vendredi 29 août 2008

RIEN DE NEUF CHEZ LES EXPLOITES

J'ai récemment découvert le message de Charles*. Il m'y explique le capitalisme, la perte du pouvoir d'achat, les dérèglements de la concurrence, la spéculation hystérique, les dérives du low-cost, le tout chapeauté par la collusion des puissants. C'est d'une telle pertinence qu'il fallait que je retranscrive ici son témoignage.

(Conseil préalable : Remplacez le mot "ouvrier" par le mot "petit salarié" et le mot "maître" par "grand patron")

Place à Charles :

"Nous travaillons pour des spéculateurs, qu'on nomme maîtres, comme pour rappeler notre esclavage, et qui font fortune et qui vivent grassement sans faire grand-chose d'utile ; en outre, il s'est établi entre les producteurs et les consommateurs, une foule de trafiqueurs, négociants, commissionnaires, dépositaires, marchands, revendeurs etc... qui se bornent à acheter et vendre pour gagner, et que je désignerai, avec les maîtres, par le nom commun d'intermédiaires. Ces intermédiaires ne donnent aucune valeur réelle aux marchandises qui leur passent par les mains ; loin qu'ils facilitent l'échange ils le gênent par une infinité d'opérations mal entendues : leurs fausses spéculations, les banqueroutes tuent le commerce et l'industrie. Cependant, qu'ils réussissent ou non dans leurs affaires, ils n'en retirent pas moins des bénéfices aux dépens de nos bras. Tous ces bénéfices divers nous enlèvent le plus net et la plus forte partie du produit de notre travail.

La libre concurrence force à vendre et à travailler toujours au rabais, et partant elle restreint les gains de plus en plus. Nous en sommes déjà arrivés au point que les commerçants et les manufacturiers ne peuvent plus guère réussir qu'à l'aide de roueries et de fraudes, et que nous, ouvriers, nous ne pouvons plus vivre ; nous ne pouvons pas consommer, et notre travail en éprouve des interruptions. Voyez comme nos salaires sont diminués depuis trente ans, indépendamment des amendes, des retenues, de tout ce que la rapine et la mauvaise foi conseillent pour nous arracher une partie de ce que nous gagnions.

La concurrence entretient la lutte entre les capitalistes, et ruine les uns au profit des autres ; il s'en suit que les capitaux se concentrent dans quelques mains ; ceux qui les possèdent sont les maîtres du peuple ; c'est pour eux que nous travaillons, c'est pour eux que nous souffrons; c'est nous qui payons leurs palais, leurs lambris dorés, leurs équipages, sous les roues desquels ils nous broient en passant [...] et tous ces sacrifices de notre part ne font que nous rabaisser à leurs yeux et accroître leur insolence".

Pour information, Charles Noiret nous envoie son message de l'usine de Rouen où il est ouvrier tisserand... en 1840.

Je conseillerais aux socialistes de lire la lettre de Charles en introduction de leur université d'été à La Rochelle.

Malheureusement pour eux, je crois qu'ils vont se rabattre sur "ça".


* Texte trouvé dans La Parole ouvrière (1830-1851) aux éditions de La Fabrique

mercredi 27 août 2008

LETTRE INFORMATIVE D'UN MEMBRE DE LA CLASSE MOYENNE (à son club de cocus)

C’est assez rare pour le souligner mais, après une petite lecture des commentaires de lecteurs outrés du Figaro suite à la fuite des Echos concernant le financement du RSA par une ponction de 1% sur les revenus du patrimoine et des placements, je me suis levé de bonne humeur… vers midi.

Lecteurs du Figaro, j’ai de la peine pour vous : Vous avez plébiscité votre homme, parfois financé sa campagne en vous encartant par troupeaux bêlants dans son parti. Vous avez continué à le défendre alors que tout indiquait que sa politique explosait en vol et voilà qu’en bout de course, avec vos petits placements en berne d'apprentis Rothschild et la valeur foncière de vos De Robien dans les baskets, on vous dit que vous allez raquer pour ces "feignants d’assistés" !

