis mes gants antidérapants. Vous savez, on fait un métier pendant quinze ans et puis on se prend pour le roi. Alors on respecte moins les règles élémentaires de sécurité. Moi j'ai pas mis mes gants... et voila. Zip sur la rembarde. Je suis resté paralysé deux ans. Je ne pouvais même plus parler. Ah, je m'en veux, je m'en veux... surtout pour le mal que j'ai causé à mes gosses..."

Roger serre le poing : la chambre d'hôpital à l'odeur de formol, les pronostics glauques des médecins tentant de relativiser les séquelles, la découverte à l'occasion d'un méchant diabète, les regards désolés des collègues aux boites de chocolat plein les bras, la famille au chevet le dimanche et, lui, prisonnier muet d'un plâtre géant, les mois de rééducation qui suivirent : tout revient.

La société du spectacle prévaut. Tony chope le talkie et chuchote à Fred en charge de la caméra 2.

TONY à FRED
" - Gros plan sur les yeux, il va chialer."

ROGER
" - .... je m'en veux, je m'en veux... "

TONY
" - Et comment Kleenapur vous a aidé après l'accident ?"

ROGER
" - Ils ont été correc' chez Kleenapur. Franchement où j'en serais sans eux ? "

Silence sur le plateau. Les complices de com' de la compagnie colossale attendent le krach humain, caméras calées sur les sanglots que Roger, débordé, lâche enfin.

Il ne le sait pas mais tandis que Roger revit le drame, ses larmes générées en moins de dix minutes offrent à Tony un diner avec Rebecca parié le matin : une table au chien qui croque, étape décisive du contre la montre "Paris-mabraguette" avec Eristoff et Durex.

TONY
" - Hmm, hmm... Roger, si vous aviez un dernier conseil à donner à vos collègues ? "

ROGER écarlate, défait, quasi suffocant, fixe l'objectif.
" - Les gants, les gants ! N'agrippez pas les rembardes des salles de décontamination sans vos gants. Faites attention : Les gants c'est important..."

TONY
" - Coupez !"

Caroline coche le script : Roger c'est fait. La séquence est tellement puissante que la belle équipe en revisionne le best-of sur le lcd.

TONY
" - Avec un petit adagio, libre de droit, en bande-son, elle va glisser toute seule la belle histoire !"

Avant la pause déjeuner, entrée du quatrième ITV. Rupert arrive en béquilles de sa déchetterie hollandaise rachetée par la multinationale, une jambe en moins.

Brigitte assure en anglais la communication entre le réal et Rupert.

BRIGITTE
"- Alors Rupert, quel drame s'est déroulé ce 7 mai 2007 ?"

Trois heures déjà que les projecteurs chauffent le petit plateau. La sueur perle du front de l'ITV hollandais, mal à l'aise devant le dispositif inquisiteur des caméras et l'assemblée des jambes croisées de cheftaines qui dépassent de la pénombre.

RUPERT en anglais
" - Je lavais les cuves du ventri-broyeur, je n'ai pas respecté le code. Le turbo-souffleur s'est déclenché. Ma jambe a été arrachée."

BRIGITTE en anglais
" - Quelle leçon tirez-vous de cet accident ?"

RUPERT en anglais
" - Je lavais les cuves du ventri-broyeur, je n'ai pas respecté le code. Le turbo-souffleur s'est déclenché. Ma jambe a été arrachée."

Nouveau silence. Tony demande à Brigitte de réitérer la question à Rupert qui réitère sa réponse.

Deux minutes. Tony, énervé par ses douze presnesso en deux heures, s'agace devant le manque ostensible de coopération publicitaire d'un homme de terrain aussi marqué qu'impassible.

TONY à REBECCA à voix haute cette fois puisque, après tout, Rupert ne comprend pas.
" - C'est dommage, c'est le meilleur pitch ! ... Bon Rebecca, qu'est-ce qu'on a sur lui ?"

REBECCA
" - Neuf mois après l'accident, il a été reclassé dans un de nos centres de SAV téléphonique en banlieue d'Utrecht. Il a fait une dépression, une tentative de suicide. Quelques mois après, sa femme l'a quitté avec ses deux enfants."

