mercredi 31 décembre 2008

Brûle l'héritage des années 80 ! (...et pas ma voiture)


Note informative et complémentaire à l'intention de la jeunesse de France qui, pour peu qu'elle fût isolée en famille dans une enclave enneigée avec sa XBox en rade, aura été la victime des hommages télévisés aux années 80 qui se sont bousculés durant ses vacances de fin d'année.

A l'approche d'une soirée où vont encore probablement raisonner dans les salons carrelés de France, les funestes
Partenaire particulier, O mon bateau et démons de minuit, j'apporte ma note discordante au concert des louanges pixelisées enrobant dans leur guimauve émotionnelle ces catastrophiques eighties.

Mardi soir dernier, la propagande discographique servait la contrevérité du discours historique au travers de deux émissions, l'une sur France 3 nommée "la folie des années 80", l'autre sur Virgin 17 intitulée "la face cachée des années 80" relatant la douce amère décennie de mon adolescence aussi peu mystérieuse que totalement exempte de folie.

Attention souvenir de trentenaire : Je me remémore encore ce mois de décembre 1989 et une autre émission déjà commémorative sur ce sujet où Antoine De Caunes relatait à chaud ces années de transgressions et de progrès durant laquelle l'animateur (fils d'animateur et papa de future animatrice) voyait son salaire multiplier par 20. Il donnait rendez-vous au spectateur fin 1999 pour la rétrospective des années 90. Dix ans plus tard, il n’y eut pas d'émission. Un, il ne faut jamais croire la télévision. Deux, il n'y avait rien à célébrer. Même la chute du mur de Berlin appartiendra in extremis aux années walkman et minitel.

Précision temporelle : Les années 80 (dites du porte-nawak sacralisé) débordent leur décennie. Elles démarrent aux dernières lueurs du disco (quand Carlos s'est aventuré au genre) pour se conclure au premier tiers des années 90 englouties par le gros son saturé de la déferlante grunge (conclusion radicalement opposée, donc totalement logique, aux pauvres boucles des boites à beat de la décennie passée).

D'un point de vue artistique, je m'insurge contre ce révisionnisme musical. Non jeune, ne crois pas tes parents s'ils t'affirment que Desirless et Baltimora, c'était génial (surtout qu'il n'y avait que ça du matin au soir à la radio) ! Je préfère 1000 fois la moyenne musicale de ce que tu écoutes aujourd'hui. Sache-le, culturellement parlant j
e conchie ces eighties où furent larguées sur notre pays en toute décontraction, parfois même au nom de l'art et avec l'aval du gouvernement, les bombes culturelles les plus dévastatrices du siècle dernier.

Pour que l'histoire soit plus pertinente, apprend qu'à cette époque un Ministre de la culture célébrait la publicité comme un moyen noble d'expression artistique, équivalent voire supérieur au cinéma et à la littérature.
Vingt après, j'attends toujours le Balzac et le Renoir de la réclame. Jacques Seguela était alors un Dieu (socialiste) vivant, Bernard Tapie allait devenir Ministre de la ville (de gauche). 20 ans après, les deux convertis, plus fortunés que jamais, collent toujours à la vie publique comme la crotte aux Converses. Quant à Jack Lang il est dans les starting-block pour redevenir Ministre de la culture. Ça, je te le certifie : Tu n'as pas fini d'en bouffer des magiques années 80 !

Constat glaçant : Si les années 80 offrirent en cascades de paillettes le pire de l'audio et du visuel, que dire au sujet de la décennie 90 ? Il n’en reste rien. Elle est la photocopie baveuse de la précédente, sa version petit bras, le culte de la performance en moins et le côté sueur de la boite de nuit obligatoire pour tous en plus (avec son cortège houellebecquien de misère sexuelle).

Période tampon entre l’insouciance et la résignation, les insipides nineties contiennent en germe la viscosité pénétrante de cette société
névrosée et sécuritaire dont la mélasse se tartinera généreusement à partir de septembre 2001 et dans lequel, jeune, tu es ravi de devenir adulte.

Des années 80, je n’ai gardé que le meilleur : La fuck-you attitude, un plan de carrière envisagé avec le même sérieux que pour une partie de ping-pong amateur, ainsi que le double-vinyl de Prince
1999 sorti en 1982.

Je dois te l'avouer, est-ce l’âge ou l'humeur chiffon mais, pour la première fois, au fil de ce kaléidoscope d'images et de sons, je suis touché par le souvenir de cette décennie du synthétique que j'abordais à 8 ans pour en sortir prétendument raisonnable et formaté. Nostalgie tu n'entreras pas ici ! Pour rien au monde, je ne revivrais cette période dont ces deux émissions hagiographiques plébiscitent l’emballage en omettant de s'attarder aux effets corrosifs de sa substance acide.

Jeune, tu veux savoir à quoi ressemblaient les années 80 que l'on veut te faire aimer ? Regarde l'homme qui nous sert de président, il en est le parfait appartenant-témoin.

Dans le dédale clipesque des références sur ces années qui vantaient l'éclairage halogène 500 watts individuel, faisaient à tout heure de la femme un steak télévisé et déclinaient le fluo à en filer la migraine, je tire ce constat accablé : Même exécrable, même polluée par les impostures et ces innombrables fautes de goût, cette décennie reste à ce jour la plus sympathique des quatre que j’ai traversé.


Ces eighties je les ai prises en pleine face, dans leur version supermarché. Oui, j'avais mon pin's touche pas à mon pote et mon film préféré s'appelait Flashdance. Crois-moi, j'étais atteint.

Tout cela fut, tout cela n’est plus, fort heureusement.

Les années 80 reviennent à la mode ? C’est la preuve par le risible que notre société est vraiment désespérée, en totale panne de projet.

La plupart de ma génération (dont les journalistes qui concoctent aujourd’hui ces émissions élogieuses) est passée à côté du Palace dont elle retrace l'épopée underground à laquelle par définition 99,9999 % de sa classe d'âge n'a pas accédé. Le plus souvent abonnée aux tennis à scratch, aux jeans Wrangler, avec comme seule dope les Dragibus ou les fraises Tagada, elle a probablement aussi raté la révolution de la mode dont elle fait l'éloge et l'héroïque défonce décomplexée des happy-few du Marais.

Comme l'écrasante majorité, elle s'en est probablement tenue aux 45 tours du Top 50, à la branlette sur les photos de Sophie Favier et à la télévision où, la plupart du temps, on ne voyait comme maintenant que Michel Drucker (et ce depuis 1970).

Jeune, soit assuré que cette cure de jouvence pour trentenaires tendant quadras est classique, climatisée par des médias cajolant leurs auditoires. Chaque génération en vieillissant, sacralise les contextes culturel et politique de son adolescence. Dans les années 80, j'ai pour ma part, bien morflé avec les évocations enfiévrées des sixties parentales dont la symbolique qu'ils plaçaient en cette farce qu'incarnait déjà à mes yeux la série B sur santiags nommée Johnny Hallyday,
tendait à m'indiquer qu'ils avaient probablement du végéter dans une adolescence tout sauf rock'n roll.

Ne succombe pas jeune, c’est un vieux con de 36 chandelles qui te le dit, ma génération ne décrète jolies et inégalées ses médiocres années 80 que parce que, comme toi je l'espère, elle était insouciante. Avec cette spécificité propre à ma classe d'âge, que nos années de jeunes adultes suivantes furent en comparaison au climat gai et glitter de ces années 80, un interminable hiver (d'ailleurs pas vraiment achevé).


La nostalgie n'est plus ce qu'elle était. Avant, on regrettait ce qui était mieux. Aujourd'hui, on célèbre ce qui fut moins pire.