Comme disait le chirurgien-plastique de Catherine Deneuve à sa sortie du bloc : « C’est moche ! »

Amis lecteurs du Figaro, cocus suprêmes - mais impardonnables - d’un sarkozysme que vous avez consacré, il faut bien chercher l’argent là où il se trouve : C’est à dire chez les pauvres mais aussi - et surtout - dans vos rangs, bien plus nombreux, au sein de la classe moyenne. Pour être plus précis : Dans vos poches.

Petit récapitulatif sur elle-même, à l’usage de la classe moyenne :

Qu’est ce que la classe moyenne ?
La classe moyenne est en majorité constituée de pauvres matés au confort jouant sur une base quotidienne à "Qui c'est le plus riche" entre voisins mais qui, dès que l’on stigmatise leurs revenus (là ou d’autres n’en ont pas), le fait qu'ils soient propriétaires (souvent à crédit), le fait aussi qu’ils possèdent deux ou trois voitures (là ou d’autres marchent à pied), qu'ils sont détenteurs d'actions placées à gauche à droite (dont la rentabilité impliquera à un moment ou un autre de jeter des gens comme eux à la benne) et de deux studettes en centre-ville (qu’ils louent à des tarifs prohibitifs à des étudiants qui ont l'âge de leurs enfants), vous répondent effarés - souvent en cœur et sur RMC - : "Ah bah non alors ! Moi je suis pas riche !"

A quoi sert la classe moyenne ?
Instruite dans la limite de ses probables affectations professionnelles et écartée de toute autre prétention par le système ou par elle-même (au terme d’un travail de sape idéologique télévisuel se transmettant de génération en génération), la classe moyenne a deux fonctions essentielles : Faire tourner le bouclard et payer des taxes, que celles-ci soient redistribuées à des vraiment pauvres ou des vraiment riches. Une petite observation, rangée des clichés, indiquera à la classe moyenne que sa force de travail bénéficie désormais surtout à la seconde catégorie qui, elle, se porte de mieux en mieux. Malheureusement la classe moyenne ne regarde que ce qu’on lui dit de regarder : Les seins de Laurence Ferrari et Alain Bernard aux Jeux Olympiques.

Amis lecteurs du Figaro, au fond de nos mépris réciproques, un constat nous unit : « Sans classe moyenne, il n’y aurait plus d'économie dans ce pays. » Effectivement, sans gogos pour (des Sicav garanties "sans risques" par leurs banquiers au "travailler plus pour gagner plus" de leur chef de file) ne voir que la bout de fromage à chaque traquenard : Pas de capitalisme pérenne.

Alors, gens mous et abusés du milieu ! Qu’attendez-vous pour concrétiser d'une manière plus physique votre mécontentement de ce gouvernement au lieu de taper virtuellement sur les plus pauvres que vous, en menaçant votre homme d'un vote Le Pen en 2012 depuis le formulaire "commentaires" du Figaro.fr ?

Mais rassurez-vous, amis lecteurs du Figaro, votre patrimoine est - pour l'instant - bien gardé. Quelque chose me dit que votre homme, une fois de plus, a laissé filtrer cette rumeur afin que nous nous étripions les uns les autres, histoire de faire oublier le fond du problème : Son imposture présidentielle, lui qui ne représente pas plus les « glorieux » travailleurs comme vous que les pauvres « feignants » comme moi.
Update du 28/08 : L'homme persiste et signe.

dimanche 24 août 2008

DENSE FLORE

Brève du sixième arrondissement, un samedi ensoleillé à la fin de l'été.

Tout juste rentrées de la côte, deux brunes bien tannées et à mi-parcours de vingtaine, la clope en coin et le sac Vanessa Bruno pas loin, jacassent fort à la terrasse d’un café où, à défaut d’être fort, le café terrasse tellement il est cher.

BB BRUNE
enjouée

On a qu’à aller au Jardin du Luxembourg bronzer encore un peu ?