TONY
" - Brigitte... parle-lui de sa femme et de ses enfants. Elles sont parties à cause de l'accident non ? "

Brigitte questionne. Rien. Enfin, presque. Rupert ne papillonne plus du regard. On lui a parlé de ses gamins. Il cible Tony et les tailleurs.

BRIGITTE
" - Mon anglais est parfait pourtant."

TONY
" - Chier.... mais il va parler !"

Pas fiers d'être complices, Fred et JM se dissimulent derrière l'excès de zèle.

JM
" - heu...Tu me dis si son front brille trop, je sors ma poudre, hein Fred... "

FRED
" - OK JM, mais là ça va."


JM
" - Ok alors tout va bien."

TONY à BRIGITTE
" - Demande lui de nous décrire ses gosses."

BRIGITTE demande. Nouveau silence. Puis, Rupert plisse le front, maitrisant sa peine par la haine et sa haine par la conviction qu'à cet instant il passe de victime à bourreau. La vengeance est aussi courte que froide mais c'est la seule abordable, il a signé un abandon de poursuite judiciaire contre rémunération. Il n'avait pas le choix, il était parti pour des années de procès, et qui pour payer l'avocat ? Et dire qu'il ne devait pas venir travailler ce dimanche-là...

RUPERT en anglais
" - Je lavais les cuves du ventri-broyeur, je n'ai pas respecté le code. Le turbo-souffleur s'est déclenché. Ma jambe a été arrachée."

L'unijambiste bedonnant venu de loin, auquel personne n'avait prêté attention, était arrivé le premier ce matin. Assis sur le canapé près de la machine à presnesso, il scrutait le va et vient des intervenants combustibles de la propagande interne, accompagnés de ces conciliantes assistantes et chefs de projet, d'abord détendues et uniquement concentrées sur le rendu du LCD à la fin.

Sans comprendre les mots, Rupert a perçu la déception contenue de ses partenaires européens, le sentiment de trahison et de gâchis, imperceptible pour les autres, dissimulé derrière leurs rictus figés ou leurs soupirs de soulagement de rentrer plus tôt que prévu à la maison, des accidentés du travail sortant du peloton de communication.

Rupert se fout des conséquences. Depuis que sa vie est partie sur une jambe, il est un poil suicidaire.

Alors l'ITV répète le texte convenu. Il harponne l'objectif de ses yeux noirs. Plus Rupert est calme et plus Tony s'énerve. Lui qui rêvait de signer l'A bout de souffle du film instit' il se retrouve avec une bataille d'Alger à la Pontecorvo sur les bras.

TONY
" - On ne pourra jamais diffuser ça."


Dans le monde des apparences, qui contrôle son image est roi. Pour la première fois de sa vie, pour quelques secondes, Rupert est le héros.

Pour la première fois depuis trois heures, Tony se tait.

Une des exécutantes rompt enfin le silence et désamorce la tension.

CAROLINE
"- Vous voyez bien qu'on n'en tirera rien."

TONY
"- Ouaip, c'est vrai.. .et puis j'ai faim. Fred, on ferme."

Tandis qu'à l'open-space des carrefours du goût, la cantoche quoi, Tony se vante auprès des deux intermittents de son aller-retour du week-end sur l'action Roumanie, introduite cette semaine au Landex, l'indice boursier des nations, Rebecca prend deux décisions :

1 / Elle flouterait le visage de Rupert et ferait rejouer ses propos par un acteur du cours Ronflant dont la voix serait grossièrement modifiée. Quelques jours plus tôt, Tony lui avait évoqué le fameux paradoxe "de la caméra cachée" : "A l'écran quand c'est flou, mal filmé et que le son est mauvais, dans la tête du mec qui regarde ça veut dire que c'est vrai. "

2 / Dès qu'il aurait fini son flan coco, elle congédierait Tony, trop trash pour kleenapur. Puis, pour un salaire divisé par deux en accord avec la V3 du plan de rigueur "cohésion patriotique" voté par l'assemblée début janvier, elle engagerait Fred, plus diplomate et dans la dèche donc modulable à souhait, pour achever la réalisation des entretiens du projet " gare à nos gars".