Et dis-toi que tout ça, c'est rien que pour te faire acheter des compiles et des coffrets dvd !

(Pochette de la B.O de "1984" par Eurythmics (sorti en 1984). Voila, un lien très concret que l'on peut établir entre les années 80 et aujourd'hui. Dans les années 80, l'inconscient populaire redoutait l'avènement de la société d'Orwell. Au début des années 2000, il ne se rendait pas compte qu'elle devenait réalité. Aujourd'hui, on est en passe de ne plus imaginer le monde autrement. )


dimanche 21 décembre 2008

la vacance

Entre les cris de la petite dernière qui cumule sommeil léger et éveil lourd, les assauts répétés des forces de l'empire, l’écriture à la chaîne, les babioles annexes de type stock-shot à la Socopec, à l'approche d'une période de redoutables festivités, je suis victime d’un petit coup de barre hivernal.

Je m’absente donc quelques jours dans un endroit d’une apaisante banalité offrant ce quadruple avantage d’être silencieux, isolé, mal couvert par les réseaux de téléphonie mobile et pas du tout raccordé à l’internet.

Merci pour vos courriels d'encouragements, vos témoignages et tous ces signes (je pense à ces remerciements émus d'électeurs sarkozystes repentis) qui, au cœur du doute, me soufflent que la partie n’est pas terminée.

(notre homme a grand besoin de faire le point et de puiser à la source ses concepts novateurs.)

A très vite donc, et en meilleure forme, pour que chaque jour compte.





vendredi 19 décembre 2008

Lagarde du secteur bancaire

Devant actuellement m'attarder à quelques fastidieuses taches de production, je ne peux me consacrer pleinement à mon activité cérébrale quotidienne : Le décryptage de la campagne publicitaire permanente de notre gouvernement.

Néanmoins, hier à l’heure du goûter, j’ai jeté un œil à la courte émission de Thierry Guerrier C’est à dire sur France 5 et dont Christine Lagarde, Ministre de l’économie, de l’industrie, de l’emploi, bref du Titanic, était l’invitée.

Rien de bien neuf sous le soleil de l'UMP, j’assiste pendant les neuf premières minutes à un vol de croisière classique reliant sur le ton de la positive-attitude la république de l’autisme d’élite aux contrées perdues de la confiance populaire sur le mode de ceux que l’on voit en rotation permanente, depuis deux ans, de La première compagnie aux plateaux d'Arlette Chabot.
Sur un ton monocorde enjoué évoquant, en plus jésuitique, Gene Kelly dans Singin'in the Rain, se succèdent les formules convenues du type les petits épargnants seront épargnés par le scandale Madoff, la présidence européenne française fut un succès pour ce qui est de prévenir les crises économiques, le sempiternel La France sera moins touchée que ses partenaires et autre récéssion ? Quelle récession) dont sur la base de l’observation de ce que notre Ministre a déclaré depuis dix-huit mois on peut raisonnablement conclure qu’elles sont annonciatrices du contraire.

Non, le véritable intérêt de cette émission est d’exposer avec des gants, voire des moufles, les ambitions de notre Ministre en terme de relance économique.

J’en veux pour preuve ce passage (à partir de 9.30 sur ce lien) où l’animateur l'interpelle au sujet des crédits à la consommation (du futur scandale en puissance).

Question : Vous ne pouvez rien faire pour que l’on prête aux gens non pas à 20% mais moins cher ? (étant donné qu’au même moment la FED aux Etats-Unis baisse son taux directeur à zéro, ce qui termine de prouver à ceux qui en doutaient encore que nous vivons une époque formidable.)

Réponse de Christine Lagarde : Je veux beaucoup plus de transparence sur le crédit à la consommation… Il faut absolument que l’on encourage le crédit à la consommation, c’est utile est nécessaire mais il faut que l’on en supprime les abus. (La Ministre fait ici référence aux publicités qualifiées de mensongères (que fait le BVP ?) qui pullulent sur les écrans de ces chaînes de télés privées dont, dans le même temps, l'Assemblée vient de valider le doublement de la diffusion.)

Face au discours à la liqueur de Vaseline, armé de son chausse-pied,Thierry Guerrier repart à l'assaut de la forteresse guindée :

Question : Vous ne pensez pas que 20% de taux d’intérêt c’est un peu cher ?

Réponse un poil crispée de la Ministre qui en appelle à ce que le consommateur se fasse entendre au travers du jeu de la libre concurrence dans le secteur bancaire (secteur que l’on ne peut soupçonner de connivence ou d’harmonie stratégique) et qu'il fasse ainsi baisser de lui-même les taux de son emprunt, avant de réitérer tout sourire que ce type de crédit à 20% est utile et nécessaire.
Pauvre, on ne te prête plus pour acheter ta maison ? Tu n’as plus d’argent pour nourrir tes enfants ? Pire, tu n’as plus d’argent pour leur offrir la dernière WII ?

Pauvre, tant que tu as un salaire, même de misère, soit patriote avec ton secteur bancaire !

Pauvre, c’est ton Ministre de l’économie qui te le dit : Le crédit à la consommation à 20%, c'est utile et nécessaire.

jeudi 18 décembre 2008

Train-train gouvernemental

Ce matin sur Europe 1, François Fillon déclare que les français sentiront moins les effets de la crise en 2009 grâce au plan de relance de leur président. Son argument : L’état va construire quatre lignes de TGV ! Voilà qui occupera les 50.000 nouveaux chômeurs mensuels de notre dynamique économie qui résiste mieux que les autres à la crise.

Les autres ? Après l’augmentation du prix des billets annoncée par la SNCF pour cause de construction de ces fameuses nouvelles lignes, les autres regarderont les trains passer.

mercredi 17 décembre 2008

Quand le peuple grec reforme lui-même l'audiovisuel public

Quand le peuple grec reforme lui-même le service public audiovisuel. Il coupe le discours lénifiant du premier Ministre pour, enfin, y faire passer des messages constructifs.

Traduction de la banderole : "Arrêtez de regarder, sortez dans la rue".



Pour les fêtes, sur l'ORTF 2.0 le peuple de France, lui, aura le droit à une retransmission en direct de la nouvelle pièce comique de Bernard Tapie.

Rassurez-vous notre PAF public à nous n'est pas en reste dans le domaine du happening insurrectionnel. Il propose cela :




samedi 13 décembre 2008

le traquenard de la caisse automatique


Laissez-moi vous narrer mon passage au gargantuesque, jaune et bleu, Ikebas de grande banlieue dans le but de m’y procurer deux stores blancs d’un mètre sur un mètre soixante dix et ainsi vous prouver par A plus B que, oui, la vie des écrivains est plus originale que la votre.

J'ai déjà parlé ici de l'hystérie du salarié le vendredi après-midi. E
nfin libéré de sa captivité, livré à lui-même, s’abandonnant à sa seule liberté du week-end : Consommer dans l’étroite limite de son goulot d'étranglement financier. Sachez que cet eden du bibelots à déclinaisons optionnelles censées signifier à ses amis son niveau d'accomplissement sur l'échelle de la réussite sociale, en est bondé. Le salarié s'agglomère en petits troupeaux de semblables dans les allées labyrinthiques ou, stoppe net aux présentoirs pour faire défiler compulsifs les pages plastifiés d'un catalogue (sous chaîne) où s'affichent, dans de malhonnêtes mises en scène du bonheur domestique, les agencements de cuisine à la M6 qui le font fantasmer. Ah si seulement il avait du gout et une cuisine de 75 mètres carrés ! Histoire de tromper cet amer constat, il s'achète comme chaque vendredi un truc inutile et coloré pour moins de 9,99 euros.