BRUNE I
névrosée

Non, j’ai trop bronzé et je vieillis. J’ai des rides entre les seins.

BB BRUNE
pragmatique

Bon, bah... on restera à l’ombre à manger une glace.

BRUNE I
chieuse

Non, je mange trop. Il faut que je maigrisse.

Cet impromptu à la Ionesco est interrompu par un sans-domicile-fixe, à sac de plastique King Jouets, quémandant un peu de monnaie sur un ton vindicatif qui lui attire les foudres et un coup de pied au cul de la direction du bistrot des bobos.

Comme quoi, les histoires de brunes, aussi, peuvent être drôles, méchantes et mal finir.

samedi 23 août 2008

COM D'UN MORANO DANS L'EAU

C'est la rentrée... La communication gouvernementale repart sur les chapeaux de roues et les femmes sont en première ligne. Après le "buddha-bar" de Carla Bruni et le "Kid in the closet" de Rachida Dati, Nadine Morano, entourée de ses bodyguards, rend visite à la populace sur son champ de bataille, en hypermarché, pour lui expliquer avec ses mots à elle "comment que c'est que la vie elle est moins chère" ! Merci à Rue 89 pour cette capture en quelques secondes de la nature de l'homme politique et de son aboutissement logique : La femme politique.




Comme on peut estimer que 2009 sera économiquement une des années les pires depuis (mazette j'étais même pas né), et qu'en théorie, le discours publicitaire va se réduire à son essentielle médiocrité (venez chez moi c'est moins cher), on peut raisonnablement penser que des opérations de com outrancières comme celle-ci (si chez eux c'est moins cher, c'est grâce à nous) vont se multiplier et se décliner sur nos écrans (avec beaucoup de femmes) en multi-diffusions quotidiennes.

Précision : Vous aurez compris - les images parlent d'elles-mêmes - qu'un des deux interlocuteurs de Madame Morano n'est pas un élu UMP. L'autre sI.

jeudi 21 août 2008

VIOLENCE DES ECHANGES EN MILIEU MESQUIN

Dix-sept heures. Après la rédaction quotidienne d’un bouquin qui m’aura bien pourri l’été, je me présentai, assoiffé, en tatane à la caisse du Champion de La Rue du Buci.
L’hôtesse de caisse me regarda les yeux ronds. Je déposai sur son tapis noir une baguette et deux bouteilles d’eau pour un montant total de 1.07 euros.

- "Vous acceptez les cartes ?" Que je lui dis car j'aime jouer au fanfaron dans ces environnements guindés, faits de règlements intérieurs, de taux de transfert, de codes-barres et d’erreurs caisses.

Comprenant qu’elle avait déjà le doigt sur le bouton d’appel des vigiles, je m’acquittai sur le champ de la somme en espèces. Je partis avec mes articles sous le bras. Tant pis pour Monsieur Champion. Si ces sacs n’étaient pas payants je lui aurais sûrement pris deux bouteilles d’eau minérale supplémentaires.

Sur le chemin du retour, je fis un crochet par le maraîcher. Madame me proposait ses melons à 2 euros pièce*. Des tomates aussi, à bon marché, jugez plutôt : 1.50 le kilo. Je pris donc un melon et un kilo de tomates.


- "Et avec ceci ?" Me moucha la marchande.


C’est que je n’avais rien prévu. (Mon budget nourriture pour la journée était de huit euros, et encore pour peu que je ne m’achète pas un cd d’occasion de Charlie Mingus sur le chemin car de Boulinier à Gilbert car les tentations sont rudes.)


- "C’est tout." Lui dis-je en tendant les pièces jaunes que j’avais préalablement réunies dans la file d’attente, fier de mon acte citoyen qui contribuerait, à part au moins égale avec les réformes gouvernementales, au redressement de l’économie de notre pays.

- "Et Ben… Ca nous fait 3,50…" Maugréa t-elle en tapant le montant sur sa caisse tout regardant de biais ce mécréant en short à tee-shirt pas net qui osait la déranger pour si peu entre deux clients à 45 euros.