Dérapages et erreurs de manipulation sont impardonnables à ce niveau de production.

Pour que Kleenapur dure, Rebecca rebondit. Rupert n'aura pas sa peau et Tony pas son cul.


jeudi 13 mai 2010

Ils n'épargneront personne



- Alors Seb, ce sauvetage de l’euro ? C'était comment ?

Du velours. Mais tu fais une erreur : on ne dit pas "sauvetage de l’Euro" mais "brand new shoot de dope pour banques". L'activité première de ces établissements de jeux étant d’endetter les états, considérons que l'opération "Bons baisés de Bruxelles" est un franc succès pour les bénéficiaires du cocufiage nocturne de populace à 750 milliards la passe. Leurs actions ont pris du 25% dans la journée de lundi à la bourse de Paris : youpi tralala, même que les médias ont appelé ça "l'euphorie". Compte-tenu de ta situation cacateuse, cette débauche d'allégresse limite lacrymale doit consoler ton petit cœur meurtri par la fraicheur du printemps gris.

Le plus beau : tout le monde y croit tellement fort que l'or et l'argent métal pètent tous les records à la hausse. C'est te dire si la confiance dans l'euro, c'est du béton !

Du banditisme de haute volée sans se salir les mains, en s'essuyant les mocassins sur les tronches confites de nos politiques fanfaronnant, le tout sous les applaudissements des médias. Un trip pareil tu n'as qu'une envie : recommencer !

(l'humble Une du Figaro.fr au matin du mega plan de sauvetage à 750 milliards.)

Et dire que tu te laisses piétiner les rouleaux à longueur d'editos pour quelques petits malheureux milliards de déficit du système de santé ou tes retraites. Heureusement : y a plus belle la vie et le mondial de ballon con, ça te fera tout oublier.

Seulement va falloir quadrupler le nombre d'épisodes chaque soir et mettre les bouchées double en terme de décervelage des masses, contrefeux, stigmatisations et faits-divers en vrac pour anesthésier les peuples d'Europe quand ils réaliseront la pertinence de cette haute science économique du bouchage de trou par le trou.

La dette va se régler à coups de taxes dans ta gueule, de suppressions de soins, de baisses de salaire et toutes ces choses qui ne sont pas et ne seront jamais, O grand jamais, de "la rigueur" mais qui généraliseront la misère aux premières couches de l'auto-proclamée classe moyenne.

- Donc les médias sont les ennemis c'est ça ?

Penses-tu. Pendant des semaines l’information grecque est quasiment ignorée, et paf, au lendemain de la restructuration à la trique du plan d'aide grec, elle est sur-médiatisée pour pointer des violences causées par des "jeunes anarchistes" sans prouver qu'ils sont 1 / anarchistes 2 / jeunes. Le calfeutrage lexical qui s’est instinctivement mis en place aux premiers signes de grabuge à Athènes achève de prouver de quel côté l'info-spectacle se range entre deux pages de réclames pour le banquier.

- Donc l’ennemi c’est la banque ?

Mets-toi bien ça dans la tête, rien ne les arrêtera : si nécessaire pour leur profit, elles te posteront des prospectus t'expliquant comment tu être un vrai winner si tu sautes par la fenêtre. Regarde ce que j’ai reçu le matin du "sauvetage" :

(avec un tract pareil pour ton auto-entreprise, tu finirais probablement en taule pour incitation à la pédophilie.)

- Donc l'ennemi ce sont les états au service des banques ?

C'est convenu : le politique a baissé son froc face à la finance. Allons plus loin : notre soumission intime aux banques est le premier étage du désastre. Ils nous exigent raisonnables, devenons-le. Boycottons ces crasseux carotteurs, refusons leurs produits, tout endettement, vidons systématiquement nos comptes...

(2010 l'année du cash. Photo de Gilderic sur flickr)

- Bon d'accord on la connait la chanson... mais L'Europe là-dedans ?


Cette union a tué l'Europe : Niant les peuples, les cultures, les langues, en imaginant que la monnaie commune et le rêve américain unique suffiraient à cadencer réalités et ambitions sous le signe d'une croissance sans fin. La croissance ? Il y en a pas et ils se sont torchés avec ce qui aurait du être la première étape : L'harmonisation salariale et fiscale.

