samedi 22 avril 2006

INSOLATION

Grand soleil sur la terrasse. Lecture d’un Paris-match pro-Sarkoziste d’il y a deux semaines, envoyé de Francce. Le paquet est garni d’œufs de pâques, de deux dictionnaires des synonymes et d’une grammaire anglaise un peu datée. Djamila nous annonce en chantonnant que le council l’a averti que nous allons bénéficier d’une exonération totale d’impôt. Ce pays n’en finit pas de m’étonner. Un jour le council menace de nous envoyer les huissiers sous quarante huit heures exigeant que nous réglions sur-le-champ une erreur qu’ils ont commise, le lendemain le même council s’insurge que nous payions trop d’impôt car nous sommes plus d’un ménage à partager nos soixante mètres carrés. Ce n’est pas volé.

dimanche 16 avril 2006

RELIGION DOMINANTE

A l’occasion de son discours pascal, un proéminent archibishop local se montre outré par l’influence révisionniste du Da vinci code - dont l’adaptation cinématographique au burin sort mondialement le 19 mai prochain - sur son cœur de cible habituel de fidèles chrétiens qu’il jugeait acquis jusqu’au jugement dernier. L’homme en toge violette et couronne de diamants, brandit son sceptre en or et rouspète : il insiste pour que l’on s’en tienne à la réalité des faits (sic).

dimanche 2 avril 2006

RANDONNEE A LONDRES

Je profite de ma peur de l’extérieur pour rattraper en une matinée plusieurs journées d’écriture. Dans les soucis combinés de profiter de cette première journée de printemps, de réduire drastiquement mes dépenses, de volonté de modeler mon corps jusqu’au dernier souffle, je marche à travers la ville pour rejoindre Lou dans une courte pause amoureuse dans un square non loin de Baker Street, quartier qui, malgré le roucoulement compressé du marteau piqueur d’un chantier préolympique, ne donne pas la sensation d’être au cœur d’une mégalopole. On est, à la rigueur, dans une rue commerçante de Bordeaux un jour de faible affluence.

Lou et moi sommes ici sans être là. Les pauses sont courtes, le travail jamais bien loin. Déjà trente minutes. Je reprends ma randonnée urbaine en guise de sport quotidien. Je remonte la north circular road, éventé par les traînées de gaz d’échappement des bolides anglais. Malgré l’apparente étroitesse de la ville, les espaces de circulation sont amples et aériens. Les espaces verts succèdent aux squares et aux rives de canaux aménagées à l’écart du brouhaha. Passé l’échangeur à l’ouest d’Edgware, le long de Harrow Road, je quitte le centre touristique et glisse le long du quartier islamique qui me sépare de Kensal Green. On est à mille lieux de la discrétion gênée des quartiers équivalents en France. A Londres, les vitrines halal sont bien visibles et les enseignes calligraphiées en arabe, fières. Quelques imams se détendent bien en vue, narguilés à la barbe. Les regards des piétons sont bienveillants. Il y a bien quelques crack-heads et autres imitations à capuches de gang members californiens pour apeurer le bon blanc que je ne manque pas d’incarner au cœur de cette zone à nette dominante musulmane. Je poursuis mon chemin me sentant, sans pouvoir l’expliquer, plus en sécurité, sûrement moins épié, que dans mon ancien quartier français.

samedi 1 avril 2006

WELCOME TO THE CRUEL WORLD

Après une nuit froide, à peine réchauffé par le corps de Lou, je trouve sur le pare-brise du tank, une amende de quatre vingt pounds pour stationnement devant ma propre maison, au fond du ruelle peu fréquentée. Au dos du ticket, on me fait l’éloge généreux d’un discount de 50% pour un paiement sous quatorze jours. Je me rends en tank, au risque d’une deuxième amende, au Parking shop sur Walm Lane. Au juger de l’efficacité du service de contrôle du stationnement et au titre pompeux de l’endroit, je m’attends à un complexe tentaculaire sur plusieurs niveaux où fourmilleraient des centaines de fonctionnaires payés à l’intéressement. Il n’en est rien, la pièce est un carré légèrement plus large que ma chambre où s’enfile une bonne vingtaine de conducteurs bons à payer, s’égrainant au bon vouloir des deux apathiques préposés aux guichets. La patience anglaise n’est pas ma principale vertu. La soumission de ce peuple est effarante. Au bout de quarante cinq minutes, je dois m’acquitter d’un permis de visiteur - alors que je suis résident - de cinquante pounds - cela en sus de mon amende que je ne peux pas régler simultanément car elle est trop récente -. Tous ces tarifs et conditions n’étant bien évidement pas indiqués sur le site internet du Brent council depuis lequel j’ai fait, il y a dix jours, ma demande de permis restée sans réponses.

Je passe, à trente-quatre ans, le reste de ma journée à tenter d’aménager ma part de colocation. Le mot colocation m’arrache les doigts. Rien n’y fait, à la fin de la journée l’endroit est toujours aussi encombré que sombre.