- "Ah bah oui Madame, mais fallait vendre vos tomates et vos melons à ce prix là plus tôt ! Si je me souviens bien ça tournait à 4,95 le melon charentais en juillet..." Polémiquai-je aussi sec en lecteur assidu des rapports du Credoc.

Voyant que je commençai à taper le scandale et comprenant que, dès que l’on aborde la question la hausse des prix depuis le passage à l'euro, on s’attire le soutien populaire même en tatanes et même dans les beaux quartiers, Madame La maraîchère a vite changé de ton, s’excusant presque.

- "Ouais mais maintenant on en a trop."

J’étais désolé. Que pouvais-je rajouter ?


- "C’est con… mais nous, tout l’été, on en a pas eu assez d’argent pour vous en acheter."

Sur ce paradoxe du marché qui a défaut d’enrichir l’économie du pays ruine le moral de ses habitants, je m'en allai avec mon melon, mes tomates, mes deux bouteilles d’eau et ma baguette sous le bras**. Un pyramide pourpre attira mon attention. Sur l’étal, resplendissaient de belles cerises à 9.95 le kilos, cueillies quelques jours plus tôt dans L’Utah (aux Etats-Unis). Habilement j’en dérobai une, ne faisant tomber qu’une de mes deux bouteilles et quatre tomates.

La journée n’était pas foutue, je remontai le Boulevard St Germain en savourant la cerise transatlantique, ma première de l’été. Tel le noyau de Proust, je me remémorai avec émotion ce mois de juin dernier en partie passé à me gaver de griottes à même le cerisier dans le jardin d'un ami vendéen. Il y en avait bien une tonne !

Quel con ! Dans un pays où l’on paiera bientôt les œufs de lump au prix du caviar et ses cerises à l'unité, il devait y en avoir pour un sacré pactole ! Mais la mamy de mon ami les a distribuées à ses amis. Ah si j’avais su ! En bon mesquin, je serais venu de nuit, je lui en aurais raflé des cageots et maintenant je serais à la tête d’un beau pouvoir d’achat et tiens, je ne sais pas, si je ne trouvais pas le Blues and Roots de Mingus chez aucun brocanteur de disques, j’aurais pu m’acheter le dernier Carla Bruni tout neuf dans la boutique on-line du Figaro.fr à 14.35 euros !***

Pour finir en images et sur une note plus optimiste, parce que depuis mon petit séjour à la campagne (où les prix de l'alimentation sont aussi dingues qu'à Paris), j'ai retrouvé confiance en la capacité de résistance de ce pays :




* Souvenez-nous de ce siècle de grande prospérité occidentale où le melon s’achetait à moins d'1 euro au bord des départementales sur le chemin des vacances. C’était en 2007, quand il y avait des fruits et des vacances.

** Avant que Luc Chartel ne publie une note officielle sur le sujet, voici un petit truc pour faire des économies en période de crise : Ne pas prendre de sac quand on fait ses courses.


*** On fait appel aux potes pour écouler les invendus ? Vu sur le site du Figaro, jeudi dernier, pour le prix d'un kilo de cerises françaises :

mercredi 20 août 2008

EMPLOI DES JEUNES ? LA PISTE AFGHANE

Tu as vingt ans ? Tu ne trouves pas de boulot ? Tu es combatif ? Tu en veux ? Tu aimes l'Amérique, les gros guns et les coups de soleil ? Tu cartonnes à « Medal of honor » et « call of duty » et ton corps émet d’agréables sensations devant les nanars de Vim Diesel ?

Le président a besoin de toi.

Contact : Bockel et Morin (DRH) ou le service "jobs à l'étranger" de l'ANPE.



mardi 19 août 2008

LOI D'OCCUPATION DES CONS (II)

Voici le genre de problèmes insolubles que l'on doit à la municipalité de Paris qui gaspille son budget comme elle le peut :

- Sachant qu’à toute heure de la journée, vue son étroitesse, La Rue Guignol est difficilement accessible par une automobile.