Résultat des bourses :

- Une super Allemagne qui fait payer au reste de l'Europe son attitude depuis un demi-siècle.

- Des pays moyens qui, prisonniers de modèles politiques obsolètes et s'appauvrissant à l'œil nu, glissent dans l’extrémisme au fur et à mesure que le souvenir idéalisé d'un passé glorieux, tout en colonie, industrie et souveraineté, se heurtera à des réalités sociales, une démographie et une répartition des richesses bien différentes de celles de l'époque où fut dessinée l'utopie européenne.

- Des pays du tiers-monde salarial intégrés en dépit du bon sens qui, à défaut de relever leur niveau de vie accélèrent la chute des autres états.

L'Europe a voulu rivaliser avec les États-Unis mais a oublié sa principale qualité : se fédérer sur une idée commune qui lui soit propre. Aux États-Unis, chaque état est souverain dans la plupart de ses décisions. En revanche, une idée américaine - une croyance - culturelle et financière dont on pense ce que l'on veut, transcende chaque état.

Notre Europe, pardon la "zone euro", fait strictement l'inverse :

- restreignant les libertés dans chacun des pays, sans rien toucher aux inégalités fondamentales (fiscalité, coût du travail),

- ne générant aucune idée collective forte si ce n'est un vague nomadisme salarial qui a joué dans le sens du dumping (cf le fameux "modèle anglais" basée en partie sur la servitude moutonnière des déclassés européens),

- se laissant coloniser la tête par le mode de vie américain. (on a juste omis de préciser aux européens complexés que les fondations de ce mode de vie étaient en carton pâte, qu'il répondait à des semaines de 60 heures, avec endettement à 100% et une absence quasi totale de protection sociale pour les revenus moyens.)

La constitution de l'Europe rappelle celle de ces "start-up " de fin des années 90 quand le cash pleuvait, constituées sur cette simple idée : C'est tellement une bonne idée que ça va marcher. Problème : Une idée ne vaut rien. C'est son bilan d'exploitation qui a de la valeur (ou pas).

A l'inverse des start-up qui finissaient un jour où l'autre par péricliter faute d'investisseurs, l'Europe, en dépit des désaveux des urnes, du mécontentement des peuples face à la hausse des prix, des disparités économiques internes, de la fragilité monétaire, n'arrête pas les frais. Sauvetage ou pas, faut être gavé au xanax pour imaginer une seconde que cela va tourner à la mélodie du bonheur si l'on persévère sur ces bases. L'Europe est une erreur mais ses maitres d'œuvre préféreront la guerre au déshonneur.

(ci-dessus : 2009, Londres, G20, garde rapprochée de la Royal Bank of Scotland, très généreuse en placements foireux auprès des collectivités locales. )

- La vache, c'est quoi alors la prochaine étape ?

Si une impulsion forte n'est pas donnée dans le sens opposé (suggestions au choix : taxation des mouvements financiers, bras d'honneur des états aux banques, nationalisation de celles-ci, subvention équitable des particuliers au lieu des établissements financiers...), la montée de la pauvreté (rigueur = récession) ira de pair avec celle de la violence qui favorisera le tout répressif. Ce dernier point ayant l'avantage :

1 / de contenir les dérives insurrectionnelles qui terrifient les pouvoirs (ils craignent plus que tout la propagation d'un état à un autre d'où ce sursaut après la grève générale grecque).

2 / de légitimer un discours sécuritaire à l'efficacité très relative (il s'agit dans ce domaine de protéger les riches et non les pauvres qui peuvent continuer à s'entretuer). Reste à savoir jusqu'où les forces de l'ordre, elles-mêmes frappées par les politiques d'austérité, défendront ceux qui les enfoncent.

Au moment où le cas grec est expédié sous la forme d'un "prêt salvateur" conditionné à des coupes drastiques dans les dépenses de l'état, sifflent ici les sermons de nos RP vipères du libéralisme en tube : des vertus "pour nos enfants" de la "réforme incontournable des retraites" à l'eugénisme gériatrique d'Alain Minc.