Après avoir longuement tergiversé sur les différentes qualités de stores, merdiques, chers, ou chers et merdiques, j'arrête mon choix sur le modèle le moins couteux et me dirige vers la sortie du complexe en tôles ondulées sur fond de musique douce visant à vaseliner jusqu'à validation chaque velléité d'achat.

Sur la vingtaine de caisses, une bonne quinzaine sont closes. Pas d’espoir qu’elles officient ce jour, un gros ruban rouge façon Merry Christmas suckers ! les entoure et signifie, sur une note festive, qu'elles sont délibérément placées en quarantaine par la direction.

A 10 jours de noël dans l'Ikebas le plus populaire de France dont le parking de 600 places dégueule de véhicules au point que, enfant présent ou pas, le bourgeois légitiment excédé par l'abondante populace va bientôt devoir garer son 4X4 dans la célèbre piscine à bulle, subsistent 5 petites caisses actives ! Inévitablement, ces dernières sont devancées de longues files d’attente de bibeloteurs résignés.

Pourquoi attendons-nous toujours aux caisses des grandes surfaces ? C’est simple, c’est la seule chose gratuite du magasin. Le magasin pourrait engager plus de caissiers pour fluidifier le trafic mais le magasin se moque bien, qu'à ce stade final, cela aille vite, surtout en semaine, alors elle en profite pour marger encore un peu sur votre patience. C'est à vous que ça coute et c'est à elle que cela rapporte. Ce n'est pas après avoir tourné trois heures dans l’hyper ou l'Ikebas, votre caddie plein, enivré que vous êtes par cette promo sur les stores blancs (deux pour le prix d’un et demi youpi !), que vous allez vous enfuir. Les études le prouvent : Le client de l’hyper n’est pas un révolutionnaire. De plus, il vient rarement armé. Dans la plupart des cas, il se soumet de bonne grâce à la file d’attente. A peine esquisse-t-il l’espoir qu’une autre caisse ouvre à proximité et qu’il soit le premier à s’y introduire grillant, en une habile queue de poisson, une dizaine de ces autres abrutis qui font leurs courses le même jour que lui.

Malheureusement,
pas la queue d'un poisson en vue en ce vendredi après-midi dans l’Ikebas de grande banlieue. J'imagine l'attente aux caisses si longue que je songe un instant à abandonner mes deux stores blancs sur le bord de la route, d’autant qu’ils sont à 17,95 l’unité, soit un total de près de 5 heures de SMIC net entre les mains, et que ça fait cher le bout de plastique. C’est là que j’entends monter la rumeur de quelques mécontents.

- C’est honteux de faire ça !

- Moi sûrement pas, jamais je n’y irai !

C’est que, ayant toujours le naïf espoir de trouver une caisse qui serait ignorée de la masse, j’approche d’un îlot à l’écart où, au contraire des teigneux, patientent sereinement une petite dizaine de personnes d'apparence civilisée. Grisé par l'opportunité, je m’insère dans la file ne comprenant pas tout de suite pourquoi fusent de ma gauche tant de regards, tantôt envieux tantôt haineux, à mon encontre.


A mes côtés dans la mini-file de ce qui m'a tout l'air d'être un club privé, une senior bourgeoiso-versailloise (mais coupée au Fontenay-Le-Fleury) lance avec mépris à sa trentenaire de fille :

- C’est qu’ils vont nous apprendre à être caissier maintenant !

- Moi je vais toujours à cette caisse-là. Je suis contre, ça supprime des emplois mais bon ça va plus vite. Répond l’assistante bancaire en tailleur boudinant, une pyramide de gadgets suédois dans les bras avec au sommet des guirlandes sponsorisées par L’Unicef, son paquet de Daim caramel-chocolat qui vont encore lui filer des complexes de culotte de cheval et un mini-sapin pour Meetic, son poisson rouge neurasthénique, avant qu’elle ne soit invitée par un maître de cérémonie en costume jaune et jeune à avancer vers une des caisses automatiques.

Diantre ! J’avais réussi à les éviter en Angleterre, au supermarché de mon quartier et même dans ce complexe de 28 salles de cinéma en périphérie d'une ville de province où le taux de chômage grimpe pourtant à 12%. Mais ici, je me suis fait avoir comme un bleu par une direction qui, fermant méticuleusement la quasi intégralité des autres lieux de paiement, m’a bel et bien piégé dans ce qu'il convient d'appeler le traquenard de la caisse automatique.

C'est un petit espace, quasi cosy, cerclé de quatre caisses tactiles. En fait, elle n’ont d’automatique que le nom puisque le consommateur est l’espace d’un scannage manuel à self-effectuer et d’un code-pin à auto-taper, un caissier d’Ikebas non rémunéré ! Leur position dans le magasin, à l'écart et entre deux piliers, montre que la direction un peu honteuse, en est encore à tester le degré d'asservissement de sa clientèle face au modernisme.

Je décèle dans le regard du couple de jeunes employés en charge de la gestion du flux des bons payeurs et de la supervision des mauvais payeurs (car la confiance, elle, n'est pas automatique), la fierté d’avoir été choisi par la direction pour chapeauter l’opération à deux à l'endroit où la semaine dernière il y avait encore 4 employés. Leur ballet continu de gestes ampoulés, cachant l'extrême régression du moment, semble narguer les quelques caissières
qu’on l’on aperçoit au loin, ternes et recroquevillées entre les sacs bleus et les colonnes d’ampoules à basse consommation, turbinant en non-stop sur leurs caisses productivement préhistoriques.

Trahi que j'étais, otage comme pas mal de gens autour de moi d'un vrai cas de conscience : Reprendre une file à zéro, attendre ainsi 10 minutes de plus à une caisse bio mais contribuer à rendre service à un éventuel prochain jeune caissier d’Ikebas qui, grâce à mon boycott des nouvelles technologies de rentabilité de la plus grande fortune nordique, serait ainsi embauché à un mirobolant salaire d'un tiers de store horaire (avec possibilité d'évolution vers la demie lampe hallogène). Mais, dans le même temps, compte tenu de mes propos répétés sur la condition dégradée et souvent dégradante du travailleur salarié et du caissier en particulier, ne serait-ce pas une bonne chose au fond, d'un strict point de vue humain, que le métier de caissier dans la grande distribution (et mother fuckers assimilés) disparaisse ?

Quel tenaille philosophique ! Le caissier pour peu qu'il ne soit pas oppressé par un petit chef lui-même traité comme une sous-fiente par sa direction, reste la dernière interface humaine (autrement appelée trace de vie) de ces camps de consommation de produits d'importation asiatique (à condition sociale de manufacture hautement douteuse).


La seule façon de montrer ma protestation aurait été de purement et simplement abandonner mes articles à la caisse ou de les voler (je rappelle qu'ils font 100X170). Mais ce serait abdiquer, faire étalage de mon incapacité à résoudre les dilemmes que la vie moderne, soumise aux paradoxes de ses impératifs contradictoires, nous impose à une fréquence que d'aucuns trouveront de plus en plus fréquente. Non, je ne le pouvais, il allait falloir que je sois courageux et qu’en bon stores-manager, j’aille régler tout seul mes persiennes en rouleur et que le soir même, en couard interactif sur mon blog à dénonciation différée, à la seule force de mon verbiage, je rende compte de cette mesquine machination afin que le lecteur se fasse son opinion et, qu'à n'en point douter, enrichi par mon témoignage, il boycotte ce type d'enseigne.