- Sachant qu’à son croisement avec La Rue Procédurière, il est même impossible de passer avec autre chose qu’une demi-smart.

- Sachant que tout le monde le sait et que rares sont les voitures qui s'y aventurent.

- Sachant que dans cette ruelle bondée de bars eux-mêmes bondés de gens, les trottoirs font au maximum vingt-cinq centimètres de large et que les piétons, dès qu'ils sont plus de deux, sont obligés de se répandre sur la voie.

- Sachant qu'ils sont encore plus nombreux le soir depuis l'interdiction de la cigarette à l'intérieur des bars.

- Sachant qu'il y a longtemps que, pour les raisons susmentionnées, cette rue typique du vieux Paris est considérée par ses riverains comme piétonne.

- Sachant enfin qu’il n’y a aucun autre endroit pour traverser La Rue Guignol que de passer par le bout de La Rue
Procédurière.

Pourquoi donc y peindre un passage piéton, cerise sur le gâteau de deux mois de travaux qui ruinèrent la saison des commerçants de la rue ?

lundi 18 août 2008

FOLIE FURIEUSE AU POINT-PRESSE DE FRANCOIS FILLON

16h30. Je vous retire une sacrée épine du pied : J'ai suivi pour vous le point-presse de François Fillon, Premier ministre (si, si), sur les petits ratés à l'allumage de la croissance française.
Scoop, Laspalès a rasé sa moustache et nous a fait son grand sketch de rentrée : Ce n’est pas de la récession, c’est du ralentissement et c’est pas pareil ! Le ralentissement on peut le ralentir, la récession on peut pas la récéssionner.

Une bonne nouvelle tout de même qui réjouira les Français qui auront du mal à se chauffer cet hiver : François Fillon annonce que pour son gouvernement « la crise que traverse La France n’est pas une surprise » ! Je vous renvoie donc aux déclarations de Christine Lagarde sur le sujet qui dit le contraire depuis deux ans et que l'on pourra retrouver sur ce blog au tag "christine lagarde" (N.D.L.R gros tri de tags en ce moment, d'ici un ou deux mois ce sera au top)

Longuement travaillé avec quelques ministres toute la matinée, une fois ce préambule passé, j’ai senti le Premier ministre soulagé. Reprenant le cri du Baverez le dimanche au fond des éditos, François Fillon s’est ensuite engagé à "dire la vérité aux Français".

Ses propositions ? Continuer la politique du gouvernement. Après tout, ça cartonne tellement que, comme on dit dans les couloirs de La Poste : « Faut pas se priver !».

Volonté de poursuivre le soutien aux PME "en garantissant leur racket, heu… leur accès au crédit". (lapsus révélateur qui n’échappera pas à FullHDReady). Le Premier ministre veut aussi poursuivre la mise en œuvre de la prime au transport (qui compensera pour un dixième la tonne et demi de PV que se prend annuellement chaque automobiliste français).
En bouquet final (je dis ça pour le piment tant on cherchera vainement une trace de couleur et d’émerveillement dans ce point-presse made in Famille Adams), le Premier ministre confirme la poursuite de la réduction de la dépense publique. Titanic UMP en mode de croisière, François Fillon se félicite des 12% de progression du crédit des entreprises* en France tout en s’affolant de l’endettement de l’état.
Enfin, place aux journalistes avec de grosses questions de fond :
« Monsieur le ministre, comment ce sont passées vos vacances ? Et ce dos, ça va mieux ? ».

* enfin... Croyez-en mon neveu qui est en CE2 : "Avec des taux d'intérêt pareil, ça va pas durer..."

samedi 16 août 2008

GEORGE ORWELL ET LE CREDIT IMMOBILIER

Parce que je suis un peu à plat littérairement et que j'ai la verve (avec un v) dans le placard (cela arrive quand j’abuse de l’écriture), ayant l'impression de répéter en boucle la même chose, que me reste t-il à publier si ce n'est l'extrait d'un livre actuellement à mon chevet et qui sonne en harmonie (avec juste soixante-dix ans d'avance et un style implacable) avec nombre de thèmes abordés ici ?