Les grandes manœuvres idéologiques se radicalisent. Elles sont destinées à tester puis façonner au mieux l'opinion sur cette idée fondamentale de "rentabilité commune" comme indispensable condition de la prospérité individuelle.

Après l'échec des politiques de "défense du pouvoir d'achat", les mêmes vont nous vendre du patriotisme de la dépense minimum.

Jusqu'au plus profond de l'égoïsme, il leur faut modeler chaque conscience à la logique rentable de la classe des dominants : Celui dont on ne tire pas un profit est une charge et toute charge doit disparaître. Les fondements même de l'économie mondialisée que l'Europe a plébiscité impliquent tôt ou tard un massacre humain.

Quand la richesse des uns répondait au produit de l'action concrète des autres, il y avait certes, de l'exploitation, mais une cohérence. Ce n'est plus le cas dans une économie spéculative où tu fais plus de profit en licenciant des gens qu'en les faisant produire, où le flux financier a pris le pas sur la manufacture, où l'art de gonfler et d'éclater les bulles, de parier sur les échecs d'une compagnie, d'un pays, d'une monnaie permet des coups de poker à 12 chiffres en une poignée de secondes.

L'Europe est en bout de cycle, au terme d'un mouvement économique qui l'a vidé de sa substance humaine.

(capture du film : "l'attaque de la moussaka géante". Thanx to nanarland.com)

Le marché ne table plus sur la consommation des européens. Les banques jouent joue à la baisse en misant, via les dettes d'état, sur leur taxation.

Chacun sera affecté en temps et en heure, suivant l'état de son emploi et de ses finances. Les victimes seront d'autant plus malheureuses qu'elles appliqueront jusqu'au bout la même grille de lecture que celle des dominants.

Dans ce laps de temps qui sépare l'abondance du dépouillement, marché et états concentrent leurs efforts dans le maintien d'un équilibre de la terreur où les peuples se conditionnent, se restreignent, voire s'éliminent d'eux-mêmes. Finalement, notre monarque avait annoncé la couleur avec son "passage au Karcher". Ses électeurs se sont trompés de cible : ils seront les lessivés.

- Donc en fait.... l'ennemi c'est nous.... Mince, t'y vas pas un peu fort ? C'est pas un peu de la science fiction ?

Le système de santé à deux vitesses, la nourriture discount pour pauvres, la ghettoïsation des riches en centre ville, l'éloignement géographique des classes populaires, la montée en puissance de l'état policier, les stages non rémunérés, la réforme de la carte scolaire, la privatisation rampante des crèches, la propagande sur le travail des seniors : Tout ça est en cours de réalisation par nos néo-conservateurs français.

La Grèce est le laboratoire européen. Nous savons de quoi les machines étatiques sont capables. Elles sont entrain d'observer avec la plus grande des attentions nos résistances citoyennes.

- Oh bah de toutes les façons ça va péter ! ....hein Seb ?

Pour retrouver du lustre, l’état, cul nul devant la finance, va concentrer son action sur le bridage quotidien, législatif et idéologique, des individus :

1 / pour d'évidentes raisons de contrôle (y en a marre de ces apéros géants) et de réaffirmation de son pouvoir.

2 / mais aussi pour fluidifier la grande taxation des masses.

L'état mixera une politique de rigueur qui ne dit pas son nom avec une politique de terreur qui ne le dira pas plus. C'est le subtil, irréversible pacifiquement, passage de la démocratie molle à la soft-dictature.

C'est le terme du processus d'abandon démocratique par le citoyen-consommateur. Les utopies ont d'abord été systématiquement ignorées ou balayées d'un revers de main, dénaturées ou caricaturées, par la machine médiatique. Nous avons ensuite délaissé le collectif. Nous nous enfonçons maintenant dans un système binaire ou le bien s'opposera au mal, une sorte de guerre froide sauf que nous sommes la menace (enfin cette partie de nous "contre ce progrès que symbolise la réforme", qui "ne travaille pas assez", qui "éduque mal ses enfants" et j'en passe...).

Refusons cette dialectique.
Il faut s'opposer au quotidien dans son entourage, au boulot, dans les institutions, aux effets concrets de cette réduction du débat qui cache une régression bien plus profonde.