Un maître de cérémonie eut raison de mon monologue intérieur et je fus happé par la rapidité du débit des consommateurs. Constatons, n’en déplaise à la bourgeoise devant moi, que caissier est un métier qui s’apprend vite.
La machine (qui on nous le promet aura bientôt la voix de Hal dans 2001) m’invite d’abord à taper mon code postal. Non satisfaite de me faire travailler au noir, l’enseigne du grand nord veut me fliquer ! En bon citoyen-consommateur, je m’exécute : 03200 comme Vichy, station thermale à gestion tonique. Ce n’est pas mon point de départ mais notre destination. Le chemin se fera sans heurts, il commence ici ou ailleurs avec une musique d’ambiance dans de grands hangars mondialisés, encadrés par de gentils maîtres de cérémonie payés aux encouragements de la positive logorrhée d'entreprise qui tôt ou tard les engloutira et par des machines qui, dans tous les sens du terme, veulent votre bien.

Quelle morale tirer de cette expédition dans le magasin du futur ? Aucune, on y trouve amorcées toutes les absurdités structurelles de notre modèle de société marchande qui ,une fois poussées jusqu'à l'intolérable, conduiront chacun d'entre nous dans le mur, ce qui (c'est déjà ça de gagné) ne devrait pas tarder. On y trouve également la source des maux de ceux qui, jour après jour, soumission après soumission,
moi inclus à 16h10 ce vendredi-là, contribuent à la prospérité de ce système tout en fortifiant leurs désarrois individuels.

Esclave, consommateur, machine à payer ou les trois à la fois : J'ai dit plus tôt que la vérité n'était pas ailleurs, le bonheur si.

jeudi 11 décembre 2008

L’insurrection qui vient (de Grèce) ?

Si l’on suit les médias français, elle est encore loin, hellénique et sous climat tiède.

C'est que dans ces jours de misère détournée à coups de crédits à la consommation, à quelques encablures tarifées de l’orgie préméditée, le média au crochet du marché fait plus que jamais attention à son vocabulaire. Surtout sur la première compagnie.

Mardi soir dernier dans un sujet anodin sur un accident d’alimentation électrique survenu sur une ligne TGV Ouest ayant causé le retard de plusieurs rames, un mot aussi inoffensif que caténaire (objet dont la rupture est à l’origine du drame et donc du reportage) ne sera timidement prononcé qu’une seule petite fois en deux minutes. Quant aux retards d'une demi-journée des trains, il n’est nullement jugé intolérable par le président de la SNCF.

Malgré les contre-feux médiatiques à base d’alertes enlèvements (tradition lancée aux lendemain des émeutes de 2005) et de brouilles interministérielles dont c'est faire trop d'éloges aux intéressés que de les relater en boucle, l’esprit un peu alerte se baladant dans les rues peut aisément respirer le malheur et la haine, le mécontentement populaire trans-générationnel. Partout autour de lui, on parle d'argent et de fin de mois compliquées. Un ami propriétaire en 25 ans (de ceux que l'on nommera bientôt les endoctrinés sacrifiés du XXIe siècle), lui a dit qu'il n'en pouvait plus, qu'il allait devoir s'endetter auprès de son hypermarché pour nourrir sa famille. Des témoignages qu’il reçoit, il lui semble que c’est encore pire en province. Il lui apparait que son pays agonise et qu'il est à la croisée des chemins, hésitant encore entre la révolte et la résignation. Pour cette dernière, encore faudrait-il que survivent une classe médiatique et quelques intellectuels pour l'inciter à se lancer. Mais non, à l'approche de noel, ils sont bien trop occupés à essayer de vendre du livre et du dvd. De leur côté, les français attendront de digérer la dinde au marrons sofinco pour se révolter.

Si l'intuitif se balade sur le réseau, il constatera avec soulagement qu’en Grèce, la jeunesse déclassée et sans espoir, est encore en vie. Elle occupe la rue et, à force de lui jeter des pierres, va peut-être faire tomber son gouvernement. Son ami Jason le grec avait raison (cf p.58 de "Perverse Road", un très bon livre signé Seb Musset, noël approche). Derrière la disparité des nations il n'y au fond que deux populations européennes clairement identifiables : Celle des riches capitaines et celle de la jeune main d'œuvre sacrifiable.

A en croire l’Empereur, celui qui inévitablement focalisera un jour toutes les rancœurs, les temps de crise sont surmontables mais pas avant sa réelection. A en croire l'Empereur, son monde, ceux des médias dominants et des capitaines d'industrie, sont des univers lisses et parfaits, des suprématies éternelles pas prêtes d'être ébréchées que ce soit par une crise dont le bas-peuple paiera la note ou quelques émeutes dispersables au Karcher.

Notre instinctif se dit que son continent vit une époque historique que l’on disséquera dans trente ans, avec douleur ou nostalgie. Jamais depuis deux générations, la possibilité d'évènements que les politiques redoutent et que les médias ne voient pas, ne se fait autant sentir : L'imminence d'un monde peut-être pas nouveau mais qui se régénère.

En attendant, à côté des émeutes d'Athènes, le parvis en chantier de la Gare Saint-Lazare avec ses enseignants déguisés en Pères-Noël distribuant sur fond de danse des canards des tracts à des salariés endoudounés s’engouffrant dans le RER avec leurs paquets cadeaux à papier d'argent, fait piètre allure. Sincères, énervés mais pas crédibles les enseignants : Ils devraient savoir qu’il n’y a qu’un seul Père noël et qu'en plus il n'existe pas.

Progressivement les pères-noël mécontents empiètent sur la place et stoppent la marmelade des berlines métallisées à conducteurs solitaires. Peu de présence policière mais pour l'occasion RATP, SNCF, banques et beaux magasins ont sorti leurs vigiles. Malgré la sympathie des passants et les discussions qui naissent sur le pavé entre enseignants en colère et secrétaires de direction prêtes à faire du soixante quinze heures par semaine parce que c'est le progrès, ils sont cent fois ce nombre à filer indifférents vers les grands magasins du Boulevard Haussman, tout au stress de leurs corvées de cadeaux.

Glacé, l'écrivain s'en va à pied en slalomant dans cette ville à embûches aussi inutiles que pseudos décoratives (barrières éparses, kiosques à journaux sans journaux, travaux abandonnés, bites en fer et autres colonnes à offenses publicitaires), son chemin balisé par ces décorations aux façades des grands magasins qui, par temps de crise, redoublent de lumières clinquantes et vulgaires, vers sa rive préférée et moins encombrée.

Entre deux agences bancaires, un tour-operator étale en 4 sur 3 son slogan de l'hiver :

"Partir en vacances malgré la crise ? Yes we can !"
(ceci n'est pas un lien sponsorisé mais juste accablant pour l'annonceur)


Rue de Seine, alors qu'il entend sur son heil-pod un porte flingue de l'UMP qui lui apprend la bonne nouvelle que, contrairement à ce qu'il a dit le matin même, le gaz n'augmentera pas cette année (mais en mars prochain), notre homme croise Jane Birkin tout sourire au bras de Marc Lévy. Les deux se rendent sur le pont Saint-André des Arts pour une sauterie droit-de-l’hommiste avec petits-fours et aseptisation préalable des lieux de tout SDF embarrassant par les biens nommées forces de l’ordre. Le bobo-happening est retransmis en direct sur les chaînes dites d'information, préférant s'intéresser à l'occupation des places symboliques des beaux-quartiers par les people que l'occupation des écoles de banlieues anonymes par le peuple.

Alors, de retour dans son donjon à loyer excessif, malgré ce qu'il a vu, l'écrivain dépité se rassure : A sa vitesse bien française, ici aussi, l’insurrection vient. Une preuve ? On en a jamais aussi peu parlé dans les médias.

lundi 8 décembre 2008

Quand l'ump invente l'assurance-bourse

J'étais relativement détendu quand, ce dimanche soir au sortir d'une frugale collation à base de paté et de clémentines avariées, j'allumai, pour la première fois du week-end (je le jure), mon poste sur le bulletin informatif de l'ORTF 2.0.