« Simplement parce que nous nous imaginons avoir nos maisons bien à nous et être ainsi des citoyens à part entière, nous voici, pauvres cruches de la Résidence des Hespérides, changés à jamais en esclaves à la dévotion de Crum. Nous sommes tous de respectables propriétaires – des conservateurs, des béni oui-oui, des lécheurs de bottes. Qui oserait tuer la poule aux œufs d’or ? Et le fait de ne pas être vraiment propriétaires, d’être toujours coincés par les versements et de vivre dans l’effroi que quelque chose se produise qui nous empêche de faire face au dernier – ces choses rendent la situation encore pire. Nous sommes tous achetés et qui pis avec notre propre argent. Chacun de ces pauvres gogos sous la botte qui se saignent aux quatre veines pour payer au double de sa valeur une maison de poupée dite Belle Vue parce qu’elle n’a pas de vue et que la sonnette ne marche pas – chacun de ces crétins se ferait tuer sur le champ de bataille pour préserver son pays du bolchevisme. »

George Orwell, journal d'un anglais moyen, 1939 (renommé "un peu d'air frais" chez 10/18)
Voilà qui rend humble le bloggeur écrivain se prenant la tête depuis deux mois : Tout a déjà été dit et bien dit. Et tout ça pour quel résultat ? Trois mois après, c’était la guerre.

mercredi 13 août 2008

MISE EN BIERE CHINOISE

Maintenant que nous tombons de cheval, que les barres parallèles nous échappent des mains, que nos fleurets sont lourds, que nous pleurons au bord du petit bassin en nous demandant "pourquoi que la vie elle est si mouillée", que nous canotons la tête sous l’eau, que nous sommes tatamisés en sept secondes neuf dixième, que nous rangeons les calicots tricolores et les pathétiques badges à Douillet, que La première compagnie cartonne avec ses "Feux de L’amour" tandis que Banal+ et Rance Télé maudissent leur investissement bref que La France surpasse son record de plongée dans les abysses du classement des nations aux jeux olympiques de Pékin, regardons se profiler à l’horizon la tornade médiatique anti-chinoise.
Intéressons-nous plutôt aux causes intérieures des branlées sportives que La France s'inflige depuis deux ans (aux termes d'emballements hystériques). J’ai bien une piste... Elle me fut glissée par un ami asiatique, sportif en canapé qui, le soir de la célébration des dix ans de la victoire Française en coupe du monde de football, me fit un rapprochement, fumeux mais statistiquement tangible, entre nos victoires sportives et les régimes politiques du moment :

« Une démocratie qui ne s’aime pas vote à droite, la droite c’est l’inverse de l’esprit d’équipe, sans équipe pas de victoire. »

Nous célébrâmes la perfection de son équation en battant le record au bras lancé d'ouverture de cannettes de Tsing-Tao synchronisée.



lundi 11 août 2008

TO BE CONTINUED

Isaac Hayes : 20 aout 1942 - 10 aout 2008

Un jour de bonne humeur [le 5 mars 2005 à 19h20], je concluais que rien que pour écouter son
You've Lost That Lovin' Feelin' à fond les watts en faisant la vaisselle, ça valait quand même le coup de vivre ! Merci Isaac.

samedi 9 août 2008

L'ETE MEURTIER DES JOURNALISTES (I)

Et ce qui devait arriver arriva...

Après avoir traqué la mort d'enfants tout l'été, essorant toutes les possibilités techniques du racolage émotionnel, le premier média de France dans son souci du spectateur, sa quête de sens et son optimisation de temps de cerveau a fini par l'inventer au 20 heures.

Nouvelle vérification par la première compagnie du "principe de Sevran" découvert par, feu, Jean-Pierre Elkabach : Quand Internet court après le buzz et que l'information officielle court après internet, le buzz devient de l'information officielle.