Il nous faut également reconquérir l'action associative et la politique locale, développer les alternatives à notre portée pour nous affranchir des dogmes monétaire, bancaire et hyper-marchand actuel. Au maximum de ses possibilités, chacun doit tendre à incarner le changement qu'il souhaite et arrêter avec la branlette des « gens qui vont bien finir par se réveiller ». Les gens c’est toi et il me semble que si tu es allé au bout de cette pipeau-conversation qui condense quelques questions que tu m'as envoyées, tu es totalement réveillé. Seul le courage manque.

La peur freine l'action, l'inaction favorise la peur. Si tu ne fais rien, rien ne se fera autour de toi. Tant que tu te reposes sur l’action hypothétique d'un voisin "collectif", rien n'évoluera dans ton sens. Nous avons toutes les raisons du monde d'être démotivés sauf une, en forme d'interrogation : A qui profite cette démotivation ?

L'indispensable redistribution verticale de ceux qui ont tout vers ceux qui ont moins doit être précédée d'un partage parmi ceux qui n'ont pas grand chose.

Ce sont nos consciences modelées par des années de domination culturelle, sémantique et idéologique de nos bourreaux[1] qu'il faut révolutionner.

Le reste suivra.

* * *

[1] voulant que seul le "meilleur gagne" alors qu'en réalité c'est toujours celui qui a qui obtient encore plus.

* * *

Bonus pour tes soirs de doute. Regarde en boucle ce discours du président de la banque centrale européenne et retrouve cette hargne constructive qui sommeille en toi.

dimanche 9 mai 2010

Guaino et l'homme de fer


Je sonne comme du Chuck Norris mais je cache un bilan à la Fernandel ?

Je suis, je suis... "3 ans d'action" : une brochure distribuée par l'Élysée aux députés le 6 mai dernier qui résume un bilan qui crispe 7 français sur 10.

En cette période d'accélération de l'histoire, où la destinée européenne se joue sous les coups de bâtons des banques et des états, où l'insurrection est redoutée, notre sauveur au profil bas a la célébration discrète de ses trois années de règne.

Ses conseillers de l'ombre se chargent donc de retendre les mailles du trampoline idéologique sur lequel l'électorat traditionnel de droite rebondissait si bien.

Le cas d'Alain Minc étant réglé, intéressons-nous à celui qui écrit tout bas ce que le monarque pense tout haut : Henri Guaino, conseiller "spécial" de l'Élysée gratifie Le Figaro d'une LOL interview qui fait froid dans le dos.

(Le guide du guide vu par Rimbus)

La plume du président y revient sur "le gel des dépenses publiques" (une des moult contorsions sémantiques de l'UMP pour ne pas prononcer le mot "rigueur" dans les jours suivant l'adoption du plan d'austérité grec) et sur le bilan des trois moroses années du monarque (oui j'ose le mot "morose" car, hormis pour quelques fortunés voisins qui ont pu passer leur 180m2 à 220 m2 en rachetant les deux studios d'à côté "parce que les taux d'intérêt n'ont jamais été aussi bas, et qu'à 320.000 euros c'est donné", je n'ai observé dans mon entourage que des gens dont la situation professionnelle ou financière s'est dégradée ces trois dernières années.)

Dans un soucis de lisibilité, le nom du monarque a été remplacé par une récente référence américaine qui parlera aux plus jeunes. Les notes de lectures sont en gras, la caricature d'origine en italique.

Henri Guaino au sujet de "la rigueur"...

"- La «rigueur», c'est l'ajustement économique par la baisse du pouvoir d'achat. Ce n'est pas du tout la politique d'Iron Man 2 et du gouvernement. Une telle purge déflationniste casserait la reprise et creuserait davantage les déficits au lieu de les réduire."

[Tandis que la spirale inflationniste qui s'amorce face à des budgets et des aides gelés, elle, contribuera à la hausse du pouvoir d'achat des plus défavorisés.]

HENRI GUAINO
"- Quelle est la politique du gouvernement depuis trois ans ? Ne pas augmenter les impôts..."

[Encore faudrait-il en payer. Ce n'est pas le cas d'une bonne moitié des français. Devinez laquelle. Indice : Elle ne lit pas "Le Figaro".]