Stupeur, je manquai de m'étrangler avec mon Babybel lorsque je vis la tête poudrée d'un sénateur UMP nous expliquant en toute décontraction qu'il allait proposer au Sénat de voter ce
Lundi (sacrebleu c'est aujourd'hui) un amendement permettant à ceux qui ont perdu en bourse en 2008, de déduire ces pertes du montant de leurs revenus imposables en 2009. Mais attention, dans la limite de 10.700 euros et du moment qu'ils n'aient pas vendu pour plus de 25.000 Euros. Ouf, j'ai cru un moment que cet amendement ne concernerait pas l'homme de la rue qui, c'est bien connu, entre deux files d'attente aux restos du coeur, place ses excédents de salaires sur du Dexia ou du Natixis !

Dans son bureau à dorures, style Régence, Philippe Marini sait s'y prendre pour sensibiliser le spectateur : "Cette loi s'adresse à ceux qui furent obligés de vendre leurs actions cette année." C'est vrai qu'il y a de ces tortures, comme se faire niquer en trois mois les deux tiers de ses placements alors qu'on pensait doubler sa mise pépère, qui sont dures à avaler pour le député UMP et ses électeurs.

Faudrait penser à leur créer une cellule de soutien psychologique.
Subventionner aux frais de l'état les pertes des petits porteurs qui, c'est plus fort qu'eux, veulent jouer aux riches : Mr Marini ne décèle t-il pas ici une "minime" incohérence par rapports aux fondamentaux de son parti qui chante en continu les louanges du risque entrepreneurial et les vertus du labeur acharné ? Vraisemblablement pas. Comme dirait Audiard s'il était encore en vie : "Les UMP ça ose tout, c'est même à cela qu'on les reconnait."

Tu me diras lecteur, rien n'arrête une équipe qui perd !

On renfloue bien des banquiers méritant d'être traduit au Nuremberg de la cupidité, alors pourquoi ne pas tendre la main aux gentils spéculateurs moyens qui (on le constate au détour d'une discussion avec l'un d'eux sur des sujets aussi divers que ces "putains de feignants d'enseignants" ou ces "connards de grévistes qui font encore grève avec notre argent") votent plutôt à droite ?

Innocentes victimes d'un carnage boursier provoqué par ce "capitalisme fou" (qui selon d'éminents experts en psychiatrie serait toujours en liberté).

Misère, les pauvres gens ne te suffisent plus : C'est sur la classe moyenne de centre-droit que tu t'acharnes désormais ! Bénis soient les députés et les sénateurs UMP toujours présents pour rétablir ordre et équité pour les plus aisés.


Rappels :
Rappelons à tout usage que la bourse est un casino, sophistiqué certes, mais un casino. Je vois mal Les etablissements Partouche rembourser un parieur dépouillé à la roulette sous prétexte que la couleur tombée ne lui convenait pas.

Rappelons aux gentils spéculateurs UMP pour leurs prochains investissements garantis sur le CAC que la règle d'or du pari boursier c'est de miser avec de l'argent dont on a pas un besoin vital. Dans le langage populaire cela s'appelle une épargne. On peut l'investir ou pas, dans du concret ou pas, dans du solidaire ou sur les marchés mais, dans ce dernier cas, c'est à vos risques et périls, enfin jusqu'à aujourd'hui puisque l'on risque bien de leur créer une assurance spéculation à un tarif défiant toute concurrence.

Rappelons enfin qu'en ces temps de disette sociale et de déficit budgétaire, il est peut-être, comment dire, profondément abjecte et totalement stupide, de subventionner avec l'argent public l'avarice contrariée des boursicoteurs du dimanche.

J'écris sur le champ à Philippe Marini pour qu'il fasse voter par Le Sénat un remboursement de mon Babybel recraché en catastrophe sur la moquette :

samedi 6 décembre 2008

Larbin de rentier, un métier d'avenir


Dans l'océan de marasme soumis au flux et reflux des mauvais chiffres, cette dépêche de L'AFP reprise illico par Le Figaro évoque l'île, promise et idyllique, dont certains jetés par-dessus bord du paquebot France aperçoivent résignés les contours de la servitude institutionnalisée :

"Plus de 2 millions de particuliers employaient un salarié à leur domicile fin 2007, soit une hausse de 4,3% en un an.. [...] l'augmentation des employeurs à domicile est "étroitement" liée au développement du chèque emploi service."

(...et à l'augmentation d'une certaine classe d'âge,
à la retraite et plutôt aisée, toujours plus inventive pour qu'on évite de l'appeler "Grand-père" et "Mamy" ou qu'on la traite d'inactive, mais qui ne dit pas non pour qu'un petit jeune lui fasse les courses, le ménage et la boustifaille, le tout à prix réduit.)

En vérité je vous le dis, c'est de domestiques dont manque ce pays !


vendredi 5 décembre 2008

La politique du média-training

Parce qu'on me l'a demandé (il se reconnaitra) et parce que le point-presse du bonheur de Christine Lagarde, ce matin sur RTL, me l'a remémoré, je reviens en vidéo sur mes premières amours professionnelles : Le média-training.



A garder en mémoire en toute circonstance télévisée.

mardi 2 décembre 2008

SDF (Marque déposée de la société France)


Après avoir croisé quelques tentes de sans-logis sous le métro aérien face à une rue commerçante crachant ses décorations de Noël sur un demi-kilomètre à moitié habité, après avoir croisé le regard résigné de cette vieille femme de 29 ans encadrée par 4 policiers la sortant du lavomatic où elle avait trouvé un peu de chaleur, le tout sous les soupirs agacés du patron de l'eden sans salariés, je ne peux que, comme l'année d'avant et celle encore avant, faire le même constat : La grande misère est là pour durer. Non pour des raisons économiques (il y aurait de quoi nourrir et loger toute La France si le pouvoir déployait d'autres boucliers que ceux fiscaux ou bancaires) mais pour des raisons idéologiques.
Faire confiance aux apôtres français du marché roi pour la diminution du nombre de SDF est un leurre. Au mieux, l'élite en place s’arrange pour les faire disparaître de son chemin favori : L’axe Faubourg-St-Honoré-Concorde-Neuilly. Tache de vomi dans le décor qui risquerait de choquer des pays plus civilisés, le loqueteux à Quechua est également éradiqué des spots touristiques. Le soldat inconnu oui, l’indigent gênant non. Certains touristes, pas entièrement néo-libérés, pourraient mal comprendre que la cinquième puissance du monde puisse laisser mourir ses citoyens sur une base désormais aussi traditionnelle que le Téléthon, la messe de minuit et la bûche du réveillon.

Vous me direz, chacun ses traditions.

Mais c'est plus qu'une question de folklore, il en va de la sécurité intérieure. Sous régime UMP plus que jamais, le miséreux en grande détresse ne disparaît. Plus qu'un taux de perte toléré, et même s'il est non-productif, il occupe une place capitale dans l’idéologie néo-libérale. Le SDF a une dimension publicitaire fondamentale. C'est l'hérétique, écartelé en place publique, des temps modernes. Derrière la vague compassion des puissants à son égard aux trois secondes les plus froides de l'année, vous devez entendre :

Soumets-toi ou tu seras comme il est ! Voilà où cela conduit de ne pas respecter le marché.