Un stagiaire soucieux de briller, mais un peu dur d'oreille, qui glisse l'info qui tue à une Florence pressée de rentrer chez elle... et hop c'est le petit Louis qu'on "a retrouvé mort" !

Pas besoin d'être journaliste pourtant pour savoir qu'il était à
Pékin avec son papa.


mercredi 6 août 2008

PERE ET IMPAIRS

Avoir un enfant, cet été plus que jamais, quel souci ! A en croire les médias, les parents de France ont deux options :

1 / Pleurer la mort de leur enfant par massacre à l'arme blanche ou jet de pierre.

2 / Tuer eux-mêmes leur enfant par maltraitance, étouffement à la naissance ou oubli sur siège bébé.

Où, comment, au travers d'une surexposition racoleuse de faits-divers qui n'ont malheureusement rien de nouveau, culpabiliser et stresser un peuple, le détourner ainsi de son mécontentement et l'infantiliser (car à n'en point douter, au terme d'une telle battue journalistico-sensationnaliste, les libertés individuelles s'en trouveront encore réduites).

[Update au 08.08.08 : Nouvelle étape dans la surenchère,franchie par TF1 qui annonce en direct une fausse mort d'enfant... Et dire que
24 heures plus tôt une rédaction m'a conseillé de ne pas publier l'affiche ci-dessous pour cause de "mauvais gout".]

vendredi 1 août 2008

TOUT CA POUR CA (Update)

Update : Un traqueur de propagande m'a averti des photos de Madame Sarkozy paradant en reine dans le dernier Vanity Fair :

("Belle milliardaire sur le toit de la République", Vanity Fair 2008)

Habitué à ses violentes analyses - l'homme cherche la marque du malin derrière chaque logo -, je n'ai pas pris au sérieux sa description du cliché, jusqu'à ce que je le vois et que je l'associe instinctivement à un autre :

("La liberté guidant le peuple", Eugène Delacroix 1830)

Ce tableau de Delacroix représente le soulèvement populaire contre Charles X en fin juillet 1830 qui aboutira, mal ou bien, à la république aristocratique d'aujourd'hui.

Sur vos interrogations, je me suis attardé à mon tour à disséquer cette association opérée par mon subconscient.

Sur le tableau de Delacroix, peint presque simultanément à la révolte, une femme porte le drapeau du pays et court en haillons depuis les bas-fonds du pays vers la république au milieu de compatriotes, pauvres et bourgeois, qui meurent pour défendre la cause. Son rôle : symboliser les révoltés. La violence et les tripes convergent vers le rouge.


Sur la photo du magazine, prise avant une révolte dont nous ignorons encore la forme, une fille d'aristocrate et icône de la jet-set marche sur le toit de la république. Elle est seule. Son rôle : cacher le mécontentement des citoyens, précaires ou classes moyennes. On observe une tache rouge - son habit dispendieux - sur du gris uniforme.
Le tableau est l'introduction, épique, confuse et porteuse d'espoir, de la république, la photo en est la conclusion, triste réalité figée. L'étendard rouge n'est plus sanglant, il est devenu celui du glamour et de l'argent roi. Le drapeau de la nation a disparu.

Le tableau invite le peuple à participer, la photo lui signifie qu'il ne fait pas partie du tableau. Le peintre est avec le peuple, la photographe (Annie Lieibowitz) est avec La Cour.

Prises toutes deux fin juillet, ces images qui pour des raisons opposées appellent à la révolte, se retrouveront à travers les siècles. L'une est le début de quelque chose, l'autre en est la fin. Et inversement pour les optimistes.

Pourquoi me hasardai-je donc à associer ces deux images que tout oppose ? Car de la chute, toujours violente, des royaumes travestis en république, ce sont l'iconographie propagandiste et les représentations artistiques contemporaines qui témoignent le mieux. A n'en point douter, ces deux-là, riches des deux attributs, s'afficheront à quelques pages de distance dans les livres d'Histoire des prochaines générations.

Voilà, je ne vois pas d'autre explication possible.