"- investir [où ça ?], réduire les dépenses courantes..."

[mais aussi les recettes fiscales, exemple ce bouclier profitant aux rentiers ayant reçus de bons gros chèques de remboursement d'impôt.],

"- poursuivre les politiques structurelles pour rétablir la compétitivité de notre économie."

[Tiens le loqueteux, on s'intéresse à ton cas : T'as trop de droits sociaux, tu ne travailles pas assez, tu coûtes trop cher à ton entreprise* mais, peu à peu, à coups de latte dans tes acquis, on t'arrange la carrosserie pour que tu sois plus aérodynamique.]

"- Cette politique ne change pas."

[Nous avons à faire à des gens déterminés. Les manuels d'histoire regorgent de ces hommes qui, jusqu'au bout, restèrent fidèles à leurs engagements. Ils sont généralement classés à la rubrique : massacre.]

Interrogé sur le déficit français (NB : passé en trois ans de 3.4% du PIB en 2008 pour atteindre peut-être les 10% en 2010) Henri Guaino répond :

"- Comme dans tous les pays, parce que la crise a provoqué une chute des recettes fiscales et une augmentation des dépenses sociales."

[Chute des recettes ? Et le paquet fiscal à 15 milliards en 2007, la faute à la crise ? Et les 500 niches fiscales à 70 milliards d'euros par an ? Et l'exonération des droits de succession ? Et la réduction de la TVA pour les restaurateurs ?]

" - Il y a bien sûr aussi le plan de relance. Mais il a été ciblé sur l'investissement plutôt que sur la stimulation à fonds perdus de la consommation."

[Donner de l'argent à ceux qui en ont besoin en priorité ? Pas le genre de la maison. Malheureux, les pauvres achètent chinois ! Vaut mieux qu'ils crèvent de faim, sur-endettés avec des revolving à 20% bien de chez nous, non mais sans blague !]

" - ...Depuis trois ans, le gouvernement tient fermement le cap entre ceux qui veulent jeter l'argent par les fenêtres et ceux qui ne voient de salut que dans les politiques sacrificielles."

[Effectivement le gouvernement fait les deux : Les sacrifices concernant une large catégorie de français tandis que, sous les fenêtres, une petite partie récupère l'argent.]

Au sujet de la dangerosité de la situation des finances publiques, Guaino trahi tout de même une inquiétude :

" - Il faut apurer le passif de la crise, mais sans étouffer le retour de la croissance. Le mot d'ordre d'Iron Man 2 c'est : «Garder son sang-froid». Plus le climat est à la fébrilité, plus c'est nécessaire."

[Nous parlons ici du passif financier et non humain. Que du côté de ceux qui n'ont rien ou de moins en moins, il y ait de la colère, du dégout, du rejet, du renoncement cela se comprend. Mais l'expression "garder son sang-froid" utilisée du côté du pouvoir interroge. N'impliquerait-elle pas une notion de peur physique ?]

QUESTION DU FIGARO
"La crise grecque ne pousse t-elle pas à une politique plus restrictive ? "

HENRI GUAINO
"- La crise grecque n'a rien à voir là-dedans."

[Étonnant cette volonté de dissocier les destins grecs et français alors que l'annonce du "gel des dépenses" par le Premier Ministre dans la foulée de l'annonce de "l'aide" à la Grèce vise à rassurer ces mêmes agences de notation ayant accéléré la chute hellène. Les pros de la baston vous le diront : "Après le coup de boule, la baffe passe toute seule". Gageons qu'au prochain désoudage économique d'un état par les spéculateurs (qu'après la capitalisme, la finance et les serial-killers le monarque déclare vouloir moraliser), une nouvelle étape de "rigueur" locale sera franchie tout en euphémisme.]

Henri Guaino à propos de "la rupture" et des 3 ans de présidence :

"...Malgré les difficultés de tous ordres, malgré les crises sans précédent qu'il a dû affronter depuis trois ans, Iron Man 2 n'a pas un instant dévié de cette ligne. Après tant d'années de renoncements, d'inaction, de résignation, pour moi, c'est l'essentiel."