C’est le genre d’argument inhumain qui peut tenir en période de croissance forte lorsque la majorité des moyens se gavant tranquilles, ferment les yeux sur les petits couacs sociaux blessant leurs prochains moins chanceux. En période de récession, les artifices de la consommation hédoniste venant à manquer et les crédits commençant à peser, chaque "moyen" est un SDF potentiel qui, maintenant, devrait moins s'ignorer.

Et pourtant.

Trop souvent conditionné par la voix de ses maitres, le pauvre, terrorisé de devenir encore plus pauvre, se trouve de nouvelles raisons de mépriser celui qui l'est totalement. Réflexe qu'à l'approche de n
oël, si j'en crois ma boîte aux lettres et la radio, les organismes de crédit à la consommation ont bien compris.

Fort à parier que l'on retrouvera certaines de leurs victimes (mais pas trop non plus faut pas déconner) aux fêtes de noël de 2009, délestés de leurs biens, givrants à la belle étoile dans nos rues enguirlandées, pour une question de marketing.

C'est cela aussi l'équilibre de la terreur.

lundi 1 décembre 2008

Faites vous-même votre complot !


Au début je n'y ai pas prêté attention. C'était la part de folklore qui du "penis enlarger" aux suppliques de Mr Babacar Traouré d'Abidjan désirant mon RIB pour me transférer 10 millions d'euros, faisait le charme de l'internet.

Comme souvent avec les mythologies populaires d'après-guerre, c'est arrivé d'Amérique. Cela a commencé en douceur avec Loose Changes, wiki-enquête alternative sur les attentats du 11 septembre. Un film dont le seul mérite est de remettre en cause le package War-on-terror de la version officielle mais dont l'accumulation des accusations nuit à la crédibilité.

Cela se poursuivit avec L'argent dette de Paul Grignon que l'on m'envoya en juin dernier. Ce film avait le mérite de vulgariser et désacraliser certains principes bêtes et méchants de la finance, avant de flirter avec l'antimaçonnisme. J'avais été alors troublé par la forme à la South Park de ce documentaire à thèse qui en disait long sur la cible visée. Le même film, sans son animation multicolore, n'aurait suscité aucun buzz.

Car à la fin de l'été, après la chute de Lehmann Brothers, je reçus une deuxième vague de courriels accompagnés de L'argent dette bien plus abondante et dépassant le cercle des conspirationnistes de service. Je découvrais des commentaires tombés des nues du genre "t'as vu c'est dingue, tous des voleurs ces banquiers !" émanant de types endettés à vie qui suivaient confiants depuis 20 ans les prescriptions de leur conseiller financier à La Société Géniale qui en 87 leur vendait
euphorique de l'Eurotunnel, en 92 de l'Eurodisney, en 2000 de l'internet et en 2006 leur logement entièrement à crédit et une ration supplémentaire de Natixis, les deux bientôt valorisables au tarif du papier-cul.

Désormais, pour cause de "chroniques de guerre néo-libérale", pas un jour ne passe sans que je reçoive ma cargaison de messages m'alertant d'un grand complot mondial visant à nous asservir : Bilderberg, pourfendeurs de francs-maçons, anti-illuminatis, fan-clubs de Nicolas Tesla, de la part du voisin de ma belle-sœur ou de docteurs auto-proclamés es-loges sataniques fondées en - 6500 par le père d'Elvis Presley avec l'aide de la CIA.

Parallèlement à la montée de la crise que j'avais identifié dès l'été 2007 (alors que Christine Lagarde toujours pas), j'ai constaté
une nette inflation de ces courriels m'expliquant sur la base de constats fumeux, de raccourcis historiques taillés au sécateur et de montages aussi malhonnêtes et grossiers que les manipulations exposées, que le malheur du monde était l'effet programmé d'un ordre secret mêlant Vatican, francs-maçons, Israël et les crypto-bouddhistes. Le tout brodé selon les polémiques de la semaine. Par exemple et alors que l'on ne m'en parlait pas il y a un an, au marché de la conspiration Barack Obama est aujourd'hui à la hausse.

Lorsque l'organisme est dépassé par son environnement, qu'il baigne dans un marécage cognitif imbibé par vingt ans de séries américaines, qu'il est littéralement assommé par ses réalités proprement assommantes, qu'il est resté calfeutré dans le cocon de la doctrine consumériste distillée depuis sa naissance par son entourage et pour peu que ses références philosophiques se limitent à l'évangile selon Jason Statham, Matrix ou le Da Vinci Code, voilà faute de mieux le genre de stratagème de "salut mental" qu'il met en place.

Bon vieux besoin humain de rationaliser, même et surtout, par l’irrationnel.


Un complot sinon rien
A défaut d'analyser ses propres frustrations, pourquoi faire simple lorsque l'on peut faire compliqué et pourquoi ne pas prendre du même coup ses désirs pour des réalités ?

Amis conspirationnistes, avides de raisonnement bien carrés, vous voulez du rationnel ? A votre avis, quelle est la probabilité que l'on démonte sur la place publique un complot mondial fomenté par l'élite dominante, aujourd'hui, en 2008, alors que jamais dans l'histoire de l'humanité, grandes industries, états et pouvoirs, n’ont disposé d’une telle force de frappe médiatique pour imposer leurs idéologies rétrogrades (réussissant d'ailleurs le parcours sans fautes de les faire passer pour « modernes » à ceux qui en sont les premières victimes) ?

Hein, hein ? Combien ? Et oui, aucune.


Alors à quoi bon chercher de ténébreuses culpabilités sur lesquelles vous n'auriez de toutes les façons aucun pouvoir de modification, quand le véritable âge des ténèbres est à portée de main :

- Au pied de vos immeubles, mourant dans des cartons tandis que vous vous délectez sur Dailymotion d'une énième conférence sur la secte Deus Sodomix qui, en accord avec les plutoniens, aurait planifié en 1632 de liquéfier votre cerveau.

- Dans le supermarché qui vous emploie lorsque, via l'interface d'un petit-chef pourtant d'accord avec vous sur le fait que "les salauds sont vraiment tous pourris", la direction insiste pour que vous fassiez l'impasse sur votre dimanche
chômé ainsi que votre siège de caisse au nom de cette productivité suprême et indiscutable que d'ailleurs vous n'osez jamais discuter parce que c'est bientôt noël et qu'il y a la Nintendo DS annuelle du p'tiot à payer (cette année on prend la bleue).

- Dans vos postes de télévision lorsque des gens que vous ne connaissez pas et qui ne connaissent rien de vous, vous assènent que 100% des gagnants ont tenté leur chance, que vous êtes de mauvais parents mais que vos enfants sont encore pires et qu'ils seraient mieux en prison, que l'important pour être heureux c'est la croissance et de passer au plus vite au Blu-Ray parce que c'est le progrès, que tout émetteur d'une pensée divergeant de celle de l'UMP est, tôt ou tard, bon à emprisonner sans autre forme de procès.


Pas la peine de débusquer de la franc-maçonnerie derrière les Unes du JDD, de Paris-Match ou du FIgaro. Leur violence parle d'elle-même.

Amis théoriciens du complot et spammeurs de bonne foi : La vérité n’est pas ailleurs. Elle est sous vos yeux. Pathétiquement sous vos yeux. Le pouvoir n’a aucune imagination et les soumis n’ont qu’un défaut, celui de cumuler les lâchetés.

Pour avoir croisé quelques francs-maçons dans ma vie qui étaient de parfaits cons, je vous assure que la suprématie de la réflexion chez la plupart de ces gens-là relève également du fantasme personnel.