[Oui c'est vrai quoi ! Il nous faut rester uni pour que triomphe les droits de l'homme riche, minorité honteusement stigmatisée dans un monde sous la crasse et croissante emprise numérique de cet homme pauvre qui ne sait pas rentrer dans l'histoire.]

"Heureusement qu'il y a eu le volontarisme d'Iron Man 2 face à toutes les crises traversées depuis trois ans. Sans la France, sans Iron Man 2, la Géorgie aurait été rayée de la carte, il n'y aurait pas eu de G20 [c'était cool, on a fait des belles photos], ni de réponse européenne à la crise financière [mais de dernière minute, après avoir consciencieusement laissée s'enliser la Grèce dans sa dette et, peut-être, en conditionnant l'aide à la vente d'armes et de frégates françaises], ni de plan de sauvetage de la Grèce [Ah oui, on ne vous a pas dit : La Grèce EST sauvée !]. Où en serions-nous s'il n'avait pas décidé avant tout le monde de ne laisser tomber aucune banque ?" [nous ? probablement sur nos jambes et les banques mortes : cette hypothèse n'empêchant pas de dormir les plus fauchés d'entre nous, de plus en nombreux et pressurés par les agios bancaires.] "Que ce serait-il passé s'il n'avait pas mis en œuvre le plan de relance en brisant tous les tabous de l'orthodoxie ?" [Bon il n'a pu mater le volcan islandais mais avait des niqabs à combattre et ne pouvait pas être sur tous les fronts simultanément.]

Interrogé sur "l'absence de résultats concrets pour les français" (sic) :

HENRI GUAINO
"- La crise est passée par là. "

[Dès fois, je me dis : "Comment feraient-ils sans la crise ?" ce qui nous renvoie à la théorie de "la claque et du coup de boule" que certains appellent "stratégie du choc".]

Le passage le plus croustifondant reste celui sur la crédibilité du monarque...

HENRI GUAINO
"Jamais depuis des décennies la France n'a été aussi écoutée, aussi présente, aussi influente sur la scène du monde...

(exemple de présence sur la scène du monde. Ici, la chine - Photo floutée pour des raisons de crédibilité.)

"...Cela ne rend que plus extravagant le procès en illégitimité que font au chef de l'État certains médias et certains milieux qui n'ont jamais accepté son élection. [Alors là, je me demande bien qui ?] À voir tous les jours ce qu'il donne de lui-même dans l'exercice de ses fonctions, je ne peux m'empêcher de me demander s'il faut chercher la cause des attaques incessantes dont il est l'objet dans la bassesse ou bien dans la dérive d'une société qui, en détruisant toute forme d'intimité, désacralise toutes les fonctions et toutes les institutions.

[Et là, comme d'autres, j'ai envie de dire "faudrait peut-être pas oublier qui a commencé..." .]

(exemple de protection de l'intimité. Ici, le rêve américain. Photo floutée pour des raisons de crédibilité.)


"Dans tous les cas, c'est inquiétant." [Enfin un constat avec lequel je suis OK. Nous avons passé le stade de la déconnexion entre l'élite et le peuple pour entrer dans celui de la défiance totale des uns envers les autres. Au regard de cette semaine où les états européens ont montré au grand jour de quel bois humain ils se chauffent, cette situation ouvre sur les plus funestes possibilités ."

Je vous laisse apprécier le reste de l'entretien où le conseiller reconnait que "le pouvoir d'achat ne se décrète pas" [la tuile, on nous aurait menti ?], que "La clef est dans la croissance, dans le partage de la valeur ajoutée, la revalorisation du travail, le recul du chômage…" [ce qui au regard de l'explosion du chômage et des chômeurs non-comptabilisés ou en fin de droit, des délocalisations, des plans sociaux et des prévisions de croissance à 0.1% pour 2010 est des plus savoureux....]

Heureusement, en 2012 c'est le surfeur d'argent qui nous sauvera.


[update 10.05 à 10.05 : l'histoire va tellement vite que, ce Lundi matin, c'est l'Europe qui est sauvée.]


* de plus, si j'en crois la télé, ton môme est le dernier en classe, il traine sur internet et tu lui files des fessées.