Pour ce qui est du "haut du panier", PDG et autres chefs d'état, ce serait leur prêter trop d'intelligence que de les soupçonner de confection de complots complexes.* Non, il y a chez les puissants du bon sens. Ils ont beau vous persuader du côté suranné du syndicalisme dans votre entreprise et des dangers du communisme pour la société, ils ont parfaitement compris l'intérêt d'appliquer ces solidarités pour leur caste. Ils protègent leurs intérêts avec la même ardeur que vous protégez vos pavillons, avec une alarme et un gros chien, méchant et très con, qui fait ouaf-ouaf sur les passants dans la rue, ces étrangers qui convoitent votre magot.

Nos "puissants" sont des humains comme les autres,
ils font caca et aiment le pognon.

Autrement exposé, vous trouverez chez eux la même proportion de cupides, d’arrogants et de bons gars que dans une grosse réunion de famille standard. Seule différence, de taille : Ils jouissent d'une absence totale de difficultés matérielles leur offrant le temps d’être au fait de thématiques et de mécanismes que nous autres de la plèbe, quotidiennement
coincés entre huit heures de boulot à la con, trois heures d’embouteillage et cinq heures de télé, n’avons que peu, voire pas, l’occasion d’aborder dans une vie.

Dans un monde qui, du plus haut au plus bas de l'échelle, a fait de l'argent son idole et du confort individuel son idéal, pas étonnant que chacun, du plus petit au plus puissant, finisse par massacrer plus faible que lui pour atteindre ou conserver l'idole et l'idéal.
Au terme de fusions-acquisitions bien senties et selon les fluctuations de la météo économique, les puissants disposent simplement de plus d'options pour vous oppresser, vous essorer et en extirper la substantifique thune, que vous n'en aurez jamais (bien que pour vous pourrir inutilement la vie, vous ne vous débrouillassiez pas si mal que cela tout seul).

Croire au complot "des puissants", c'est leur faire un grand honneur. Constatons en regardant M6 que depuis longtemps les oiseaux du marché ne se cachent plus pour mouler à "la pensée correcte" ce qui vous reste de libre-arbitre, c'est à dire bien peu de choses puisque TF1 a déjà fait le gros du boulot.

Comme la religion adoucit cette inintelligible injustice qu'est pour l'individu sa propre mort, le conspirationnisme soulage un peu la "peine de vie" de certains groupes sociaux tout en occupant un temps libre qu'ils pourraient, par exemple, passer à s'entraider.

Comme à la source de tous les maux, montée du chômage ou fuite d'eau dans l'immeuble, on retrouve toujours ces grands responsables que sont "les autres", la conspiration venue d'en haut et d'ailleurs est un processus qui, derrière l'apparente subversion et la sophistication de ses appellations, débouche inéluctablement pour l'individu à la résignation maugréée de sa condition (généralement de merde puisque le conspirationnisme est d'abord un hobby de pauvres).

Le conspirationnisme est un fatalisme comme un autre.

Je sens qu'à ce stade-ci du billet, les conspirationnistes sentant qu'ils sont entrain de me perdre, trépignent.

- Alors Seb Musset, t'es avec nous ?


Pour mettre un terme, j'espère, à un nombre croissant de courriels me demandant mon avis sur telle ou telle thèse, je répondrai ceci : Sceptique en toutes circonstances, athée d'instinct, je ne crois en rien. Plutôt, je crois en ce que je vois et ce que je vois est suffisant pour me mettre en colère.

Les choses, les êtres, les complots, sont ou ne sont pas. Pas besoin que je les valide pour qu'ils existent ou non. Théoriser un complot secret dont par essence je ne peux rien connaitre, revient à chercher l’équation mathématique qui accréditerait l’existence de Dieu. C’est plus qu’une cause perdue, cela ne changera en rien le contenu de mon assiette.

Amis conspirationnistes, je compatis à votre malheur mais sachez, comme l'écrivait Paul Watzlawick, qu'il ne tient qu'à vous. Vos efforts à concevoir l'inconcevable en maniant des références au petit bonheur la chance sur la base historique de Gladiator ou du seigneur des anneaux vous détournent d'un monde, lui bien réel, sur lequel vous pourriez avoir prise si vous aviez un peu moins d'imagination et un peu plus d'indignation : Celui de la barbarie triomphante.


Complot ? Non. Connivences, oui. Favoritisme, oui. Népotisme, oui. Clubs de réflexion, oui. Lignée, oui. Conjonctions d’intérêts, oui. Cynisme, oui. Parachutes dorés, oui. Sacrifices humains sur l'autel de la rentabilité, oui. Soumission du peuple, permanente.

Amis conspirationnistes, malgré l'imagination foisonnante de vos suspicions, je reste étonné que vous ne vous soyez pas encore interrogés sur l'origine de vos cabales virtuelles. Ne seraient-elles pas ordonnées par un grand complot Wall streeto-microsoftien visant à vous visser éternellement derrière vos PC pour éviter que vous ne défiliez dans les rues en réclamant les têtes de vos banksters ?

Plus fort que le complot des autres, il y a votre instinct.
Fidèle instinct. Tu m'as toujours évité de sombrer dans les galères. Avec les années, à la différence des banquiers, des hommes politiques et des marchands de soupe, constatons que tu ne m'as jamais trompé.

Mon bon instinct, tu m'avais soufflé déjà très jeune alors que je n'y connaissais rien à rien, c'est à dire à peine plus que maintenant, que confier mes maigres économies à un banquier ou confier les institutions de la république à des gens comme notre Président équivalait à donner la gestion d'une crèche à un pédophile ou une portée de pitbulls à un serial-killer : Ca ne peut, au choix, que mal ou très mal finir.

Instinct, tu n'as qu'à te balader dans la rue cinq minutes ou écouter la libre antenne d'Europe 1 et RMC
à n'importe quelle heure de la journée pour me rappeler que ce monde glisse, la fleur au fusil et avec son plein consentement, vers le moyen-âge (avec des libertés individuelles bien plus réduites).

Instinct, mon bon instinct, tu m'avais prévenu il y a déjà quatre ans quand tu voyais cette boule de mépris ne respectant que le fric s'énerver dans son Ministère : Effectivement
la machine s'emballe et la vitesse s'accélère.

Instinct, mon bon instinct, tu m'incites à ne pas me précipiter, à ne jamais me fier à la tête du client, à ne jamais rien croire mais à toujours comparer, à ne pas perdre de vue que nous ne sommes que des humains, qu'aucun pouvoir ne subsiste sans une majorité de soumis jamais à court d'arguments ou de thèses conspirationnistes pour se dédouaner de leurs responsabilités.


* A titre d'exemple, tiré totalement au hasard : Avez-vous bien regardé qui nous dirige ? Je parle bien sûr de cet homme qui poursuit des poupées en justice et dont l'évident complexe de taille, son passé d'enfant abandonné et le désir de "tuer le père" expliquent en grande partie le comportement.


J'ai vu la nouvelle émission télé du gouvernement

Et il fallait que ça tombe le dimanche où Le ministre de la Culture et de la Communication Christine Albanel prônait l'interdiction de la télé-réalité sur le service public !

Pas de télé-réalité, certes, mais de l'avenir-réalité oui. Dimanche après-midi sur France 5 en lieu et place du Ripostes de Serge Moati, fut diffusé un docu-drama d'anticipation au titre à peine orienté "2017, chronique d'une faillite annoncée" produit et interprété par Nicolas Beytout : un made-in Neuilly, ancien du Figaro, des Echos, sur la guest-list de la nuit du Fouquet's, dans les petits papiers de Nicolas Sarkozy et qui vise, ni plus ni moins que la direction de Tf1.

J'ai ma petite idée.

Reprenons la présentation qui en est faite sur le site de France 5 : "Ce film de 52 minutes truffé d'éléments futuristes permet de mieux comprendre les mécanismes qui peuvent conduire un pays à la faillite. Un scénario improbable, mais pas impossible."

Après visionnage, voici ma présentation : "Ce publi-reportage gouvernemental, au travers une anticipation du stress que provoque chez l'élite la poursuite des dépenses de l'État dans des domaines aussi inutiles que la santé, l'éducation ou la culture, et grâce à la présence appuyée de gadgets visuels tout pourris de type "Les Experts chez mon beau-frère" avec profusion d'écrans plats à commandes tactiles, provoquera chez le spectateur âgé (c'est France 5, un dimanche après-midi) fasciné par la technologie et la pertinence du propos, un sentiment de culpabilité. Sensation confortée par l'abondance de témoignages unidirectionnels d'acteurs et d'économistes (au point où il devient difficile de les différencier) et de références aux "autres pays" qui, eux, "ont su se réformer". Le spectateur tirera alors la conséquence qu'il doit faire des efforts et devra travailler, encore et toujours, et ce au moins jusqu'à sa mort".

En d'autres termes, en surfant sur une forme à peine plus chiadée que celle des vidéos conspirationnistes glanées sur Dailymotion, voici 52 minutes de "fabrication de consentement" financée grâce à votre redevance.

Je dois l'avouer j'ai regardé d'un œil cette sous-fiente propagandiste réalisée avec les pieds et produite à l'économie (un œil attentif constatera que dans le bureau du super kador français de l'informatique en 2017, il y a encore des écrans à tubes cathodiques : Le nase !).

Pour ce qui est de l'histoire, tout est dans le titre. Le docu-drama narre le parcours de 4 enquêteurs (journalistes aussi expressifs que leurs gadgets bluetooth) dans un Paris qui, "le jour où La France s'arrête", est le théâtre des plus grandes émeutes qu'elle ait connu depuis Mai 68. Et ce, sans que l'on voit l'ombre d'un figurant casseur d'ultra-gauche. Cest que, tu comprends coco, ça coûte cher les figurants !

Nicolas Beytout, superman-journaleux-économiste est le héros du film. En ce 11 juillet 2017 ensoleillé, le bling bling discret, notre homme de l'ombre passe les 52 minutes de l'histoire high-toc dans sa BMW décapotable à errer peinard dans une capitale (parait-il) à feu et à sang parce que le bon peuple ne peut plus tirer d'argent avec sa carte bleue. En voilà de la bonne cause révolutionnaire sur lequel s'accorderont toujours pauvres et puissants !

Tout en conduisant, Beytout est en plein conference-call avec ses 4 fantastiques (le Geek de service, la working-mum en télé-travail sur l'île de Ré, l'économiste américain pété de thunes et qui a tout compris - normal il est américain - et la gentille beurette asservie au marché regardant avec condescendance les victimes de la crise (NDLR : ces cons de chômeurs) et prévoyant de se taper l'américain d'ici le générique fin). En même temps, Beytout visionne sur le rétroviseur central de sa BM, les discours prophétiques d'Alain Juppé et François Fillon, en 1996 et 2007, sur La France malade de sa dette ! Dans la panique générale et le stress distillé tout au long du film, surnage tout de même une bonne nouvelle pour notre avenir : En 2017, on pourra téléphoner à quatre personnes à la fois et regarder la télé tout en conduisant sa BM à fond la caisse en plein Paris, sans risque de perdre des points à son permis !

Parce que Nicolas Beytout a dès aujourd'hui tout capté au monde de demain et qu'en 2017, il s'est lancé dans la direction d'un blog qui fait aussi web-tv (c'est dingue comme les gens de droite sont toujours à la pointe de l'avant-garde !), il demande à sa bande de caricatures de lui dresser l'historique des événements ayant conduits La France a être en cessation de paiement. En l'absence de faits (logique c'est le futur), sont ressorties pour l'occasion, les éternelles remontrances contre la fonction publique des ministres de droite entrecoupées d'interventions d'économistes traitant les français d'irresponsables (alors qu'une simple collecte comparative de ce que ces "spécialistes" ont dit entre 2007 et 2008 montrerait à quel point ils n'y connaissent rien) et l'on remonte ainsi le fil d'une une histoire par anticipation plutôt floue. Car, si en 2017 on a bien compris, à force de répétitions Beytou-esques, que La France était en faillite et que notre wonderboy des médias établisse clairement que 2008 fut (est, sera, je ne sais plus trop) la première année des "trois piteuses", quid des années allant de 2012 à 2017 ? Qui a dirigé La France durant cette période reste LE mystère du film. Tout ce que l'on peut affirmer c'est qu'au moment où La France est déclarée en faillite, ce 11 juillet 2017, Nicolas Sarkozy n'est plus président depuis deux mois (si l'on s'en tient aux déclarations passées de l'intéressé sur son désir de ne pas effectuer plus de deux mandats).

Moi je n'en tire qu'une leçon : C'est qu'en 2017 Nicolas Sarkozy a poussé La France à la faillite.

Bref, vous l'aurez compris, l'intérêt de cette crotte filmique réside dans sa visée idéologique explicitement répétée : Les Français doivent travailler sinon... et bien sinon y aura plus de France comme le conclut dramatiquement le récit sur la vente bradée du Château de Versailles à un milliardaire américain. La vache, la honte pour La France ! S'ils partent à la retraite, c'est le patrimoine des vieilles pierres et de leurs jolis tableaux qui va foutre le camp : Ca coco ça parle aux seniors ! Vas-y coco c'est dans la boîte, tu fais valider par Bercy et t'envoies la bande à France 5 !

Pour ma part, question patrimoine national, entre La Joconde et Le Front Populaire, mon choix est vite fait. Si cela peut nous assurer un meilleur climat social et un quotidien plus heureux, n'hésitons pas à vendre au plus offrant la radasse au sourire niais. Quant à Versailles, et l'ensemble du parc immobilier de l'Etat, en pleine explosion du mal-logement, on a qu'a en faire du logement social, ça nous éviterait peut-être d'autres crises de subprimes (c'est juste un point de vue d'économiste amateur) !

Après le film, un débat débute. Pour changer, il est présenté par Nicolas Beytout.

Sous un compteur de type téléthon où s'égraine en temps réel le montant astronomique de la dette, s'agglutinent dans un décor bleu (comme presque toutes les émissions de plateaux du Paf depuis 2007), une belle brochette d'inutiles : D'Eric Woerth au président de la BNP en passant par un représentant d'Opinion-Way-of-the-president et la patronne du Medef.

A ce stade-ci, alors que je suis proche de la gerbe en réalisant que je viens d'assister à la diffusion du pilote de l'émission gouvernementale souhaitée par Mr Saussez (honnêtement une telle bouse ne peut provenir que du cerveau vérolé d'un pubeur à la dérive), je n'ai pas le courage de me farcir l'heure et demie de palabres qui suit où, s'y j'en crois toujours le site de France 5, "des décideurs politiques, des acteurs économiques clés et des analystes financiers apporteront leur éclairage sur la situation économique, sociale et financière de la France".

Comprenez que sur ce genre de sujets, nous autres, "pauvre cons" ou "ultra-gauchistes" de citoyens ne sommes conviés qu'à être les spectateurs de leurs belles paroles, de leurs énergiques éditoriaux sans tabous et, c'est nouveau, de leurs jolis films.

Votre pouvoir désormais ? Celui d'arrêter de gober les salamalecs des porte-paroles du néolibéralisme, résidus de leurs logiciels encrassés de décodage d'un monde qui s'écroule et auquel eux-mêmes ne comprennent plus grand chose.

Regardez plutôt c'était demain, c'est pas plus mal et ça vous fera moins de mal.